‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 72 sur 137 · Amm. Marc, xiy, IL · texte numérisé non relu

Amm. Marc, xiy, IL

Avec elle Gallus perdait son seul appui. Chaque jour Constance» qui s'était réservé aussi le conunandement des troupes, prenait quelque disposition militaire pour éloigner les officiers dont il n'était pas sûr et en nommer d'autres à sa dévotion. C'était pour son bien, écrivait-il au jeune César, qu'il lui retirait des troupes ^ car rien n'était plus dangereux que des soldats qui n'avaient rien à faire ^ Cerné ainsi de toutes parts, pressé par des lettres habiles où les menaces et les caresses étaient adroitement mélangées , le malheureux jeune homme ne vit plus d'autre ressource que de s'en remettre à la démence de son ennemi. U partit, bien à regret, voyageant lentement, passant la nuit dans de cruelles agitations, et d'arrêtant le jour dans les villes pour assisr ter à des jeux de cirque et à des divertissements, afin de s'étourdir sur le sort qui l'attendait. Partout les fonctionnaires, avertis de sa disgrâce, s'écartaient avec froideur sur son passage et lui rendaient à peine les honneurs dus à son rang. On éloignait de lui las soldats, pour qu'il ne pût ni les haranguer ni les séduire. A Andrinople, il reçut l'ordre de quitter tout appareil royal, sous prétexte d'accélérer son voyage. A peine eut -il mis les pieds à Pœtovium (Pettau), en Norique, qu'un officier, du nom de Barbation, arrivé de Milan avec une grosse escorte, se fit ouvrir de nuit,

1. Amm. Marc., xiv, 7 : Adjumenta panlatim illi subtraxit, sollicitaii se simulans ne, uti est militars otiom îste tamultniwnïn, in ijjns penudem oonspiraret

par force Jes portes du palais OÙ le prince faisait sa demeure, et le somma de résigner tous les ornements impériaux. Moyennant cette abdication volontaire» on lui garantissait la vie sauve. Il consentit à tout, et fut emmené sous bonne garde à Flanone, en Dalmatie. <?était un lieu de sinistre augure, voisin de la ville de Pôle, où avait succombé trente ans auparavant la première victime de cette descendance fatale de Con< stantin^

Constance apprit avec une joie sans mélange le succès de cette longue trame, ourdie avec une habileté vraiment superflue. Son ambition une fois rassurée, il aurait voulu s'en tenir là, et ne pas pousser plus loin la vei^ geance. Ses flatteurs, et en particulier TeunuqueEusèbe, le plus influent de tous, ne lui permirent pas de modérer son ressentiment. On exigea, au nom du salut de l'État, qu'un procès fût fait pour connaître à fond les coupables qui avaient conspiré avec la malheureuse victime. Eusèbe fut chargé lui-même d'aller faire Tînstruction, et, soumettant pendant plusieurs jours l'infortuné prince à d'affreuses tortures morales,iI lui arracha, par écrit, des aveux, dont le texte fut mis sous les yeux de Constance ^. Ce simulacre d'enquête eut la conséquence à laquelle on pouvait s'attendre. Gallus eut la

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