‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 27 sur 137 · Rufin, 1, 19. — Levi increpaiione perstrictum · texte numérisé non relu

Rufin, 1, 19. — Levi increpaiione perstrictum

90 ATHANASff A ROME.

el il ne parnt guère dans l'entretien avoir qu^une seule pensée, c'était de convertir en sentence définitive et en chose jugée Taete d'arbitraire impérial qui lui rendait momentanément ses dignités. Après tant d'informations successives, il demandait encore des juges et une enquête, souffrant d'être rappelé par faveur et ne voulant rien devoir qu'à son innocence et à son droî*. Mafe Cîonslance l'avait fait revenir pour vivre en paix, pour se décharger d'un embarras qui gênait sa politique^ et non pour se jeter de nouveau dansletrovbledes procès, des contestations et des luttes. Il n'y eut pas n^oyen d'obtenir son attention sur le fond de l'affaire, et tout ce qu'il accorda aux instances un peu impérieuses de son interlocuteur, ce fut qu'on enlèverait des greffes et des tribunaux d'Egypte toutes les pièces de Tenquétede la Maréote qui pouvaient consacrer le souvenir de cette violence judiciaire*. En quittant l'audience impériakr, Athanase alla porter ses actions de grâces à Dieu, non dans réglise d'Anlioche, mais dans une petite assemblée particulière où, depuis la déposition d'Ëustathe, quiass années auparavant, les vrais catholiques célébraieiif leur culte, à l'abri de la communion profane des évêques nsuppateurs^.

Les prélats eusébiens remplissairat toujours^ le palais impérial , n'osant murmurer contre la volonté du maitrew mais cherchant à en troubler l'exécution. On vit peu de

1. s. Athan., Apoh^ p. 676, 772; ad Sol., p. 823 et suiv. et 839.

2. Soz., m, 20, et Voir première partie de cette histoire t. ii, p. 300.

ATHANASB ▲ ROME. 91

jours après l'effet de leurs conseils. Coostance manda de fionveau Àthanase auprès de lui : — «c Athanase, lui dit-îl, î*si quelque cliose à vous demander qui ne doit pas vous coûter beaucoup. Vous allez rentrer à Alexandrie par notre consentement et en exécution du décret du concile. Mais» comme il y a des gens dans votre vilie qui ne veulent «pas rester en communion avec vous, accorde^leur^je vous prie, la liberté de disposer d'une ^se; vous em avez un si grand nombre à Alexandrie. — Ehl que puis-je vous refuser, reperdit Athanase sans se troubler , à vous , empereur^ qui avez le droit de tout ordonner? Mais, en retour, m'accorderez-vous une humble prière? — De grand cœur, dit Tempereur, et qu'est-ce donc? — C'est, reprit le prélat, qu'il y a aussi dans la ville d'Antioche des gens de mon sentiment , à moi, qui ne veulent pas rester en communion avec les évéques qui sont ici ; et je trouve qu'il serait équitable de leur accorder aussi une église. » L'empereur qui, effectivement, ne voyait pas de difficultés dans une si juste réciprocité, n'hésita pas à y eoBsentir. Mais quand il eut rapporté la conversation à ses conseillers habituels, ceux-ci ne trouvèrent point que le partage fût à leur profit. Ils laissèrent donc tomber leur demande, et Athanase put partir sans qu'on lui fit de conditions nouvelles ^ La plupart des historiens ecclésiastiques en rappor-

i. Rufiû, 1, 19.— Soc., u, 23. — Soz., ra, 20. — Théod., u, 12.

tant ce trait de la vie d'Athanase, n'y ont vu qu'un détour ingénieux, suggéré par une heureuse présence d'esprit, pour rejeter sur autrui l'embarras d'une question délicate. Les détours n'étaient guère pourtant dans les habitudes d'Athanase, et s'il employa ce jour-là un artifice, ce fut le premier et le seul de toute sa vie. C'est lui faire plus d'honneur de penser qu'en acceptant pour lui-même et en imposant à ses adversaires l'épreuve de la concurrence et de la lutte, il obéissait aux instincts généreux de sa nature et suivait les vues lumineuses de son grand esprit. Le schisme qu'il combattait était en ce moment condamné à tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Sourdement révoltés contre la foi du grand concile, les hérétiques étaient en rupture ouverte avec Tautorité du siège de Rome : leur dissolution cupide, leurs fanatiques violences, les décréditaient chaque jour dans l'esprit des chrétiens sincères. Un seul appui leur restait, la faveur du prince ; un seul espoir, le triomphe de la force. C'était par là que le schisme devait encore survivre et toujours renaître. Un souffle de liberté , aurait éteint ce germe de mort que couvait la chaleur malsaine d'une cour.

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