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concessions. La tactique des Ariens politiques consistait au contraire à se tenir distincts de ces divers partis et à louvoyer entre eux en les ménageant et en les intimidant tour à tour : entretenant toutes les divisions pour en profiter, attentifs surtout à capter et à garder la faveur du souverain pour rester toujours à la source des grâces. La formule de Rimini, cetle expression incolore d’une croyance équivoque, était leur œuvre, et avait été l’instrument principal de leur domination. C’était au nom de cette formule, adoptée et sanctionnée par Constance, qu’ils avaient trouvé moyen de faire bannir, le même jour, les orthodoxes, les Anoméens et les semi-Ariens, et de rester seuls maîtres de la cour et de Constantinople. Ils avaient disparu un instant sous Julien, confondus dans la disgrâce commune à tout ce qui portait le nom de chrétien. Plus tard, la simplicité de Jovien avait déjoué leurs artifices, mais ils reprenaient des chances de succès auprès d’un monarque d’un esprit étroit et méfiant comme était Yalens, prêt à recevoir toutes les préventions, à subir toutes les influences et à devenir le jouet de toutes les intrigues. Nul ne pouvait êlre mieux fait qu’Eudoxe pour mettre à profil ces avantages 1 .
A peine, en effet, Eudoxe se vit-il maître de l’esprit
1. Sur les différentes nuances de l’Arianisme, leur distinction, leurs mobiles divers, et le nom de leurs principaux chefs, voir la ri 1 ' partie de cette histoire, t. i, p. 280, -100, et t. tr, p. 201 et 403, avec la note. Nous pouvons revenir ici que très-sommairement sur ces
de Ynlens, qu’il profila de sa puissance pour frapper , droite et à gauche tous ceux sur qui il croyait ne pas pouvoir compter entièrement. Il comprit dans la même condamnation quiconque, soit par témérité d’esprit, soit par scrupule de conscience, s’avançait au delà, ou restait en deçà de la ligne étroite sur laquelle lui et ses amis s’étaient placés. 11 ne défendit point Eunome contre le soupçon, peut-être fondé, qui planait sur lui, et le sectaire paya par un nouvel exil, plus rigoureux encore que le premier, sinon le crime d’avoir pris part à la révolte de Procope, au moins le tort plus grave et plus certain de ne pas vouloir arrêter l’hérésie précisément au point qui convenait à la politique d’Eudoxe. Mais une fois Eunomc sacrifié aux scrupules d’orthodoxie qui auraient pu troubler la conscience de Yalens, Eudoxe se retourna immédiatement de l’autre côté, tant contre les catholiques proprement dits que contre ceux des semi-Ariens qui, fatigués de la division de l’Église, inclinaient à se rapprocher de la communion de Rome et de la foi de Nicée. Ce rapprochement autrefois si ardemment désiré par Hilaire, si fort avancé depuis lors par le malheur commun et par l’esprit de conciliation d’Àthanase, était au fond ce que redoutaient le plus Eudoxe et ses amis. Car, une fois la réconciliation des semi-Ariens opérée, ils se seraient
points déjà, expliqués avec detail. Il importe pourtant d’avoir ces explications présentes à l’esprit, pour comprendre la suite des faits qui vont être racontés.
trouvés seuls devant la masse de l’Église réunie, et ils n’auraient gardé avec eux que des courtisans, des fonctionnaires serviles et des prêtres indignes. Le semi- Arianisme fournissait au schisme une armée de partisans d’un esprit court et timide, mais par là même plus aisés à conduire, d’ailleurs bien famés, et jouissant auprès des populations du renom de prêtres respectables. Il importait avant toute chose aux Ariens politiques de ne pas laisser ces précieux auxiliaires rentrer sous la loi de Rome et sous l’influence d’Athanase.
A cet égard le danger était pressant, et il n’y avait pas un instant à perdre; car les principaux semi- A riens gardant un souvenir amer de la manière dont leur avait été imposée la formule de Rimini, instruits d’ailleurs par l’adversité, se mettaient ouvertement en rapport avec Athanase et avec le pape Libère. Rassemblés à Lampsaqïïe, ils venaient d’y condamner en termes sévères le formulaire de Rimini et toute la procédure qui en avait précédé la rédaction. La plupart d’entre eux paraissaient même décidés à signer le symbole de Nicée, y compris le fameux consubstantiel dont ils semblaient avoir enfin compris le véritable sens. Quelques scrupules, sur la divinité du Saint- Esprit étaient la seule chose qui les arrêtât encore. Une députation de trois évêques, parmi lesquels figurait l'évêque de Sébaste, Eustalhe, esprit peu sûr mais entreprenant, et très-propre à mener à fin une affaire délicate, était partie pour Rome, avec charge d’aplanir
ces dernières difficultés et de s’entendre dans cette intention, non-seulement avec le pape, mais avec le souverain orthodoxe de l’Occident*.
Il ne fut pas difficile à Eudoxe d’exploiter cette dernière circonstance pour faire naître des ombrages dans l’esprit défiant de Yalens. La députation partie de Lampsaque lui fut aisément rendue suspecte, comme ayant pour but de nouer des intelligences séditieuses avec un pouvoir rival du sien. Yalens, prenant feu sur celle pensée, manda auprès de lui plusieurs des évêques qui avaient figuré à Lampsaque, et en particulier l’évêque de Cvzique, Éleuse. Il les réprimanda fortement, et leur enjoignit d’avoir à veiller à l’avenir plus exactement sur leur conduite. Le courage n’était pas la qualité dominante du groupe honnête et timoré auquel appartenait Éleuse de Çyzique. Le pauvre évêque prit peur et fit amende honorable; puis, rentré dans son diocèse, il se repentit de nouveau de sa faiblesse, livrant à la risée de ses prêtres et de son troupeau le spectacle lamentable de ses incertitudes 1 2 .
L’effet fut bien plus triste encore quand à la fin de cette même- année 3G6 la députation envoyée à Rome revint ayant accompli sa tâcbe avec un succès inespéré. Elle rapportait des lettres de communion que Libère avait souscrites peu de jours avant sa mort. Sur leur