I. S. Grôg. Naz. — Soz, — Soc., lo cit
confondues. Mélèce, dont Page était avancé, ne put résister aux fatigues de séances assidues : une fièvre le prit et l’emporta en peu de jours l .
La douleur du concile et celle de l’empereur Tliéodose furent extrêmes, et pendant plusieurs jours tout fut suspendu pour rendre honneur à la mémoire de l’illustre mort. Les obsèques furent célébrées avec tout le luxe de l’Orient; le corps fut embatimé et placé dans un linceul de soie, tissu des mains d’une grande dame de la ville, puis on le porta en pompe à l’église des Saints- Apôtres; une procession nombreuse le suivait à travers les rues, et chacun de ceux qui la formaient tenant un cierge allumé, la ville entière paraissait en feu. Les évêques y figuraient avec leur clergé, formant des chœurs qui se répondaient en chantant les psaumes dans tous les dialectes de l’Asie. Les louanges du patriarche furent célébrées dans l’église par plusieurs orateurs, entre autres par l’évêque de Nysse, dont le discours nous a été conservé, et qui trouva ce jour-là quelques accents dignes de son frère. Puis, la cérémonie achevée, les restes mortels furent transportés avec la même pompe de ville en ville, Théodose voulut même, par une exception toute spéciale et trèscontraire aux usages des Romains qui fuyaient toujours la vue de la mort, que le cortège funèbre fût admis dans l’intérieur de chaque cité. Mélèce dut reposer à
1. S. Gn'g. Naz. — Soz. — Soc. — Théod., loc. cit. — S. Grog. Nyss., in Melet., p. 590.
Anlioche même, sur les bords de l’Oronte, à côté d’un sanctuaire qu’il avait fait bâtir en l’honneur de saint Babylas et à l’achèvement duquel Théodose contribua généreusement ‘.
Les cérémonies terminées, il fallut reprendre les séances, et alors l’embarras créé par celte mort intempestive apparut dans toute sa gravité. S’il ne se fût agi que de remplacer Mélèce dans la présidence du concile, la difficulté n’eût pas été grande et Grégoire était tout naturellement désigné. Mais le concile étant chargé de meltre l’ordre dans tous les diocèses d’Asie, avait tout d’abord à pourvoir à la vacance du siège d’Antioche, c’est-à-dire, dans le cas présent, à se prononcer sur la validité de l’arrangement conclu entre Mélèce et Paulin, et en vertu duquel ce dernier était appelé à jouir du droit de survivance. Or, celte clause, à laquelle personne n’avait regardé de bien près tant qu’on pouvait espérer que l’éventualité n’aurait pas lieu sitôt ou même qu’elle tournerait en sens contraire, apparut sous un autre jour lorsqu’il devint nécessaire d’abandonner la direction du premier siège d’Orieul au chef d’une petite secte. Beaucoup des évêques présents au concile étaient placés sous la juridiction du siège d’Antioche; presque tous avaient été associés aux luttes de Basile, en butte par conséquent aux calomnies des
1. Théod., v, 8. — Soc., v, 9. — S. Grég. Naz., Carm . de vita sua, v. 1575. — S. Grég. Nyss., in Melet. — Soz.j vu, 10. — S. Jean. Chrys., llom. de Melet,
CONCILE DE CONSTANTIN Ol* LE.
Paulinicns; ils ne se souciaient point de reconnaître pour leur égal, encore moins pour leur supérieur, celui qui n’avait cessé de noircir leur conduite auprès des âmes pieuses et avait réussi souvent, en Occident surtout et même à Rome, à se faire écouter. Celte faveur des Occidentaux, dont Paulin avait toujours joui, était à elle seule une mauvaise note auprès de l’assemblée, toute composée d’Orientaux, et accessible, malgré sa sainteté, à l’esprit de rivalité sourde qui régnait entre les deux fractions de l’Eglise. Enfin il ne semblait pas bien convenable de donner pour successeur au saint homme qu’on venait de perdre celui qui avait passé sa vie à le combattre, et ne manquerait pas de dénigrer tout bas sa mémoire. Bref, à l’émotion qui éclata dès le premier jour, il fut visible que la convention plus ou moins valide dont Paulin pouvait se prévaloir ne serait pas ratifiée par le concile *.
Seul Grégoire, qui avait pourtant plus que personne à se plaindre de Paulin et de ses amis, ne partagea pas la répugnance commune. L’intérêt de finir à tout prix un différend qui n’avait que trop duré, le respect de la parole donnée par Mélèce lui parurent devoir l’emporter sur toute autre considération. « Qu’allez-vous faire? s’écria-t-il, en donnant à ses paroles une force et une onction inaccoutumées. Vous ne songez qu’à l’intérêt de garder pour vous une seule ville, cl encore vous