‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 103 sur 111 · S. Grég. Naz., Carm. de vita sua, v. 18G5-1S · texte numérisé non relu

S. Grég. Naz., Carm. de vita sua, v. 18G5-1S

ménagé la délicatesse. Ils se transportèrent en corps à l’église, au milieu d’une foule immense qui encombrait la nef, le chœur et les tribunes. Affaibli par les chagrins et la maladie, Grégoire avait à peine un souffle de voix; il parla cependant plus d’une heure, et jamais sa parole ne fut plus émue et plus pénétrante. Le sentiment des services qu’il avait rendus et de l’indifférence qui le récompensait le remplissait non de ressentiment ou d’orgueil, mais d’une inquiétude affectueuse pour les ûmes qu’il allait quitter. Pour ouvrir ces yeux aveuglés, il ne craignit pas d’énumérer lui-même ses titres à la reconnaissance qu’on lui refusait. C’était saint Paul parlant en imprudent ; mais par ce retour noble et désintéressé sur lui-même, il mettait dans un plus saillant contraste les grâces de Dieu avec l’ingratitude humaine. Le début du discours fut singulièrement incisif et pressant.

« Que pensez-vous de ce qui nous touche, ô mes chers pasteurs et collègues?... Quel avis est le vôtre sur le pèlerinage que nous avons fait parmi vous?... L’appréciez-vous déjà suffisamment par vous-même et portez-vous sur nous un jugement bienveillant? ou bien devons-nous faire comme les chefs du peuple ou d’armée, ou, comme ceux qui sont préposés au gouvernement des finances, devons-nous vous rendre publiquement compte de notre administration? Nous ne rougirions pas d’être jugés par vous, parce que nous devons nous juger tous les uns et les autres et toujours

avec charité. C’est la vieille loi de l’Église, et Paul lui-même communiquait aux autres apôtres l’Évangile qu’il annonçait 1 . »

II dépeignait alors l’état misérable dans lequel il avait trouvé le troupeau catholique de Byzance, exténué par la persécution, travaillé par la corruption et l’intrigue, et le comparant, par une vive prosopopée, au spectacle même de l’assemblée qui était sous ses yeux :

« Yous donc, s’écriait-il, qui que vous soyez, qui nous jugez sévèrement, jetez vos regards autour de vous : voyez cette couronne de gloire, bien différente de la couronne d'orgueil des mercenaires d'Epliraïm dont parle le prophète; voyez ce conseil de prêtres dont les cheveux blancs et la sagesse inspirent le respect ; voyez le bon ordre des diacres, presque aussi remplis que les prêtres du Saint-Esprit; la modestie des lecteurs, l’ardeur d’apprendre du peuple fidèle : hommes et femmes, tous également empressés h rendre hommage à la vérité. Chez les hommes, soit savants, soit simples, c’est la môme étude des choses divines : soit gouvernés, soit gouvernants, c’est la même soumission à la loi de la justice : soit militaires, soit lettrés, c’est le même engagement dans la milice de Dieu... Chez les femmes, soit que, mariées, elles soient enchaînées par la loi divine plus encore que par le lien de la chair, soit qu’elles demeurent libres de toute chaîne,

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