Soc., iv, 0. — Soz., vi
roule, les députés avaient procédé eux-mêmes au rétablissement de l’union avec Rome dans beaucoup d’Églises séparées. Ils avaient fait rentrer dans la foi de Nicée presque toute la province d’illyrie, et à peine eurent-ils mis le pied en Asie, qu’ils rassemblèrent à Tyane, en Cappadoce, la plupart de ceux qui pensaient comme eux, pour leur donner lecture de l’acte pontifical. Cette communication fut reçue avec beaucoup de joie par les assistants, <Jui s’engagèrent à la porter à la connaissance de leur diocèse, et à réunir à Tarse un concile de toute l’Eglise d’Asie, pour sceller la réconciliation tant désirée. Mais quand il s’agit de passer des promesses à l’exécution, le cœur leur manqua successivement à tous. On ne tarda pas à savoir en effet que le retour de la députalion avait porté au comble la fureur d’Eudoxe et de ses amis. Or, le crédit d’Eudoxc devenait plus grand que jamais, il s’insinuait tous les jours plus avant dans la faveur, non-seulement de Yalens, mais de sa femme, l’impératrice üominica. On apprit également que Valons, prêt à partir pour aller combattre soit les Goths, soit les Perses, bien qu’assez résolu à ne pas mettre sa vie en péril, avait pourtant voulu songer au salut de son âme, et c’était Eudoxe qui était chargé de lui conférer solennellement le baptême dans l’église principale de Constantinople. A mesure que ces diverses nouvelles se répandaient, l’ardeur des semi-Ariens pour rentrer dans la foi romaine se refroidissait : on voyait renaître chez beaucoup d’entre
eux des scrupules sur le symbole de Nicée et sur l’orthodoxie du mot consubstantiel. Bref, le concile de Tarse ne se réunit pas, et la réunion avec Rome resta à l’état de lettre morte 1 .
Par la manière dont il avait placé sa confiance , Yalens se trouvait reprendre exactement la suite de la politique embrassée par Constance dans les affaires ecclésiastiques. Rien de plus naturel d’ailleurs qu’un telle ressemblance de conduitc v produit inévitable de la ressemblance des situations et des caractères. Entre un despote médiocre, quelque 'nom qu’il portât, et des évêques courtisans, Paîtrait devait être réciproque et l’alliance s’établissait d’elle-môme. La fortune de l’Arianisme tenait essentiellement à une transaction de ce genre conclue aux dépens de la religion entre le caprice de l’un et l’ambition des autres.
La même politique, appuyée sur les mêmes auxiliaires, devait susciter les mêmes résistances et faire aussi les mêmes victimes. 11 ne faut donc point s’étonner si les historiens nous racontent qu’au commencement de l’année 3G7 Yalens fit un édit pour expulser de nouveau tous les évêques qui avaient été bannis sous Constance. Peut-être doit-on douter qu’il ait adopté une forme aussi odieuse, mais le même résultat put être atteint par un détour, en proposant par exemple à tous les évêques la signature d’un forrnu-
1. Soc., iv, 12. — Soz., vi, 10, 12. — S. Ilil., Fragm. — S. Cas., Ep. cclxiii, eexuv.
laire analogue à celui de Rimini. Quoi qu’il en soif, les proscriptions recommencèrent exactement au nom de la même cause et contre les mêmes personnes, et l’on put se croire transporte d’un seul bond à dix ans en arrière : le nom seul de l’empereur paraissait changé.
Trompeuse apparence cependant, cor le temps ne passe jamais en vain. Pendant ces dix années, la situation relative de l’Église et de l’État s’était profondément modifiée : l’Église était sortie victorieuse de deux persécutions; l’État avait été le jouet de quatre révolutions successives. Un tel contraste frappait tous les regards et éclairait les plus aveugles. On voyait désormais où résidait la force véritable et en qui, même dans des vues d’ambition humaine, il était prudent de placer sa confiance. Yalens d’ailleurs, bien que portant le même titre, et pouvant, sans excès de vanité, se flatter de posséder le même génie que Constance, était loin d’égaler son prédécesseur en puissance. Il n’était ni le fils d’un grand homme, ni l’héritier d’un pouvoir incontesté, mais un empereur de hasard, élevé par une faveur sans motif. Personne, même Afhanase, n’avait songé à opposer à Constance autre chose qu’une résistance passive. Yalens, dans la voie où il s’engageait à la suite de ce triste modèle, devait être arrêté à chaque pas par des obstacles inattendus.
Le premier qui lui fit faire l’épreuve de cette faiblesse était à la vérité un redoutable adversaire, et c’en était un pourtant qu’il n’était pas possible d’éviter. Dès
que la foi était en péril, les premiers traits dirigés contre elle devaient venir tomber aux pieds d’Àllianase. Celle fois, comme toutes les autres, Athanase attendit la persécution sans rien faire pour la provoquer. Trois années de calme, les premières qu’il eût goûtées depuis qu’il était assis sur le siège épiscopal, n’avaient pas refroidi l’ardeur de son zèle, mais avaient grandement étendu et affermi son autorité. 11 était maintenant le vrai souverain de toute la province, d’Égypte. Ses voyages constants à travers son immense diocèse étaient de véritables triomphes. Quand les premières nouvelles des fâcheuses dispositions de Yalens se répandirent à Alexandrie, Athanase venait de partir pour une de ces tournées épiscopales qu’il devait pousser, cette fois, jusqu’au fond du désert de laThébaïde. Nul sentiment d’orgueil ne se mêlait dans son cœur à la pieuse émotion que lui faisait éprouver ce retour dans les lieux qui l’avaient vu proscrit. Mais quel spectacle et quelle leçon pour les populations ! Quel sujet de bénir Dieu et d’espérer dans sa protection ! Quelle humiliation pour ses adversaires ! Athanase s’avançait, vêtu comme autrefois de sa robe de bure, et assis sur un âne; mais derrière celte humble monture se pressaient le clergé de tonies les églises, en grande pompe, les évêques en tête portant des cierges allumés, puis de longues rangées de moines dans leurs costumes variés, enlin des Ilots de peuple, tantôt chantant des hymnes, tantôt se précipitant à genoux. Un peu au delà d’Hermopole la grande,
Athanasevit venir à sa rencontre du fond delà solitude un autre cortège presque aussi nombreux que le sien. « Qui sont, s’écria-t-il, ceux-ci qui volent comme des nuées, et qui viennent à moi comme des colombes vers leurs petits? » C’était le supérieur de l’établissement de Tabenne, Théodore, l’héritier de Pacôme, qui amenait aux pieds du prélat tous les fils que Jésus-Christ lui avait donnés à gouverner. L’anachorète prit la bride de l’âne, et tous les frères entonnant d’une seule voix un chant sacré, la procession se dirigea vers le principal monastère.
Athanase y passa plusieurs jours, visitant tout, interrogeant tout le monde, exprimant tout haut son admiration pour tant d’humbles mérites que la solitude tenait cachés à tous les regards. A leur tour les solitaires invités à la confiance par l’affabilité de son accueil le questionnaient respectueusement soit sur les aventures de sa vie laborieuse, soit sur les origines de leur propre institution, dont il avait vu, dans les jours éloignés de sa jeunesse, la prospérité commencer avec Antoine. Tout ce qui se rattachait à ce saint fondateur, sa vie, ses mœurs, ses traits, les moindres de scs paroles, excitaient au plus haût degré la curiosité naïve de ces enfants du désert. Ne pouvant la contenter suffisamment dans un seul entretien, Athanase leur promit de rassembler et de mettre par écrit tout ce qui lui reviendrait en mémoire et tout ce qu’il tenait de la conversation des amis les plus intimes du saint. Ce fut l’origine du