‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 38 sur 111 · BaaîÀôiov, royal : jeu de mots sur le nom de Basile · texte numérisé non relu

BaaîÀôiov, royal : jeu de mots sur le nom de Basile

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obéit et se dirigea vers l’église. Du vestibule même, où il s’arrêta, il aperçut sur les marches de l’autel un prêtre en habits sacerdotaux parlant au peuple : sur son épaule droite se tenait une colombe blanche comme la neige, qui lui disait à l’oreille les choses qu’il répétait ensuite. 11 comprit alors qu’il était dans la métropole de Césarée, et qu’il entendait la voix de Basile. « Je le vis, disait-il, ce vase d’élection, exposé à la vue de tout son troupeau, orné et enrichi de paroles majestueuses comme des pierreries... et l’assemblée me parut tout éclatante des divines splendeurs de la grâce. » L’enthousiasme du vieux diacre s’enflammant, il se mit à parler tout haut en syriaque, seule langue qui fût à son usage, et ceux qui étaient auprès de lui, ne le comprenant pas, se disaient l’un à l’autre : « Quel est cet homme? c’est quelque mendiant qui vient implorer la libéralité de l’évêque. » Mais Basile l’avait remarqué, et le mandant auprès de lui aussitôt après le sermon fini, et lui parlant par interprète : « Ne seriez-vous pas, lui dit-il, le Syrien Éphrem, dont on m’a dit qu’il avait tant d’amour pour la solitude? — Oui, répondit le vieillard , je suis cet Éphrem qui n’ai su que m’écarter de la voie qui conduit au Ciel 1 . »

Les deux saints se donnèrent alors une touchante accolade, et quand Éphrem eut prêté quelque temps

1. S. Éphrem, Or. in S. Bosilium, p. 723. — S. Grég. Nyss., de S. Ephr., p. 01)5. — Soz., ni, 10.

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l’oreille aux sages instructions de Basile : « O mon père, s’écria-t-il, ayez pitié d’un lâche et d’un paresseux : conduisez -moi dans la voie droite, amollissez mon cœur de pierre. Le Dieu de nos âmes m’a amené vers vous, afin que vous preniez soin de soulager ce vaisseau chargé du poids de mes iniquités, et que vous le conduisiez dans des parages de paix. » Depuis lors et jusqu’à leur mort, Basile et Éphrem restèrent en correspondance suivie.

Les mêmes rapports d’intimité et de déférence s’établirent entre Basile et un de ses plus illustres frères dans l’épiscopat qui avait été comme lui auparavant un des maîtres de la vie religieuse, Épiphane, évêque de Salamine dans l’île de Chypre. Épiphane, né en Palestine, était l’élève de l’ami d'Antoine, Ililarion. De bonne heure, à la suite de son maître, il avait émigré vers le désert, ethu successivement, nous dit-il, l’eau de l’Euphrate et celle du Nil. Devenu supérieur d’une communauté à Éleuthéropole , dans sa patrie, il avait employé de longues années de solitude à étudier toutes les variétés de la langue et de la poésie de l’Orient. Il en était venu à parler couramment tous les dialectes et à connaître, comme les disciples les plus initiés, toutes les doctrines des écoles de philosophie et des diverses sectes chrétiennes. Ce fut dans cette retraite que vint le chercher l’appel de son vieux maître , le pressant de le rejoindre dans le foyer même de la volupté et de la ébauche antiques, à Paplios. Ililarion venait d’établir

là, à côte du temple de Vénus, un sanctuaire de chasteté chrétienne, et se sentant près de sa fin, il voulait laisser dans l’île qu’il avait purifiée un gardien en état de la défendre contre les démons frémissant d’être bravés sur leur propre domaine. Il avait jeté les yeux sur Épiphane pour en faire l’évêque de l’ile de Salamine. Épiphane se laissa consacrer sous la seule condition qu’il conserverait son habit et son régime de moine, et qu’il serait libre de revenir de temps à autre visiter son monastère d’Éleuthéropole, dont il tenait à garder la direction. Passant ainsi tour à tour de l’état militant à l’état contemplatif, du gouvernement des hommes au tête-à-tête avec Dieu, il éprouvait le besoin de trouver entre ces deux conditions de la vie chrétienne, un tempérament qui en réunit les avantages. L’exemple de Basile , parfait moine et parfait évêque, donnait à, cet égard toute autorité à ses conseils, et Épiphane les rechercha de lui-même avec l’humilité d’une grande âme. L’influence de ses entretiens avec Basile fut dès ce moment visible dans toutes ses paroles. Lorsque plus lard , mettant à profit ses longues études, il passait en revue dans un grand ouvrage, qui est l’un des trésors de l’histoire de ce temps, toutes les erreurs qui déchiraient l’Église, appelé à qualifier les désordres des faux solitaires et à mettre le précepte à côté de la réprimande, il terminait par ces paroles visiblement empruntées aux Grandes règles : « N’oubliez jamais que Jésus-Christ ne nous conseille pas de

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renoncer aux biens de la terre pour mener une vie oisive, mais pour imiter Élie, Job, Moïse, et tous ces moines répandus dans l’Egypte et ailleurs qui joignent au travail la chasteté et la prière 1 . »

Évêque respecté d’un grand diocèse, supérieur de toute une province, régulateur accepté de tous les moines de l’Orient, Basile tenait ainsi toutes les forces ecclésiastiques réunies dans sa main. Il s’en servit pour étendre son ascendant sur toute la population laïque qui était soumise à sa juridiction. Contre les intrigues dont il était sans cesse menacé, le dévouement de son troupeau devait être sa principale défense , et il ne négligea rien pour £e l’assurer. En peu d’années, chrétiens, païens, juifs, sectaires de toute sorte et de toute nuance, Basile avait conquis tous les cœurs. S’il était exposé à des attaques de tous les côtés, il avait aussi des amis dans tous les camps, et il arrivait au cœur de tous par bien des voies différentes, mettant à profit, ou plutôt engageant sans calcul, au service de tous, la variété des dons de sa riche nature.

Son inépuisable charité était le premier de ces arts. Elle opérait des prodiges qui frappaient les yeux les plus indifférents. Il avait pour subvenir à des aumônes presque sans bornes deux ressources qui se trouvaient au niveau des plus gigantesques entreprises : les reve-

\. Soz., vi, 32. — S. Jér., Conlr. Iluf., m, G; Vil. flilar., in proœm. — S. Bas., Ep. ccLviu. — S. Épiph., in prolog. Ancorat, et Uœr.

nus déjà considérables de son église, dont il n’épargnait pas un denier pour lui-même, et la bourse de ses diocésains auxquels il faisait à toute heure des appels pleins d’insistance et d’éloquence, a Saint Basile, a dit un de ses plus éminents appréciateurs, a été le prédicateur de l’aumône; il a compris mieux que personne ce grand caractère de la loi chrétienne qui ramène l’égalité sociale par la charité religieuse 1 . »

Près de dix homélies conservées dans ses œuvres ne sont, sous cent formes différentes, que le commentaire de cette seule pensée : Le riche est le ministre de Dieu, et l’intendant placé par le maître commun pour prendre soin de ses compagnons de servitude 2 . L’intendant n’étant chargé que de Iransmettre, et n’ayant droit de rien conserver pour lui-même, vole tout ce qu’il ne rend pas. Tel est le thème constant de ces discours, et Basile, que nous venons de voir si plein de raison et de mesure dans les règles qu’il impose aux conseils évangéliques, ne craint pas ici de tomber dans l’exagération pour mettre son précepte favori plus en saillie. « Ainsi le pain que vous ne mangez pas, dit-il , appartient à celui qui a faim ; le vêtement que vous ne portez pas appartient à celui qui est nu; l’or que vous mettez en réserve, c’est le bien de l’indigent. »

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