S. lias., Ep ., i.xxr
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une foule de sujets indignes qui s’y glissaient «à la faveur des dissensions épiscopales, pour jouir des immunités diverses que les lois des empereurs chrétiens accordaient au sacerdoce. Cette intrusion était favorisée par les persécutions qui entravaient l’exercice ou relâchaient la surveillance de l’autorité supérieure. Ainsi, les fréquentes absences des évêques, motivées pour les uns par les rigueurs de l’exil, pour les autres par des séjours prolongés à la cour, avaient pour tous le même effet : celui de leur faire abandonner en pratique la plus précieuse des prérogatives que leur eût réservées l’institution de Jésus-Christ, l’administration du sacrement de l’Ordre. Us cessaient de pourvoir euxmêmes au recrutement de leur clergé, et laissaient ce soin à la classe intermédiaire des chorévêques (sorte de coadjuteurs dont le nom s’est retrouvé déjà plus d’une fois dans ce récit), auxquels ils déléguaient une part de leurs attributions, pour gouverner en leur nom les campagnes et les petites villes éloignées du centre. A l’origine, ces délégations n’étaient que conditionnelles : le chorévêque ne pouvait rien faire qu’en rendant compte à l’évêque de sa conduite, et ne devait ordonner aucun prêtre ni même admettre aucun clerc aux premiers ordres sans une autorisation expresse; mais peu à peu l’usage était venu de se relâcher de cette précaution. Les chorévêques, bien que nombreux, et multipliés même sans nécessité (le diocèse de Césarée en contenait à lui seul cinquante), se dispen-
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saient de prévenir leur supérieur, et même d’examiner les postulants : ils recevaient au hasard, et sans autorisation, ceux qui leur étaient présentés par les prêtres ou les diacres des paroisses. Le concile tenu à Antioche, en 340, avait déjà condamné cet abus en termes formels, dans son dixième canon ; mais ce concile n’était pas en bon renom auprès des orthodoxes, et sa sentence était demeurée sans effet. L’abus persistait donc, et s’aggravait même chaque jour, mettant en présence, dans tous les diocèses, des évêques et des prêtres inconnus les uns aux autres, et - amenant ainsi
un relâchement très-sensible dans les liens de la hiérarchie et de l’obéissance 1 •
Dès que Basile eut reconnu le mal, il trancha résolument dans le vif ; il se fit remettre la liste exacte de tous les clercs de son diocèse, avec l’indication de la date et des circonstances de leur admission dans les ordres, et le nom du ministre qui y avait présidé. Il y fit joindre, en outre, des renseignements exacts sur le
Conc. Ant ., 10 e canon. Ce texte et la lettre de saint Basile qui va être citée plus loin ont fait naître entre les érudits une grande controverse sur la nature et l’étendue des pouvoirs des chorévéques. Plusieurs ont douté que ces pouvoirs s’étendissent jusqu’au droit de confirmer et d’ordonner, qui fait partie des prérogatives du caractère épiscopal. Il me semble pourtant que le texte du concile d’Antioche tranche la question, puisqu’il ne blâme les chorévéques que de faire des ordinations sans le concours de leur évêque. Or, s’ils n’avaient pas eu le droit d’ordonner, avec ou sans le concours de l’évéque, leurs ordinations eussent été également sans effet. Basile lui-même ne parait pas contester en principe ce droit à ses subordonnés, tout en leur défendant d’en faire usage sans le consulter.
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caractère et la manière de vivre de tous les prêtres. Puis, d’un seul coup, il prononça l’annulation de toutes les admissions faites depuis un laps de dix années, sauf à réintégrer, après nouvel examen, ceux qui seraient trouvés aptes à exercer le ministère sacré.
« Purgez l’Église d’abord, écrivit-il dans une circulaire impérieuse aux chorévêques usurpateurs, puis examinez ceux qui sont dignes, et recevez-les ; mais ne les comptez pas au nombre des prêtres avant de m’en avoir référé, et sachez que quiconque aura été admis au ministère sans mon assentiment, sera réputé pour laïque 1 . »
Ce n’était qu’un retour à l’ancienne discipline, telle qu’elle était exercée aux jours des apôtres; mais le changement des temps donnait au rétablissement de la règle antique une importance toute nouvelle. L’autorité épiscopale faisait rentrer ainsi directement sous sa main, non plus seulement comme aux premiers temps de l’Église, de pauvres prêtres sortis des rangs du peuple, rejetés de leurs familles et méprisés de leurs concitoyens, mais toute une armée chaque jour grossissante d’hommes actifs, appartenant aux rangs les plus élevés de la société, objet des respects populaires et comblés des faveurs du souverain.
L’armée ainsi reconstituée et ses cadres purgés des sujets sans valeur, il fallait l’occuper, la tenir en ha-