‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 21 sur 111 · S. Grég. Naz , Or. xi.m, 50 et ouiv · texte numérisé non relu

S. Grég. Naz , Or. xi.m, 50 et ouiv

Ce fut, peu de temps ensuite, le tour du ridicule Démoslhène lui-même de venir faire l’épreuve de son impuissance. 11 reparut à Césarée, mais sous une nouvelle et plus imposante qualité. Un de ces caprices de faveur qui ne tombent que dans la pensée des souverains absolus, l’avait fait passer de l’humble emploi qu’il occupait dans la domesticité impériale à un poste important, sous les ordres du préfet du prétoire. Gardant sans doute quelque souvenir des railleries de Basile et brûlant d’en tirer vengeance, il dirigea une de ses premières tournées de surveillance du côté de la Cappadoce. 11 parcourut toute la province, réunissant autour de lui les ecclésiastiques de chaque ville, comblant de faveurs ceux qui inclinaient du côté de l’erreur en crédit, tentant de séparer les évêques suffragants de leur métropolitain, et y réussissant même parfois; car l’harmonie ne régnait pas dans les rangs du clergé de Cappadoce. Basile, on le verra, y comptait plus d’un ennemi. Enfin, se croyant sûr d’être appuyé par une partie des évêques, Démoslhène s’essaya à porter un premier coup contre Basile en frappant son plus jeune frère Grégoire, qui venait, depuis peu, de quitter le barreau pour embrasser l’état ecclésiastique. Une élection récente avait appelé Grégoire au siège peu important de la petite ville de Nysso. Sous un frivole prétexte, prétendant que l’élection était irrégulière et que ies revenus du siège étaient mal administrés, I)émostliène fil arrêter le jeune évêque et le relégua en Gala-

1iU VALENS ET SAINT BASILE.

tic. 11 annonça ensuite l’intention de faire prononcer sa déposition par un concile, qu’il se réservait de convoquer lui-même. Le coup était sensible pour Basile et la menace directe; car un concile choisi par Démosthène n’aurait pas tardé à étendre sa sévérité du frère cadet au frère aîné. Basile, sans perdre de temps, réunit toute la partie fidèle de l’épiscopat de Cappadoce, et fit adresser au magistrat une lettre collective, rédigée sur un ton ferme et poli, par laquelle il était supplié de ne prendre aucune mesure contre aucun évêque sans recueillir d’abord la totalité des suffrages de la province. Démosthène, intimidé par celle démonstration, tergiversa, ne répondit rien, maintint le jeune Grégoire en exil, mais quitta au plus vite la Cappadoce et ne reparut plus *.

Après ces deux expériences, dont les circonstances étaient différentes, mais qui aboutissaient au même résultat, une sorte d’inviolabilité de fait demeurait acquise à Basile, à Césarée, comme à Àlbanase, à Alexandrie. Tandis que tout alentour à Antioche, à

1. S. Bas., Ep., ccxxv, ccxxvii, ccxxxm, ccxxxix.,etc. Sur les débuts de saint Grégoire de Nyssc au barreau et sa résolution d’entrer dans les ordres, voir au t. n de la seconde partie de cette histoire, p. 192. Cette tentative de Démosthène, véritable menace de persécution dirigée contre Basile, est à nos yeux la meilleure démonstration de l’espèce d’inviolabilité dont jouit saint Basile à partir de son entrevue avec Valcns. Bien que menacé lui-même dans la personne de son frère, il parle au magistrat dans la lettre qu’il lui adresse, en commun avec les évêques de Cappadoce, sur un ton de liberté et presque do hauteur qui contraste avec l’état où étaient réduits, dans les autres provinces, les catholiques d’Oriont.

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Édesse, à Jérusalem, les fidèles étaient dispersés et les évêques en fuite, les diocèses d’Égypte et de Cappadoee restaient intacts, comme au milieu d’un cercle de feu. Situation vraiment étrange que celle de ces deux hommes, élevés ainsi l’un et l’autre sur un piédestal, audessus de la persécution qui faisait rage à leurs pieds. Ce spectacle forme la contre-épreuve exacte, bien que sous une forme plus saillante, de celui que présentait au même moment l’Occident. A Césarée et à Alexandrie , comme à Rome, c’était l’État vaincu par l’Église, et les faisceaux des licteurs contraints de se courber devant la crosse épiscopale. La neutralité hautaine et défiante de Valentinien, la sotte hostilité de Valens conduisaient, par des voies différentes, à la même démonstration. L’un voulait gouverner sans l’Église, l’autre contre elle. Celui-ci prétendait l’asservir, celui-là défendait avec jalousie sa propre domination. Ces deux prétentions, inégalement répréhensibles aux yeux du droit et de la foi, étaient, dans la misère où était tombé l’empire, également impossibles à réaliser et également contraires à l’intérêt des peuples. Valentinien comme Valens se sentaient, malgré leurs efforts, débordés et enserrés de toutes parts par une grandeur nouvelle, qui s’avançait sur eux avec une masse irrésistible et s’acheminait à les déposséder.

Il reste à étudier ce que devenait dans sa constitution intérieure cette Église, déjà rivale et bientôt héritière de l’État ; quelles modifications y avaient inlro-

duites la succession de tant d’épreuves et le passage de tant de grands hommes ; quelle force elle avait acquise pour subvenir à l’accroissement de sa puissance et de ses devoirs. L’épiscopat de Basile est le moment véritablement propre pour se livrer à cet examen; car, par son infatigable et universelle activité, Basile devait faire faire à l’organisation ecclésiastique un pas qui marque dans la suite des siècles. Les courtes et fécondes années de son ministère résument tout un progrès, bientôt imité par tous, mais auxquels lui seul a servi de modèle et donné l’impulsion.

Laissons donc de côté pour un temps la politique et ses révolutions. Tandis que Valentinien reste campé en Gaule et que Valens s’oublie dans les délices d’Antioche, suivons Basile, rendu à lui-même, dans les soins de son gouvernement épiscopal. Pendant celle halle, nécessaire pour envisager, sous une face nouvelle, le double tableau dont le contraste fait le fond de tous ces récits, le lecteur ne perdra de vue ni les acteurs qu’il connaît, ni les vertus qu’il admire.

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