Soc., v, 8. — Soz., vu
pés dans leur espérance. Ce fut bien en effet le signal de la fin du concile; mais les évêques restants, se trouvant réduits en nombre, profitèrent de l’unanimité que celte désertion leur rendait pour achever en hâte une tache qui leur pesait. Afin d’éviter de rentrer dans de nouveaux débats, ils ne se mirent pas en devoir de rédiger eux-mêmes une formule de foi. Par une précaution que l’envie d’en finir et une certaine méfiance d’eux-mômes leur suggéraient, ils se bornèrent à confirmer un usage déjà introduit dans la plupart des Églises orthodoxes, et qui consistait à ajouter à la formule de Nicée quelques phrases explicatives. A ces simples mots du symbole : Je crois en Jésus- Christ... qui s'est incarné , qui s'est fait homme, qui a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux deux, en viendra juger les vivants et les morts -, et je crois aussi au Saint-Esprit, etc., on apprenait dans beaucoup d’Églises aux catéchumènes à substituer ces phrases plus développées : « Je crois en Jésus-Christ qui est descendu des deux, s’est incarné par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, et s’est fait homme, qui a été crucifié pour nous sous Ponce - Pilate, qui a souffert et a été enseveli, qui est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures-, qui est monté aur cieux, est assis à la droite du Père, et viendra d, nouveau dans sa gloire pour juger les vivants et le* morts, et son règne n’aura pas de fin. Je crois au Saint-Esprit, qui est aussi Seigneur et source de vie, v. 29
qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. Je crois
en une seule Eglise, sainte, catholique et apostolique. Je confesse un baptême pour la rémission des pêchés, j’attends la résurrection des morts et la vie des siècles à venir. Le but de ces additions était clair : c’était l’union intime de la double nature en Jésus- Christ qu’on avait voulu défendre contre Apollinaire; c’était la divinité du Saint-Esprit qu’on maintenait contre les semi-Ariens et Macédoniens. Peu à peu les fidèles en étaient venus, en beaucoup de lieux, à ne plus distinguer le texte même du commentaiie. Un illustre docteur, Épiphane de Salamine, venait même d’insérer le symbole ainsi allongé dans un ouvrage dogmatique fort répandu. Le concile ne crut pas pouvoir mieux faire que de valider par son autorité ce produit spontané de la piété des peuples. Les modifications usitées furent officiellement introduites dans la formule de Nieéc et la complétèrent ainsi sans l’altérer; c’est sous celte forme développée qu’encore de nos jours est chanté dans nos églises le grand résumé de la foi chrétienne, sans que l’usage lui ait pourtant enlevé le nom qui le rattache aux grands souvenirs de l’Eglise triomphante, d’Athanase et de Constantin l .
I. Nous adoptons ici l'opinion généralement reçue qui attribue au concile de Constantinople l’introduction officielle dans le symbole do Nicéc du commentaire spécialement destiné à rectifier les erreurs d’Apollinaire et à affirmer la divinité du Saint-Esprit. Il est certain cependant : 1° qu’antérieurcmcnt au concile tenu à Constantinople,
A cetlc première décision, attestée par tous les historiens, mais dont aucun acte officiel ne nous est resté, fut joint un très-petit nombre de canons : quatre, suivant les manuscrits les plus anciens et les plus autorisés; sept, suivant d’autres plus récents et plus suspects. Deux de ces canons étaient consacrés à renouveler la condamnation de Maxime, de ses amis et de toutes les nuances de l’hérésie, depuis Eunome jusqu’à Apollinaire. Le temps des ménagements était passé, et les semi-Ariens (ou ennemis du Saint-Esprit, dit le texte) furent celte fois nominalement désignés. D’autres décisions eurent pour but de confirmer par une sanction nouvelle les règles depuis longtemps proclamées de la hiérarchie ecclésiastique. Les privilèges d’Alexandrie et d’Antioche, l’indépendance des Eglises de Thrace et du
le symbole, sous une forme peu différente de l'actuelle, avait été inséré par saint Épiphane dans le livre dogmatique de AncoratO; 2° que, postérieurement au concile, les docteurs parlent toujours du symbole de Nicée comme du résumé de la foi chrétienne, et ne font pas mention des additions faites à Constantinople; 3° enfin que ce n’est guère qu’au concile de Chalcédoiue, c’est-à-dire quatre-vingts ans après, que le symbole de Constantinople est mentionné sous ce nom exprès. — Nous croyons que le récit tel que nous le présentons éclaircit suffisamment ces difficultés. L’usage de modifier le symbole de Nicée pour l’expliquer existait avant le concile de Constantinople, qui ne fit que confirmer ces additions. C’est ce qui explique pourquoi, avant comme après cette confirmation, le nom de symbole de Nicée resta seul employé. 11 n’y eut en réalité aucun changement dans les habitudes des fidèles (Conf. Tillemont, S. Grégoire de Nazianze, lxxviii; Hefele, Concilien Geschichte , t.. II, p. 0 et suiv.). Nous pensons, avec ces deux autorités, qu’il n’y a aucun compte à tenir des récits, de date d’ailleurs assez récente, qui attribuent la composition du nouveau symbole à saint Grégoire de Nazianze ou à saint Grégoire do Nyssc.
4î)2 CONCILE DE CONSTANTINOPLE.
Pont furent proclamés de nouveau. Une seule innovation fut introduite, mais féconde en conséquences et ouvrant une voie pleine de péril. « Que l’évêque de Constantinople, dit le iv e canon, ait le premier rang d’honneur apres l’évêque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome. » Ce n’était encore qu’une primauté d’honneur et non de juridiction ; mais celte dangereuse assimilation, en modelant trop exactement l’Église sur l’Empire, exposait l’unité chrétienne à se rompre le même jour que l’unité politique i * * * .
Sa tâche ainsi remplie avec plus de précipitation que de dignité, le concile informa l’empereur dans une lettre assez brève, datée du 5 juillet, qu’il était arrivé au terme de scs travaux et lui en fit connaître le résultat. Alors, mais seulement alors, Théodose, spectateur passif jusque-là pendant toute la durée et même pendant tous les orages de ces longues délibérations, et dont l’action s’était à peine fait sentir, même pour recommander la paix, crut le moment venu pour lui de prendre la parole. À ses yeux, le jugement de
1. Nous adoptons l’avis d’Hefele, qui considère les trois derniers canons insérés dans les manuscrits grecs comme faussement attribués au concile de Constantinople et devant être rapportés à une seconde réunion qui eut lieu dans la môme ville l’année suivante. Indépendamment des raisons que donne le savant éditeur, nous sommes particulièrement frappé de cette considération, que rien dans ces canons, et surtout dans ceux qui portent les n° 5 6 et 7, ne se rapporte aux ma-
tières délibérées dan); le concile, d’après le récit détaillé que r-ous
en a donné saint Grégoire. Il faudrait donc, pour les admettre, supposer
de nouvelles discussions, auxquelles le court espace de temps qui
s’écoula entre le départ du saint et la fin du concile n’aurait pu sufliru.
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 4ü3
la foi était la lâche des évêques, la sienne commençait à l’exécution. Pour que personne ne se méprît sur cotte distinction, il employa de nouveau une précaution qui lui avait déjà réussi. Dans un édit qui suivit à quelques jours de distance la clôture du concile, il se déclara une fois de plus décidé à prêter main-forte à la vraie croyance. Mais, pour la caractériser, il se garda* celte fois encore d’avoir recours à aucune définition dogmatique : il mentionna seulement les noms des docteurs de qui il tenait à honneur de recevoir sa foi toute faite, sans avoir la prétention de la refaire ou de l’examiner.
« Que toutes les Églises, dit-il, le 30 juillet, soient livrées à ceux des évêques qui confessent l’égalité du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans la majesté, la puissance, l’éclat et la gloire : qui 11e font point ici des distinctions profanes et malsonnantes, mais reconnaissent l’ordre dans la Trinité, la multiplicité dans les personnes, l’unité dans la divinité. Et vous les reconnaîtrez à ceci qu'ils sont en communion avec les évêques suivants : à Constantinople , Nectaire ; en- Égypte, Timothée 1 dans le diocèse d’Oricnt, Pélagc de Laodicée et Diodore de Tarse-, dans la province proconsulaire et le diocèse d'Asie, Amphiloquc d'icône, etc. » C’étaient les principaux du concile, rangés même dans l’ordre nouveau, que le canon tout récemment adopté venait d’établir, puisque l’évêque de Constantinople était nommé avant le patriarche d’Alexandrie. O11 11e
pouvait, du haut du trône, pousser plus loin le scrupule et même l’ostentation de la soumission. L’édit, du reste, ne portait aucune pénalité nouvelle contre l’hérésie. Un autre, presque de la même date, étendait aux campagnes la prohibition du culte public, déjà faite dans les villes; mais cette disposition ne regardait encore que la petite secte, presque éteinte, des disciples d’Àétius et d’Eunome, connue sous le nom d 'Anomœem l .
Les évêques n’avaient plus qu’à se retirer; mais avant de les laisser partir, Théodose les réunit encore une fois dans une cérémonie imposante et significative. 11 avait fait chercher à Ancyre, où ils étaient déposés, les restes mortels de l’évêque Paul, le même que, quarante ans auparavant, l’hérétique Macédonius avait remplacé dans un jour de violence sur le siège de Constantinople. Une fête solennelle fut ordonnée pour la translation de cette dépouille dans une basilique que Macédonius lui-même avait fait construire, où il avait officié pendant toute la durée de son épiscopat schismatique et que les Ariens n’avaient cessé depuis lors d’occuper. Ce triomphe posthume du défenseur de la vérité sur le rival qui l’avait fait mourir dans l’exil, frappa vivement les assistants.
Telle fut l'œuvre entière de ce concile qui tient le second rang dans les fastes des assemblées plénières de l’Église. Œuvre mollement poursuivie, hâtivement ter-