‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 99 sur 137 · TÔv Xpiorèv àsl àva.7rvssTft · texte numérisé non relu

TÔv Xpiorèv àsl àva.7rvssTft

porte mon corps en Egypte, de peur qu'on ne le gare dans des maisons particulières, comme c'est la coutume car vous savez combien j'ai blâmé souvent ceux qui fon ainsi, et combien je les ai détournés de cette habitude* Ensevelissez donc mon corps, et cachez-le sous la \.m% et que personne que vous seuls ne connaisse le lieu è ma sépulture. Au jour du jugement, le Sauveur m\ rendra cette chair devenue incorruptible. Dislribuei ainsi mes vêtements : donnez une de mes tuntquesdi poil de chèvre à Tévêque Athanase; joignez-y mi» manteau, qu'il m'a lui-même donné quand il était neol et que je lui rends tout usé. Mon autre tunique est poiff rëvêque Sérapion : pour vous, gardez ma chemise A crin. Et puis, salut, mes enfants! Antoine vous quille et ne demeurera plus avec vous *. »

Quand les disciples du saint vinrent à Alexandrie, pour .s'acquitter du legs modeste dont ils étaient char* gés, ils y trouvèrent tout en rumeur et les choses poussées enfin aux dernières extrémités. Le duc Syrien, sœl qu'il eût reçu des ordres secrets, soit que la crainte A mécontenter Constance par ses hésitations, l'emporlâl Sûr celle de se compromettre par des violences, avaà enfin pris son parti, et, joignant la mauvaise foi à 1 cruauté, il avait rompu la trêve sans prévenir. Le ver

i. s, Athanase explique quelques lignes plus haut que cette coutun de garder les morts sans les enterrer, en les embaumant, afin de lei «Mnoigner un respect superstitieux, déplaisait beaucoup à saint Antoiû «que ce fut sa raison principale pour aller mourir au désert.

a. S. Athan.. ViU Ant., p. 503.

-j dredi, 9 février, au moment où le peuple etTévêque n étaient réunis en prières, sans aucune crainte, il fit ■ . subitement irruption dans l'église de Sainl-Théonas, et ; remplit tout le sanctuaire du bruit et de Téclat des : armes.

« Il était nuit, dit Athanase, et il y avait dans Téglise ■du peuple qui faisait la vigile de la fête du lendemain. ie chef militaire, Syrien, apparut tout à coup avec des soldats au nombre de plus de cinq mille, ayant des armes et des épées nues, des arcs, des flèches, des Icinces ; et il les rangea autour de Téglise, de manière à empêcher toute personne de sortir. Moi qui ne croyais S^as juste, dans un si grand désordre, d'abandonner mou l^euple, et qui préférais m'exposer le premier au péril, irin'étant assis dans ma chaire, j'ordonnai au diacre de lire le psaume : La miséricorde de Dieu est grande dans t^s siècles ; je dis au peuple de répondre et de se retirer ^n&uite chacun dans sa maison. Mais le chef s'étant élancé dans le temple, et les soldats assiégeant de toutes t^arts le sanctuaire pour me saisir, le peuple et les pré* . jtres me pressent, me supplient de prendre la fuite : je irefuse de le faire avant que chacun d'eux soit en sûreté. M'étant donc levé, et ayant prié le Seigneur, je les conjurai de se retirer. J'aime mieux, disais-je, être en péril que de voir maltraiter quelqu'un de vous. Plusieurs étant déjà sortis, et les autres se préparant à les suivre, quelques solitaires et quelques moines montèrent jusqu'à moi et m'entraînèrent. Et ainsi , j'en atteste la

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suprême Térité, malgré tant de soldats qui assafllaientl le sanctuaire, malgré ceux qui entouraient Téglise» jeji sortis sous la conduite du Seigneur et j'échappai saDfjl être vu , glorifiant surtout le Seigneur de ce que jiP n'avais pas trahi mon peuple, et de ce que, l'ayant mm d'abord en sûreté, j'avais pu être sauvé moi -même 6f|>si me dérober aux mains qui voulaient me saisir '. » i^ Ce sobre récit ne disait pas tout. Du haut du siège é iét l'attachaient son devoir et son courage, Athanase n'avai ^ pu tout voir, et son regard ne pouvait tout protégefr fc

Pendant que le sanctuaire retentissait encore des accenk de la prière, dans les bas côtés de l'église plus d'oni lutte sanglante s'était engagée entre les fidèles et hvf é soldats. Les sabres brillaient , les flèches volaient daMOi l'air, des cris se mêlaient aux chants sacrés , et le leiHle demain, quand le jour se leva sur cette scène d'horreiïr,i|r des cadavres presque méconnaissables à force d'avoir été foulés sous les pieds, des débris d'armes, d'épées, d'ornements d'église, jonchaient le pavé du temple. Dei femmes évanouies et à moitié nues étaient étendaeH sur les marches, le sang ruisselait de toutes parts, et Alexandrie entière, plongée dans une inexprimable coih fusion, apprit que le crime était consommé et que son évêque avait disparu.

1. s. Athan., ApoL, p. 716-717. Nons avons emprnnté à M. TOtemain la .traductioD de cet admirable récit (Tableau de féloquence, chrétienne au w* siècle). U n'y a rien, ce semble, de mieux à foin qne de reprcMluire ce cgae Von ne saosait espérée de sarjpasset.— Softt

Sons Tempire d^une indignation qui dominait leur sffroi, les catholiques se réunirent dans la matinée du eiidemnin, pour adresser à Tempereur une protestation ndignée contre les violences de son agent. Syrien, qui Tut nforrné de leur démarche et qui savait bien qu'il avait gi sans ordre exprès, s'en montra assez troublé. Rien i*eût été si conforme au caractère de Constance que de L^avouer les violences commises, tout en en recueillant a profit. N'ayant cependant plus d'autre ressource que .^pousser Jusqu'au bout l'intimidation, le duc manda les i^nataires de la protestation et leur ordonna de menicnner expressément dans leur lettre, que Texécution '^tail passée sans troubles et sans coûter la vie à perc^nne. En même temps il envoyait des soldats à l'église e Saint-Théonas pour enlever les cadavrjes et les déris d'armes qui attestaient encore la lutte nocturne, les chrétiens résistèrent tant aux ordres impérieux du

LUC, qui les faisait frapper de coups de bâton, qu'aux tfforts des soldats; et ce fut l'occasion de nouveaux lésonlres, à la suite desquels fut rédigée une seconde Protestation, que nous trouvons dans les œuvres d'Athalase, et qui commençait en ces termes :

a Le peuple d'Alexandrie, qui est sous la direction u très-respectable Athanase, fiait savoir les faits suiants :

a Par un premier acte, nous avons porté témoignage le la violence nocturne qui a été faite tant à nous qu'au emple du Seigneur ; et ce témoignage n'était pas néces-

saire, car toute la ville a vu ces faits et les connaît. Lbb^ cadavres des gens tués, trouvés dans l'église, ont été ex^ posés publiquement» ainsi que les arcs et les autres armes qui attestent, comme des témoins qui crieraient à haute voix, la violation de la loi qui a été commise. Mais puis» que le clarissime duc Syrien veut nous contraindre pan la force de déclarer qu'il n'y a point eu de troubles el que personne n'a péri, c'est pour nous une preuve trèsassurée que ce qui s'est passé n'est pas l'effet de la volonté du très-clément Auguste Constance; carie duc m concevrait pas de crainte de toutes ces choses, s'il to avait accomplies par ordre... Nous renouvelons donc* notre témoignage, et comme quelques-uns d'entre nous font route vers le très-pieux Auguste, nous les avom^ adjurés par le salut du très-pieux empereur (quel^- Dieu tout puissant garde I ) , nous prions aussi le préfet d'Egypte, Maxime, et tous les curieux, et tous les magistrats clarissimes, de raconter tout au pieux empereur. Nous adjurons aussi tous les gens de mer de divulgua \i ces faits en tous lieux où ils aborderont, afin de les faire parvenir aux oreilles du prince, et de tous les préfets, et de tous les magistrats, et afin qu'il soit connu que, sous le règne de Constance, des vierges et beaucoup d'autres personnes ont été martyrisées par les ordres de Syrien. »

Suivait le récit des faits, semblable à celui d'Aibanase, à cette exception près qu'ignorant encore le sort du prélat ou ne voulant pas révéler le lieu de sa retraiie,

l» les signataires déclarent qu'il a été enlevé à demi mort, j sans connaissance, et qu'on ne sait s'il est encore en - vie. Puis ils continuent :

^ « Si tout ceci est la volonté du prince, à savoir de ; nous persécuter à outrance, nous sommes prêts à subir t le martyre : s'il en est autrement, nous prions le préfet i d'Egypte, Maxime, et les autres magistrats, de conjurer : le prince que de tels crimes ne se renouvellent pas, et k de faire en sorte que nos prières parviennent jusqu'à ■ Ijii. Qu'il ne permette pas qu'on nous impose un autre évêque, ce à quoi nous résisterions jusqu'à la mort, ne voulant que le respectable Athanase que Dieu nous a donné suivant la succession de nos pères, et que le religieux empereur a envoyé ici avec des lettres expresses, et sous la garde de son serment \ »

La ville, occupée militairement, attendit avec anxiété, Ofiais en repes,la réponse de Constance à cette prière, qui Tie partit sans doute pas sans être accompagnée d'ua récit du duc Syrien destiné à en prévenir l'effet. Plusieurs semaines durent se passer ainsi dans cette pénible angoisse, et pendant tout ce temps on ne savait ni dans quel lieu Athanase était réfugié, ni s'il respirait encore. Enfin la réponse impériale arriva, et elle éteignit la dernière lueur d'espoir des fidèles. L'empereur, très-soulagé d'apprendre que le coup était frappé et qu'Alexandrie lui obéissait encore, avouait, approuvait tout, et ne témoi-

.!• S. AUian., Populi Âlexandrini protestatto; p. 866-868. m. %K

322 LA PERSÉCUTION ARIETÎNE.

gnait qu'un regret : c'est qu'on eût laissé échapper Atha^ nase. Délivré de la crainte qui seule mettait des bornes ï sa fureur, il n'apportait plus de ménagements dans sei expressions. « Sénat, peuple d'Alexandrie, assembler vous, disait-il; vous tous, jeunes gens de la ville, réo* lisses-vous. Poursuivez le traître, ou sachez que je vov tiendrai pour mes ennemis. S'il est réfugié chez les Ba^ bares, il faut l'en tirer. » Et il désignait spécialement comme la relraite où il soupçonnait qu'on pourrait troiver le fugitif, le petit royaume d'Auxume,district d'Éthi»* pie voi^ de l'Egypte, converti par les soins d'Athanase^ et gouverné spirituellement par son disciple et ami, FnHf mence. Athanase assure que l'empereur prit soio ii^ crire par le même courrier au prince d'Auxume, jpoÉ le prier de lui livrer le maître et le disciple^

Le porteur de ces ordres, le comte Héracle, ne parai»* sait nullement disposé à en laisser languir l'exécutioi» A peine arrivé, il fit afficher la lettre impériale et y jofrgnit, en son nom, de nouvelles menaces. Il déclara i peuple que, si la moindre résistance s'élevait dans la ville^ toute distribution de pain serait suspendue, et qu'i jetterait en prison tous les séditieux. « A aucun pril» répétait -il à tout venant, l'empereur ne veut plai entendre parler d'Athanase, et toutes les églises vo«t être remises aux Ariens. » Ces paroles étranges drctr laienl dans la ville» où elles causaient une grande émo-

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