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CHAPITRE II

Délivré des menaces de l’empereur, Basile n’avait nul dessein de jouir de son triomphe dans un repos égoïste. S’être préservé lui-même n’était rien, protéger son propre troupeau ri’était même qu’un résultat insuffisant à ses yeux : c’était à l’Église entière qu’il fallait rendre la paix et principalement à l’Église d’Orient, aussi divisée qu’éprouvée, et déchirée par ses dissensions intestines autant que meurtrie par ses bourreaux. C’était le but qu’il s’était proposé, dès le premier jour, en montant au trône épiscopal : il ne l’avait pas perdu de vue un seul instant, même au plus fort de ses périls; il allait le poursuivre de toute la force de son génie. 11 ne lui fut pas donné de l’atteindre. Trop d’ob-

stades entravaient sa route; mais ses efforts, bien que trompés dans leur succès immédiat, ne devaient pas rester stériles et veulent être brièvement exposés; car c’est de cette lutte en apparence infructueuse que dca. d. vaient sortir la plupart des réformes utiles qui se rafla- 37-2-3751. client au nom de Basile et qui le placent au premier rang parmi les grands organisateurs de l’Église.

Le point capital pour terminer le schisme de l’Orient, c’était toujours, on se le rappelle, de faire rentrer dans le sein de l’Église catholique toute la masse ondoyante et faible des évêques et des fidèles qui grossissaient les rangs du semi-Àrianisme. C’était par • eux naturellement, comme les plus voisins de la vraie foi, que toute réconciliation devait commencer.

Bien que cette tentative, tant de fois essayée, presque menée à fin tout récemment, vînt à peine d’échouer au port, Basile se remit à l’œuvre sans se décourager. 11 reprit la tâche là où l’avaient interrompue les intrigues d’Eudoxe, se servant, pour renouer la chaîne brisée, des deux autorités qui survivaient seules encore dans le désordre universel : Alhanase d’une part, et le siège de Borne de l’autre.

Il écrivit directement à Athanase et le pria de solliciter de Rome l’envoi d’une députation d’évêques occidentaux, munie de pouvoirs suffisants pour opérer la

1. A. D. 373. — Indictio i. — U. C. 1120. — Valenti inanus, iv, ot Valons, iv, Aug. Cosi. — A. D. 374. — Indictio. il. — U. C. 1127. — Grutiunus. Ang. ni, et Equitius. Coss. — A. D. 375. — Indictio. m. — U. C. 1128. — Post consulatum Gratiani, tu, et Equitii.

réunion des semi- Ariens, à des conditions qui ménageraient leur amour propre : « ce devaient être, ajoutaitil (comme s’il se fût méfié de l’orthodoxie un peu hautaine de certains amis d’Athanase), des hommes fermes et doux, qui évitassent de faire naitre de nouveaux germes de division en insistant sur des points douteux avec une rigueur outrée. » Le vieil athlète d’Alexandrie, dont l’indomptable fermeté n’avait jamais exclu la modération, se prêta facilement à la pensée de son correspondant. 11 lui répondit avec une bienveillance paternelle, lui indiquant lui-même le choix des députés qu’on pourrait envoyer à Rome, mais, du reste, il s’en remit à lui, et se déchargea, en quelque sorte, sur ses épaules du poids, devenu trop lourd pour son âge, de la direction de l’Orient. Peu de jours après cette réponse, Athanase mourait à Alexandrie, au milieu des hommages paisibles de la province que protégeait l’ombre de son génie. « il mourait dans son lit, >i dit la légende romaine, trouvant dans la mort un repos qu’il avait longtemps demandé en vain aux grottes des montagnes et aux profondeurs du désert, et pouvant mesurer de son regard défaillant l’étendue des mers qn’il avait parcourues.

« Ainsi finit, disait plus tard une éloquence digne d’une telle mémoire, cet œil sacré de l’univers, ce pontife des pontifes, cette grande voix de la vérité, cette colonne de la foi , ce nouveau précurseur du Christ, celle seconde lampe allumée dans ses sentiers: il s’en-

118 l’ÉPISCOPAT DE SAINT DAS1LE.

dort dans une belle vieillesse, plein de jours passés selon Dieu, et après tant de calomnies réfutées et tant d’assauts soutenus, cette Trinité, constant objet de son adoration et de ses combats, le rappelle dans son sein. Il va rejoindre ses pères, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les marlyrs, tous ceux qui ont combattu pour la foi : plus honoré au sortir dé la vie qu’il ne l’était au jour où il entrait en triomphe dans Alexandrie; faisant répandre plus de larmes, mais laissant dans la pensée de tous un souvenir plus grand que tous les monuments visibles qui le rappellent 1 . »

Le plus éclatant des hommages lui fut rendu par ses ennemis mêmes au lendemain de sa mort. A peine avaitil fermé les yeux que, comme si cent mille hommes armés avaient disparu avec lui, le gouverneur de la province se trouva le courage d’accomplir ce qu’il avait hésité à tenter jusqu’alors. Il fit occuper par la troupe la grande église de Saint-Théonas. Le successeur que l’illustre mourant avait lui-même désigné, Pierre, prêtre vénérable, fut contraint de s’enfuir pendant qu’on intronisait à sa place le ridicule usurpateur Lucius, le même que Jovien avait cruellement bafoué à Antioche. Les scènes de désordre, les meurtres, les supplices, tout l’appareil ordinaire de cette sacrilège intervention de la force armée dans le sanctuaire, reparurent à l'instant, et

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