Amin. Marc., x\vii
Encouragés par ce mouvement de l’opinion publique, qui se prononçait assez vivement en leur faveur, les sectateurs d’Ursin conçurent la pensée de recourir à l’empereur pour faire casser la sentence du magistrat. Ce fut à Reims qu’ils l’allèrent chercher, et ils l’y trouvèrent fatigué, presque malade des soins qu’il prenait pour rétablir l’administration désorganisée, autant qu’impatienté du peu de succès qui couronnait ses efforts. La nouvelle des troubles de Rome, où un magistrat impérial avait fait un si triste personnage, n’était pas de nature à rendre la sérénité à son esprit assombri. Un empereur, quelque bon chrétien qu’il fût, ne pouvait être très-satisfait d’apprendre qu’on se battait dans sa capitale, sous les yeux de son îeprésentant inactif, pour l’honneur d’une autre dignité que la sienne. D’ailleurs Juvencus, en prenant parti dans le débat, avait manqué à l’impartialité qui était la règle favorite de Valentinien. Aussi son premier mouvement fut-il, sinon de prendre parti contre Damase, au moins de lui retirer la protection de l’autorité séculière. Procédant cependant avec prudence, et intimidé par cette grandeur même du pontificat qu’il essayait de contenir, il se borna à permettre la rentrée des bannis, en les engageant à la soumission. « Je n’ai garde de blâmer, écrivait-il à Prétextai, qui venait de succéder à Juvencus dans* la préfecture de Rome, le châtiment dont on a usé pour apaiser les factions élevées dans l’Eglise; car, en ces sortes d’affaires, le tumulte est
d’aulant plus punissable qu’elles devraient porlcr d’elles-mêmes à la modération et à la paix. Mais c’est dans l’intérêt même de la religion offensée que je trouve plus à propos d’user de douceur. Délivrez donc les condamnés, et rétablissez-les dans leur premier état, sous la condition qu’ils ne recommenceront point à troubler la paix 1 . »
Une telle restriction était illusoire et tout à fait insuffisante pour prévenir, chez les amis d’ITrsin, l’effet produit par l’espoir de la protection de l’empereur. Aussi Ursin ne tarda-t-il pas à se présenter lui-même en pompe aux portes de Rome, environné de ses diacres et de tout l’appareil pontifical, et ses partisans vinrent à sa rencontre pour le porter en triomphe. La provocation appela la résistance , et en peu de mois le désordre était devenu tel, que Prétextât lui-même, peu suspect de porter aucune passion dans les débats des chrétiens, n’y voyait plus d’autre remède que de mettre de nouveau, mais celte fois sans éclat, le schismatique hors de Rome. C’est en effet ce qu’il fit, avec l’approbation de tous, y compris des païens, qui lui surent gre et de l’acte même, et de la douceur avec laquelle il y procéda. L’incident finit ainsi, sans que personne peut-être en eût soupçonné toute l’importance. Rien n’était mieux fait pourtant pour attester l'impuissance dans laquelle tombait par degrés, au