Ibid.y sect. i, ch. 5^7# S. Ilnd,, cb. 9x
n'agissent donc point sur les dieux, mais ils agissent sur rhomme par l'effort qu'ils lui font faire pour s'élever vers la Divinité ^ Le point culminant de cet effort, c'est l'enthousiasme extatique, source de toute science divinatoire. C'est en s'unissant à Dieu que l'âme apprend à le connaître, à pénétrer Ta venir, à devenir sur tous les points l'interprète delà connaissance divine*. Les actes matériels qui accompagnent, qui préparent et précèdenl ces transformations morales, n'ont pour effet que d'y disposer l'être humain tout entier, par suite de celte harmonie générale du monde qui fait que toutes les forces de la nature, soit physiques, soit spirituelles, agissent dans le même sens et conspirent au même but. Les paroles sacramentelles, les sons, les cymbales, tout l'appareil des oérémonies sont des échos et des images de cette harmonie universelle du sein de laquelle l'homme est sorti et où il tend à rentrer par l'extase. I C'est ainsi que la nature physique tout entière, œuvre de Dieu comme l'homme, concourt à élever l'âme vers son auteur et son centre'.
Toute celte théorie , développée avec lucidité et chaleur, n'est dépourvue ni de charme , ni même de pureté morale. Revendiquant ainsi par d'ingénieux artifices la dignité philosophique du polythéisme , Jamblique voudrait laisser en dehors tout ce que la corruption des
1. Jamhlîque, De mysteriis liber, sect. i, ch. 13. S. Ibid; sect. ii.
B. Ibid,, sect. m, 9.
âges y avait mêlé de puérilités trop choquantes. Il distingue avec soin, à plusieurs reprises, la théurgie, véritablement divine, agissant sur la partie élevée de rame, et la magie, grossier produit de l'illusion des sens*. Il voudrait épurer le culte en le sanctifiant, ennoblir le merveilleux en le réhabilitant. En tendant la main au vulgaire, il voudrait au moins que ce fût pour le faire monter de quelques degrés vers la sagesse.
L'effort était vain : on ne pouvait s'arrêter sur une telle pente. La superstition, une fois introduite ainsi dans le sanctuaire philosophique, y devait pénétrer tout entière, avec son cortège d'erreurs, de sottises et do crimes. A partir de ce moment, la crédulité élevée publiquement à l'état de science se donna carrière, même parmi les rangs des meilleurs adeptes de l'école. Soiis prétexte d'éprouver ou de décrire les effets de l'enthousiasme, il n'y eut plus de sophiste qui n'eût à raconter sur lui-même ou sur ses maîtres quelque prodige bien merveilleux. Les prédictions, les évocations d'esprits, les opérations miraculeuses, devinrent les signes ordinaires de la vocation philosophique; et les tableaux que dans les premières années du v* siècle l'historien Eunape nous trace de la vie des savants qu'il avait connus, ne diffèrent plus essentiellement de nos contes de sorciers. C'est ainsi qu'il nous montre Jamblique lui-même, élevé dans ses prières de dix coudées