‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 19 sur 111 · S. Grég. Naz., Ep ., xu, xiai; — Or., xuu · texte numérisé non relu

S. Grég. Naz., Ep ., xu, xiai; — Or., xuu

avaient été promptement heureuses. Le roi des Visigots ou Gotlis de l’ouest (car depuis la mort du vieil Ilcrmanaric les Gotlis étaient divisés de nouveau en deux royaumes), Athanaric, vint solliciter la paix dans une entrevue qui fut tenue sur un vaisseau au milieu du Danube. Rien ne retenait donc plus l’empereur, et on savait d’ailleurs que scs dispositions étaient chaque jour plus hostiles aux catholiques. Même dans cette rapide excursion, ses conseillers ariens ne l’avaient pas quitté, et lui-même faisait, pour la cause de l’Arianisme, de la propagande jusque dans les camps. Ainsi, il avait essayé de convertir l’évêque d’une petite ville des bords du Danube, nommé Bretannion, et, n’ayant pu réussir dans sa tentative de prosélytisme, il l’avait condamné à l’exil *.

a. d.. De retour à Constantinople, il reçut les félicitations

39-37J*. j u s £ nat p ap j’Qpgane de Thémistius : « Car, disait le rhéteur, le tribut de l’éloquence était le seul dont le bienveillant empereur ne voulût point exonérer ses sujets. » Puis, il prit à peine le temps de l’hiver pour se reposer; et, dès le printemps de 370, il se mettait en marche vers Antioche. Cette fois Eudoxe, malade,

1. Amm. Marc., xxvii, 5. — Zos., iv, 11 , 12. — Tlidm., Or., xn.

— Soz., vi, 21.

2. A. D. 300. — Indictio. xii. — U. C. 1122.— Valentinîanus. Aug. u et Victor. Coss. — A. D. 370. — Indictio. xm. — II. C. 1123. — Valentinianus. Aug. ni et Vulens. Aug. ni. Coss. — A. D. 371. — Indictio. xiv.

— U. C. 1124. — Gratianus. Aug. u et I’etronius Probus. Coss.— A. D. 372. — Indictio. xv. — U. C. 1120. — Modcstus et Arintheus. Coss.

ne put l’accompagner, et, peu de jours après, l’empereur fut rejoint à Nicomédie par un messager qui lui apportait la nouvelle de la mort de son conseiller. Il s’arrêta troublé de cette perte et pressé de pourvoir a la vacance du siège de la ville impériale. Les catholiques l’étaient plus encore de profiter de son absence pour reprendre possession d’une dignité si importante. Aussi, en toute hâte, firent-ils choix d’un prêtre respectable du nom d’Évagre, et envoyèrent-ils demander, pour cette nomination, l’agrément de l’empereur. La députation chargée de cette commission était composée de quatre-vingts ecclésiastiques, les plus distingués et les plus vertueux de la ville. Mais les leçons d’Eudoxe avaient pénétré trop avant dans l’esprit de l’empereur, pour qu’il fût sensible même à une démarche si imposante. Il reçut les députés avec hauteur, et, en les congédiant, il donna tout bas au préfet du prétoire, Modeste, qui l’accompagnait, l’ordre de les envoyer à la mort. Modeste était un serviteur docile, aussi peu sensible à la pitié qu’au scrupule. 11 recula pourtant devant la pensée de répandre publiquement le sang de tant d’hommes de bien, et crut devoir user d’artifice. Il fit embarquer les députés comme pour les envoyer en exil , et donna secrètement aux mariniers qui les conduisaient l’ordre de mettre le feu au navire. A la sortie du golfe d’Aztaque, sur lequel la ville de JSicomédie est située, l’horrible commission fut exécutée; les matelots, se sauvant dans la chaloupe du navire, abandonnèrent

VALENS ET SAINT DASILEi

les malheureux prisonniers à la fureur des flots et des flammes. Le vaisseau incendié vint échouer encore tout en feu sur la côte de Bithynie. Des troupes étaient dirigées le même jour sur Constantinople pour s’assurer de la personne de l’élu des catholiques, et installer à sa place l’évêque de Bérée, Démophile, le même dont les lâches conseils avaient entraîné autrefois dans l’abîme la faiblesse du pape Libère. L’intronisation de ce prêtre méprisable, bien qu’elle fût appuyée par un vaste déploiement de forces militaires, n’eut pas lieu sans une sourde résistance. Au moment où le nom de l’élu fut proclamé dans l’église, au lieu de la réponse ordinaire : « Nous le voulons et il en est digne, » plusieurs voix dans la foule firent entendre ce cri : « A bas l’évêque indigne 1 ! »

Valens poursuivit son chemin vers le midi. Son voyage fut Ircs-lent, parce qu’il s’arrêtait presque dans chaque ville, afin de prendre une connaissance exacte de l’état des populations, et se plaisait à rendre luimême la justice et à écouter toutes les plaintes avec un soin minutieux. Pour être sûr de rencontrer partout des visages amis, il se faisait devancer d’étape en étape par le préfet Modeste, chargé de lui éviter les rencontres fâcheuses. Partout où Modeste arrivait, accompagné d’une suite brillante et redoutable de chambellans,

1. Soc., iv, li, 10. — Soz., vi, 13, H. — Suidas, t. ix, 10. — Voir aussi la seconde partie de cette histoire, t. i, p. 085.

d’eunuques et de licteurs, il mandait d’abord auprès de lui l’évêque du lieu, et l’interrogeait sur la nature de sa foi, ou plutôt sur sa disposition à complaire à l’empereur. Si la réponse était satisfaisante, Modeste comblait l’évêque de caresses et d’honneurs, et préparait, de concert avec lui, une entrée triomphale pour l’empereur. En cas de résistance, les menaces, les supplices, dont le moindre était l’exil, ne se faisaient pas attendre. A la vérité, Modeste trouvait assez habituellement le terrain préparé d’avance par le zèle des magistrats municipaux et par cette troupe dissolue qui infeste toujours les villes populeuses, et qui se montrait partout très-pressée de secouer le joug austère des évêques orthodoxes. En beaucoup de lieux, les catholiques étaient déjà bannis ou envoyés au supplice, sans que le préfet eût eu la peine de les condamner. En entrant dans les villes épiscopales, Modeste pouvait voir autour de lui le spectacle, déjà si familier aux générations de ce siècle, des églises au pillage, des sanctuaires profanés, des clôtures de monastères brisées. Sa tâche alors était plus facile. Réprimant mollement les violences, dont il ne recherchait pas les auteurs, faisant renaître une apparence d’ordre à la surface de la cité, il apprêtait à Valons une réception sinon enthousiaste, au moins paisible. La llithvnie et la Galatie furent ainsi traversées sans résistance, présentant partout, sur le passage de l’empereur, cet aspect de tranquillité morne, ordinaire aux populations terrifiées, mais que les souverains, trompés

par leurs flatteurs, prennent aisément pour l’expression du contentement *.

Avançant de cette sorte , bien que lentement , le cortège impérial entra enfin en Cappadoce, et Modeste dut se diriger vers Césarée, où Basile l’attendait. Depuis plusieurs jours déjà la demeure de Basile était assiégée par des personnages importants, des grandes dames de la province, des évêques même, qui, accourant tout épouvantés, le conjuraient de céder au temps, de laisser passer l’orage, et d’apaiser, par quelques concessions, le courroux du souverain. Basile répondait à ces supplications tantôt avec un sourire dédaigneux, tantôt avec une froide sévérité. Le vieil Évhippe, prélat considéré pour sa science et son grand âge, mais déjà compromis sous Constance par ses rela- . lions avec les Ariens, ayant insisté plus longtemps que les autres, Basile choisit ce moment-là même pour le séparer de sa communion. Bientôt des gens de cour de la suite du préfet , envoyés en avant pour préparer les

1. Soz., vi, 18. — S. Grég. Nyss. in Eun., p. 313-315. — S. Grég. N'az., Or. xi.m, 44, 45. La durée du voyage de Valons est, comme toutes les dates de ce règne, très-difficile à déterminer. Toutes les chronologies s’accordent à ne faire arriver l’empereur à Césarée qu’à la fin de 371, en se fondant sur plusieurs lois du codo Théodosien, datées encore de Constantinople ou des environs, au commencement de cette année. Que fit-il alors entre son retour à Constantinople et son départ pour l’Asie? Godefroy, pour se tirer d’embarras, supposo qu’il y eut plusieurs voyages de Valens en Orient, interrompus par son retour à Constantinople. Nous ne trouvons pas de trace dans les historiens de ces déplacements successifs. Cod., Tlieod. Cliron ., p. xc et suiv., ann. 371 et seq.

logements, vinrent se mêler à la foule tumultueuse qui encombrait les abords du palais épiscopal. Ges valets, fiers de leur importance, se répandaient en propos audacieux et en menaces. Le plus abondant en paroles était Démosthène, chef des cuisiniers, qui prenait le ton très-haut. « Tous ceux qui résisteront passeront par mes couteaux, «disait-il. — « Ya-t-en au feu , c’est ta place, » lui répondit Basile, sans se retourner *.

Enfin, le préfet en personne entra dans la ville et, usant du droit de sa charge, il manda sur-le-champ l’évêque auprès de lui. Basile obéit et se rendit à la demeure du préfet; en entrant dans sa chambre, il gardait cet air de supériorité calme qui lui donnait, dit Grégoire de Nysse, l’apparence d’un médecin se rendant à l’appel d’un malade, plutôt que d’un accusé paraissant devant son juge *. Celte fermeté intimida le préfet, qui crut d’abord devoir user de douceur ; « L’empereur arrive, lui dit-il, prenez garde; il est

1. S. Grég. Nyss., in Eun. — Théod., iv, 19. — S. Grég. Naz., Or. XLiw. — Rufin, h, 9. — S. Bas., Ep., lxvui. — Soc., iv, 20. Scsdi Vers récits s’accordent sur le fond des événements, mais nullement sur les détails. L’auteur qui mérite le plus de confiance est assurément le frère de saint Basile, saiut Grégoire de Nysse. Le récit de saint Grégoire de'Nazianzc, bien qu’émané d’un témoin oculaire, ne doit être consulté qu’avec r.éservo, parce qu’il est intercalé dans un discours et que les formes oratoires empêchent de distinguer ce qui est donné comme un fait ou ce qui n’est qu’un développement de pensée propre à l’orateur. J’ai choisi dans les divers textes et rapproché les traits qui n’ont semblé offrir le plus de vrais emblance.

Page 1