‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 16 sur 137 · S. Alhau., ApoLf p · texte numérisé non relu

S. Alhau., ApoLf p

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chef-d'œuvre de Fart d'Eusèbe, doucereuse dans la forme et insolente au fond, n'avait pour but que de décliner la compétence et la suprématie du siège de Rome. Mais telle était, cependant, à cette époque, TiiH contestable autorité de la primauté romaine, que les rédacteurs de la lettre n'osaient l'attaquer tout à fait de Iront. Ils convenaient que l'église de Rome jouissait d'un privilège reconnu, comme Técolc des Apôtres et la métropole de toute piété ^ Mais, pourtant, ajoutaient-ils. il ne faut point oublier que c'est d'Orient qu'est partie la prédication de l'Évangile ; et doit-on mesurer la dignité des évêques à la grandeur de leur siège? — Pourquoi Jules leur avait-il écrit seul, et en son propre nomî Pourquoi ne jtos recevoir comme valables tout de suite, les décrets du concile de Tyr qui avaient déposé Athanase et Marcel d'Ancyre? Les décrets d'un concile ne devaient-ils pas être regardés comme immuables? Athanase et Marcel étaient désormais en dehors de la communion de l'Église : ceuxtqui restaient avec eux s'exposaient au même sort. Et l'on faisait entendre assez nettement au pape qu'on ne l'exceptait point de cette menace*. L'indignation qu'éprouva le concile en voyant ainsi

I. Rohrbacher, HUt. de t Église, t. ti, p. 292, croit voir d&ns lei expressions employées par les Eusébiens, au sujet du siège de Rome, des équivoques ironiques. Le texte ne nous parait pas se pièter à cette interprétation. MOhler, Hist, de saint Athanase, 1 1, p. 260, partage l'opi« nion de Rohrbacher.

8. Soc^, loe. cit. — Soi., loc. cit. — S. Athan., ApoU^ p. 74f)-754. — C'est de la lettre du pape qu'on peut induire le contenu de celle à bqnelle il lépond.

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de simples évoques braver ouvertement le successeur de saint Pierre, fut extrême. On pressa unanimement Jules de réprimer, par une réponse sévère, cet insupportable orgueil. Il le fit, en efifet, dans une pièce qu'Athanase nous a conservée tout entière, et où respire, jusque dans l'extrême modération du langage, la

fermeté d'un homme sûr de son droit.

« J'ai lu, dit le pontife, la lettre que vous m'avez envoyée par mes prêtres Elpide et Philoxène, et j'en suis resté surpris. Je m'étonne que, moi vous ayant écrit en toute charité et en droiture de conscience , vous répondiez avec un esprit de contention et sur un ton qui ne convient pas. Votre lettre témoigne de l'orgueil et de l'arrogance de ceux qui l'ont écrite... Et je ne sais à quoi vous pensez lorsque vous vous comportez de manière à nous faire croire que même vos paroles de respect à notre égard n'ont pour but que de vous jouer de nous. » Le pape consentait ensuite à discuter l'un après l'autre tous les griefs des Eusébiens. Il leur rappelait qu'en convoquant un concile à Rome, il n'avait fait que se rendre aux vœux de leurs députés. Il leur avait écrit seul , il est vrai , et en son nom , mais toutes les églises d'Occident et d'Italie étaient derrière lui, et il portait la parole pour elles. Il n'avait point admis sans discussion les décrets du concile qui avait déposé Athanase et Marcel; mais fallait-il tenir plus de compte de la réunion de quelques évêques à Tyr, que du grand concile de Nicée où tout le monde chrétien réuni avait

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condamné le schisme d'Anus? Et cependant les Ariens n*élaienl-ils pas rentrés aujourd'hui dans la communion de toute FAsie? — Quelle valeur, d'ailleurs, pouvait avoir une sentence portée non-seulement contre toutes les formes de. la justice, mais contre toutes les règles de rÉglise? « Si ces évoques étaient coupables, comme vous le dites, ajoutait-il en terminant, il fallait les juger suivant les canons; il fallait nous écrire à tous, afin que tous, nous eussions à décider ce qui était juste. C'étaient des évéques qui souffraient , et leurs églises ne sont point des églises ordinaires, mais celles même que les apôlres ont fondées. Et puisqu'il s'agissait du siège d'Alexandrie, pourquoi ne nous avez-vous pas écrit? Ne saviez-vous pas que c'est la coutume en pareil cas de nous écrire premièrement, afin que ce soit d'ici que vous vienne la décision ? Si donc l'évéque de celte ville était tombé en suspicion, il fallait écrire à Téglise d'ici * . »

Cette lettre fut sur-le-champ expédiée en Orient, et le concile de Rome, n'ayant plus d'autre afi'aire, songea à se dissoudre. On ne pouvait se dissimuler cependant ce qu'il y avait de hardi à braver aussi ouvertement la volonté de l'empereur Constance, dont le concours était publiquement acquis aux prélats d'Antioche. Pour ne

1. s. Athan., ApoL,^. 739-753. — Le lecteur se rappellera sans doute que le siège d'Alexandrie étant patriarcal, relevait de Rome directement. Cette phrase a été invoquée, et avec raison, comme un des plus forts témoignages de la primauté romaine.

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pas rester tout à fait désarmé devant sa colère, et se ménager un protecteur en cas de besoin, les évêques réunis autour de Iules eurent naturellement la pensée de recourir à Tautre Auguste, le mattre de TOccident, qui jusqu'ici paraissait s'être peu mêlé de débats ecclésiastiques. Constant était en Gaule, où des invasions de (ribus franques lui donnaient beaucoup d'occupation ^ On lui fit parler par Maxime, évêque de Trêves, qui portait à Athanase une affection devenue tout à fait intime durant le premier exil de ce grand homme, et par Osius de Cordoue, qui passait par les Gaules eu s'en retournant dans son diocèse. Le pape Jules, luimême, crut devoir écrire une lettre détaillée pour expliquer à Constant ce qiii avait été fait à l'égard des évêques d'Alexandrie et de Constantinople. Il était à craindre, en effet , qu'imbu des notions confuses que les représentants du pouvoir civil se faisaient encore au sujet de la constitution ecclésiastique, Conslant ne trouvât étrange qu'on fût intervenu à Rome dans une querelle* qui ne regardait que des sujets de son frère'*.

Autant qu'on en peut juger à travers les appréciations

contradictoires des divers historiens, Constant était d'une nature simple, un peu grossière, sans portée

d'esprit, mais sans malice. Dans l'héritage des qualités paternelles, tandis que Constance semblait avoir [ pris pour sa part (tout en n'en reproduisant qu'une image

1. Soc, II, 20. — Soz., m, 6. — Liban., Or. in, p. 438. — S. Jér., Chron. — 2. S. Hil., Fragm., p. 1295. — Soz., m, 10.

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très-affaiWie) la science politique, Tart militaire et Téloquence , Constant n'avait recueilli qu'une grande bravoure et une honorable droiture de cœur. Il était d'ailleurs ami du plaisir; on le soupçonnait des plus graves désordres de mœurs : accusation d'autant plus facile à accréditer que, fiancé du vivant de son père à la fille encore enfant du ministre Ablave, il lui avait fidèlement tenu parole malgré sa disgrâce; et, en attendant qu'elle fût en âge d'être mariée, il restait célibataire dans une jeunesse déjà mûre. Une grande faiblesse de caractère qui le livrait à d'imprudents conseillers ; des besoins d'argent et des goûts de dépense qui le rendaient à la fois avide et prodigue, faisaient de lui, au fond, un fort médiocre souverain. Mais il avait une foi très-solide, bien que peu éclairée, et il ep donnait fréquemment des preuves en distribuant des largesses aux églises et des faveurs aux chrétiens. C'est ainsi qu'Eunape nous raconte qu'il avait fait venir d'Athènes un sophiste chrétien célèbre, du nom de Proœrèse , qu'il faisait manger à sa table et à qui, par une disposition singulière, il avait donné le titre de général avec une grosse pension*.

Il avait eu indirectement quelques relations avec Athanase, qui, sur sa demande, avait rédigé pour lui ud

!• Aurèl. Tict., de Cœs., 41. — ïd., Epit., 41. — Zos., u, 42. - Eutr., X, 9. — Liban., Or., 8, p. 121. — S. Athan., Ad. Sol., p. 856; ApoL, p. 678 et 679. — Amm. Marc, xx, 11 — Eunap., Vit. soph.^ Paris, 1849^ p. 492.

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petit catalogue et une sorte d'abrégé des livres de TÉcriture. Mais, pressé de prendre parti dans la cause qui partageait le monde chrétien, il éprouva le désir de faire plus ample connaissance avec le principal accusé et de* s'entretenir avec lui. Il ne put guère donner suite à cette pensée avant la fln de Tannée 342, parce que c?, ne fut qu'à cette époque qu'il put terminer la guerre des Francs par une paix dont les conditions ne paraissent pas avoir été bien satisfaisantes pour l'honneur romain *. De retour alors àMilan, il manda Athanase auprès de 1 ui ^ ^ jj Cet ordre surprit et ne contenta que médiocrement ^♦2 révêque proscrit : sujet de Constance, et aussi éloigné de la rébellion que de la bassesse, Athanase éprouvait quelque scrupule à recourir contre son souverain à Tap^ pui d'une influence étrangère. Il savait d'ailleurs qu'il est aisé de blesser l'orgueil des princes, mais qu'il est peu sûr de se fier à leurs paroles. En sollicitant l'intervention de Constant, il offensait mortellement le maître de l'Orient, avec qui tout évoque d'Alexandrie était destiné à entretenir des relations journalières, et il n'était

1. A. D. 342. — Indictio. xv. — U. C. 1095. — Constantius m cl

CoDStans ii. Coss. i

2. Soc. — Soz. — Liban. — S. Jér., loc. cit. — Nous mettons ici l'entrevue de Constant et d'Athanase , que Tillemont rejetait plus loin. Cette entrevue précéda immédiatement le concile de Sardique. ' Or on verra tout à l'heure les raisons qui, de concert avec les chronologistes modernes, nous font avancer jusqu'en 343 la réunion de ce concile. Athanase (Apol. p. 675) dit qu'il s'était écoulé trois ans entre son arrivée à Rome et l'appel de Constant. En mettant cette arrivée en 339, comme nous l'avons fait* on se trouve porté à la Un de 342.

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nullement certain que la bienveillance de l'un des monarques fût d'aussi longue durée que la rancune de l'autre. Aussi, bien que reçu à la cour de Constant avec une faveur marquée, il demeura fidèle à sa prudence accoutumée, et se tint sur une adroite réserve. Il ne laissa pas échapper une seule plainte contre Constance; et, se doutant que toutes ses démarches étaient épiées et faussement rapportées à la cour d'Antioche, il prit d'avance la précaution de ne jamais s'entretenir avec l'empereur qu'en présence de témoins qui pouvaient entendre toutes ses paroles et en déposer au besoin. Celle prévoyance ne prévint pas la calomnie, mais lui préparait les moyens de la réfutera

Le souvenir du grand Constantin étiiit le moyen principal que les catholiques employaient pour agir sur

l'esprit de son jeune fils. Rien n'était plus propre à lui suggérer la pensée de suivre cet ilhistre exemple, en prenant lui-même l'initiative d'un concile universel pour compléter l'œuvre de Nicée. Chacune des deux grandes fractions de l'Église venait en quelque sorte de se prononcer dans des sens différents, quoique en se disant l'une et l'autre fidèles au symbole qu'elles avaient arrêté en commun. Le moyen le plus simple de les faire accorder semblait êire de les mettre en présence et de les faire délibérer ensemble. C'est dans cette vue que Constant se décida à écrire à son frère pour

i. s. Athan., ApoL, p. 674-676.

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provoquer son consentemenl à une réunion de toute l'Église. Il fit partir un messager à cette intention vers la fin de Tannée 342, en même temps qu'il quittait luimême Milan pour aller faire une courte apparition en Angleterre, afin de mettre ordre à quelques incursions de barbares*.

La lettre trouva Constance et le parti qui dominait à sa cour, sous le coup d'un événement inattendu qui les jetait dans de graves embarras. Eusèbe de Nicomédie était mort presque à l'improviste, au moment même où l'exil d'Athanase consommait son triomphe en Orient. Il laissait ses amis sans guide dans la voie périlleuse où il les avait engagés, et la ville de Gonstantinople/ dont il avait usurpé le siège, dans une grande agitation^.

En elTet, Tévêque précédemment déposé, Paul, protestant contre l'illégalité de la sentence qui l'avait enlevé à son troupeau, et fort de la sympathie qu'il venait de trouver à Rome, s'était immédiatement présenté pour reprendre possession de sa charge. Il y réussit sans peine , un très-vif mouvement populaire s'étant déclaré en sa faveur. Mais sa réintégration ne pouvait convenir aux évêques de la province, Théognis de

1. Soc, II, 20. — Soz.» m, 11. — Théod., ii, 3. — Nous nous conformons au récit de ces écrivains pour le fait de la lettre écrite par Constant à son frère, et non pour la date : on en verra tout à l'heure L'i raison. — Liban., Or,, m, p. 140. — Amm. Marc, xx, 1. — CotL TJieod., Chron., p. <44. ,

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