‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 36 sur 111 · S. Das .,'Constitutiones monaslicœ, t. ii, p. 7S3-78G · texte numérisé non relu

S. Das .,'Constitutiones monaslicœ, t. ii, p. 7S3-78G

L’Él'ISCOPAT de saint dasile.

vais en lui-même : c’est une erreur qu’il faut détruire. Le corps est comme un cheval. C’est une belle créature qu’un cheval, et d’autant meilleure que son naturel est plus vif et plus ardent; mais comme c’est une créature dénuée de raison, il lui faut un écuyer pour le conduire et tirer parti de ses qualités naturelles. Lorsqu’un bon écuyer dirige les mouvements de son cheval, lui-même s’en sert pour la tin qui lui convient, et le cheval devient d’un usage excellent. Mais si le jeune cheval tombe entre les mains d’un écuyer inexpérimenté, il s’écarte du vrai chemin, et emporté sans frein, il précipite son cavalier et se perd luimême. C’est l’histoire de l’àme et du corps. Le corps a ses instincts naturels, qui, loin d’être vicieux en soi, sont, au contraire, bons et utiles. Mais il n’a point de raison, et c’est à l’âme qu’il appartient de le régir. Quand il tombe, c’est moins par le fait d’une malice qui lui soit propre, que par la négligence de l’âme 1 . »

1. S. Cas., Const. monast., t. u, p. 717-778. Ces passages des Constitutions monastiques sont ceux qui ont étonné D. Ccillier (t. îv, p. 400), et qui selon lui doivent faire révoquer en doute l’authenticité du traité entier. Le savant bénédictin trouve ces solutions empreintes de quelque relâchement, et principalement ce qui est dit du jeûne et de ses effets peu conforme à deux homélies du saint sur le même sujet, dans lesquelles toutes les pratiques d’austérité, sans distinction, sont encouragées. Nous ne pouvons partager ces scrupules; les Grandes et les Petites règles, que tout le monde reconnaît pour authentiques, renferment des passages analogues à celui que nous citons. (Reg. fus. tract., xix, xxxvii ; Reg. brec. tract., cxxvm, i.xxiv.) Si les homélies paraissent plus sévères, la raison, très-simple, bien qu’au premier abord singulière, c’est qu'elles s’adressaient à des auditeurs moins

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D’où parlait celle défense des droits du corps contre un spiritualisme exagéré? De la cellule où gisait, malade et épuisé, étendu sur une planche de bois, et revêtu d’une simple tunique en guise de couverture, une sorte de cadavre vivant, n’ayant, dit saint Grégoire, ni chair, ni souffle, ni sang. Mais ici, contrairement à l’ordinaire, c’était presque un avantage que l’exemple du prédicateur ne confirmât pas trop complètement un précepte dont l’abus était plus à craindre que l’oubli. En parlant de sa voix affaiblie contre l’excès des austérités, Basile avait sans doute le droit plus qu’aucun autre de se faire écouler; mais il aurait été fâché peut-être d’être trop facilement et trop généralement obéi.

Même dans ces proportions si sagement modérées, Basile sait combien la vie de renoncement est pénible, et combien est sérieux l’engagement de s’y consacrer; il n’épargne rien pour éloigner les imprudents qui, séduits par de fausses apparences de vocation , en chargent le poids sur leurs épaules sans être de force à le supporter. 11 ne veut point de mode en matière si grave, point d’entrainement irréfléchi, préparant des repentirs et par là même des scandales.

austères. Dans les homélies, Basile parle aux simples fidèles qui no sont jamais portés il exagérer les pratiques d'austérité, et qu’il fallait prévenir surtout contre la mollesse. Il est tout simple qu'il sc montre plus exigeant avec des auditeurs de ce genre qu’avec des solitaires qui pouvaient être tentés au contraire de pousser les mottifications à l'excès pour sc singulariser.

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« Celui, (lit-il, qui veut obéir au Christ, et qui sc sent porté vers la vie de pauvreté et de sacrifice, celuilà est véritablement heureux; mais je l’exhorte à ne point prendre ce pjirti sans y réfléchir, 5 ne point imaginer que ce soit là un genre de vie commode, et que le salut s’y gagne sans combat. Qu’il s’exerce d’abord à supporter les labeurs du corps et de l’esprit, afin de ne pas être pris par le péril à l’improviste, et de crainte que, se trouvant au-dessous des tentations qui fondront sur lui, on ne le voie retourner aux choses qu’il avait promis d’abandonner, ce qu’il ne ferait qu’à sa grande honte, et à la risée des spectateurs. 11 ne rentrerait pas dans le siècle sans un grand dommage pour son âme, devenant une pierre d’achoppement pour plusieurs, parce qu’il ferait croire que la vie consacrée à Jésus- Christ est impossible et au-dessus des forces humaines. Il ne serait donc pas seulement exposé au châtiment des déserteurs, mais il serait coupable de la perte de ceux que sa chute aurait ébranlés. »

Aussi les règles du noviciat sont posées par Basile avec une extrême rigueur.

« Faut-il recevoir, dit la dixième des Grandes règles, tous ceux qui se présentent, ou bien faut-il les soumettre à une épreuve, et à quelle épreuve? »

Réponse : « Notre bon Dieu cl sauveur Jésus nous ayant dit : Venez tous à moi, vous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagerai, il ne serait pas sans péril de repousser ceux qui veulent par nous s’appro-

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clier du Seigneur... Cependant il ne faut point les admettre aux saints enseignements tant que leurs pieds ne sont pas lavés de la poussière du monde... Or, le mode d’épreuve le plus utile consiste à s’assurer si ceux qui veulent être admis se prêtent sans rougir à ce qui peut les humilier, et pour cela il faut les employer aux usages les plus vils... et ne les recevoir parmi les serviteurs de Dieu que quand ils se sont montrés comme des vases propres à toute sorte d’usages. Principalement, quand celui qui prétend à atteindre la similitude parfaite du Christ, sort d’un rang illustre dans le monde, il faut lui assigner quelqu’office qui paraisse honteux aux regards de ceux du dehors, et voir s’il s’en acquitte avec une promptitude joyeuse, comme un serviteur de Dieu qui ne rougit pas de son maître 1 . » Même réserve et plus grande encore à l’égard des enfants élevés dans les monastères. Défense absolue d’abuser de leur ignorance pour les porter de bonne heure dans les voies de la perfection, et de les admettre au vœu de chasteté, avant qu’ayant éprouvé et réprimé les premières tentations de la jeunesse, ils aient compris jusqu’au fond l’étendue de l’engagement qu’ils contractent *.

Mais une fois cette précaution prise, et la promesse faite à Dieu dans la pleine liberté d’un consentement réfléchi, Basile est impitoyable pour ceux qui le

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