‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 14 sur 137 · s. Athan.» ibid.; ÂpoU, p · texte numérisé non relu

s. Athan.» ibid.; ÂpoU, p

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que les récits contemporains nous autorisent h juger la conduite des schismatiques de cet âge et de Grégoire leur créature^ il est impossible de croire qu'un chrétien qui prétendait au nom d'évéque ait pu voir sans rougir^ les désordres qui précédèrent cette lugubre intronisation. Les sanctuaires au pillage, les prêtres battus et foulés aux pieds, les vierges dépouillées de leurs véte^ mentSy toutes sortes d'impudicités commises dans le( lieux saints» les cérémonies de l'Église parodiées par de profanes imitations, des sacrifices idolâtres offerts sur Tautel avec des pompes grotesques ; en un mot, un débordement inouï, une véritable orgie de cruautés et de débauches : à ces traits il est aisé de reconnaître les caractères d'une violente réaction et comme une revanche du paganisme. Le malheur de Grégoire était de s'être rendu de tels alliés trop nécessaires pour être libre de les désavouer ou maître de les contenir'.

Précédé par ces scènes de désolation, l'évêque schismalique entra enfin dans sa métropole, et, se faisant accompagner du préfet Philagre, il se rendit le Jour même de Pâques dans la grande église qui portait le nom de Quirin^. Quand le cortège, moitié sacerdotal et moitié militaire, entra, suivi d'un ramassis de juifs et de païens, il y eut un mouvement d'horreur dans toute l'assistance. Pour mettre fin à ces manifestations sédi-

). s. Athan., ad Orth., p. 945-948.

a. S. Athan., Ad Sol., p. 815. — On ne sait ce que ce nom signifie : c'était peut-être celui du fondateur de l'église.

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lieuses, Pbilagre fil arrêter sur-Ie^hamp les plus eonaidérables de l'assemblée, et, dans le nombre, beaucoup de femmes, matrones ou vierges de qualité. Les soldais leur arrachaient des mains leurs livres de prières, les meurtrissaient de coups et les conduisaient en prison.

On avait compté trouver Athanase. On espérait probablement qu'il périrait dans l'invasion de l'église, et que cette morl, imputée à la fureur populaire et dont les agents de l'empereur ne seraient pas responsables, débarrasserait les maîtres de l'Orient d'un si rude adversaire. Cette attente fut déçue. Athanase ne voulant plus rentrer dans une église souiJlée par tant d'excès, alla célébrer la fête dans un sanctuaire plus retiré, et, son devoir ainsi rempli jusqu'au bout, il parvint à s'évader nuitamment, se souvenant, dit-il, de cette parole du Seigneur : Si on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre. Le dépit de ses persécuteurs fut extrême. Us se vengèrent de leur déception par un redoublement de violence contre les chrétiens restés fidèles à leur évêque, et par une dénonciation rédigée dans les termes les plus outrageants et envoyée à l'empereur Constance. Athanase y était accusé d'avoir causé seul , par sa résistance, tous les désordres dont la ville d'Alexandrie venait d'être le théâtre. On fit répandre cette pièce à profusion, bien qu'elle fût si manifestement mensongère qu'on trouvait difficilement des messagers pour s'en charger. Il fallut conlraindre par la force de simples matelots à en pren-

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dre des copies h leur bord, pour les distribuer en Orient *. Mais ce récit artificieux ne parvint pas seul aux églises qu'il était destiné à égarer. Du sein d'une retraite inconnue sortait en même temps, pour se répandre dans les principales villes d'Orient, une lettre pleine de feu et d'éloquence. C'était une protestation indignée qn'Athanase, fuyant vers Rome, laissait en partant à tous ses frères dans la foi. Elle commençait par ces mots : « Je ne saurais mieux vous peindre les intolérables maux que nous venons de squiTrir qu'en vous redisant une histoire que nous racontent les saintes Ecritures. Un homme, lévite, fut une fois gravement insnlté dans la personne de sa f^nme qui était Juive et de la tribu de Juda. Cet homme, considérant la grandeur de TofTense qu'il avait reçue... divisa en plusieurs morceaux le corps de sa femme, et les envoya aux tribus d'Israël, afin

que tous comprissent qu'il n'était pas seul outragé, mais que la nation entière l'était avec lui, et que tout Juif devint son vengeur ou fût couvert de confusion s'il refusait de s'armer pour une telle cause... Les Israélites donc, entendant et voyant un tel forfait, s'écrièrent : Il n'est jamais rien arrivé de pareil depuis que les enfants d'Israël sont sortis d'Egypte. Et tous se levèrent comme si le crime eût été commis sur leurs personnes... Vous connaissez cette histoire, mes frères, et il serait superflu de vous l'expliquer. Mais voici ce qui se passe aujour-

t. s. Alhan., ad Orth., p. 947-948.

d'hui... et ce que j'ai à vous dire. Il n'y avait alors qu'un seul lévite outragé et une seule femme violée... Aujourd'hui» c'est l'Église entière qui est en proie à la violence... A la vue des membres d'une femme, toutes les tribus s'émurent : vous avez maintenant sous les yeux les membres de l'Église déchirée... Je vous conjure donc d'être touchés comme si ce n'était pas nous seulement, mais vous tous qu'une telle injure fût venue frapper... Les canons et la foi de l'Église sont en danger. Elles ne sont pas d'hier, ces règles sacrées qui président au gouvernement de nos églises : nos pères nous les ont transmises par une sainte et salutaire tradition. Elle n*a pas pris naissance aujourd'hui, la foi que nous professons, mais elle est descendue jusqu'à nous du Sauveur même, par l'intermédiaire de ses disciples. Laisserez-vous donc périr entre vos mains ce qui a été conservé dans nos églises depuis les temps les plus anciens * ? » — Suivait un récit animé et exact des scènes violentes qui

avaient accompagné la prise de possession de Grégoire. Une si éclatante manifestation contre un acte accompli au nom de l'empereur, était à elle seule un fait de rébellion après lequel les jours d'Athanase n'eussent plus été en sûreté en Egypte. Aussi, ne comptait-il pas y demeurer. Le plus grand secret protégea sa fuite. Sans qu'on sache quel itinéraire il suivit, ni où il parvint à s'embarquer, il était de retour à Rome dès les premiers

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