Fingore terra sou limo simulacre. Aurèl. Viet
2. Amm. Marc., xxvi, 4, 9. — Anrèl.Vict., Epit.,tâ. — Zos., îv, 3. — S. Jét\, Citron. — Cedrenus, Compendium hist., etc.
rait l’Église à une part de sa puissance. Ses premiers actes lirent voir une disposition toute contraire : en redressant les injustices dont souffraient encore ses coreligionnaires, il parut avant tout préoccupé de remettre les cultes divers sur un pied d’égalité rigoureuse, évitant même dans cette œuvre de réparation toute apparence de réaction précipitée. C’est sous cet aspect inattendu que nous le montrent les lois qui portent dans le code la date de la première année de son avènement.
Ainsi il enlève bien de nouveau aux temples païens les terres que Julien leur avait fait restituer; mais ce n’est point, comme on aurait pu s’y attendre, pour les rendre directement à leurs possesseurs chrétiens ; c’est poffr les faire rentrer dans la masse des biens du fisc, et interposer ainsi entre les intérêts rivaux l’influence neutre de l’État. De même, il rouvre aux maîtres chrétiens les chaires dont Julien les avait fait descendre; mais pour les livrer moins directement à l’animadversion de leurs ennemis, il les désigne par cette formule équivoque : «Que tous ceux que leur vie et leurs talents rendent propres à instruire la jeunesse aient le droit d’ouvrir de nouveaux auditoires, ou de reprendre ceux qu’ils avaient dû quitter. » Par un scrupule pareil, s’il veut rendre à sa foi un hommage éclatant, il le rattache à quelque acte d’humanité dont tout le monde profite, et dont personne, par conséquent, ne peut songer à se plaindre. Ce sera, par exemple,
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l’interdiction de toute poursuite judiciaire le jour du dimanche, ou une amnistie solennelle à l’occasion de la fête de Pâques. Quelques privilèges aussi sont bien accordés ou rendus aux chrétiens, mais ce sont toujours de ceux qui garantissent leur liberté propre, sans porter atteinte aux droits d’autrui, et dont on peut espérer qu’ils n’inspireront aucun ombrage : comme la dispense pour les soldats baptisés d’être mis de garde à la porte des temples païens, ou condamnés à l’état de gladiateurs. Toutes les immunités cléricales restent enfermées dans des limites sages et même étroites. Le sacerdoce continue à n’exempter d’aucune charge publique, à moins que le décurion qui se fait prêtre n’abandonne ses biens à son ordre. Enfin contre le culte vaincu, Yalentinien n’exerce d’autres rigueurs que celles que Constantin lui avait déjà imposées, et qui, réclamées par l’ordre public, étaient approuvées par tous les hommes de sens. Les nouvelles lois n’interdisent que les sacrifices clandestins, les mystères d’orgie et de débauche recélés dans l’ombre de la nuit, et respectent le culte public et populaire. Encore sur ce point Yalentinien poussa-t-il la modération jusqu’à la faiblesse, s’il est vrai, comme Zosime l’affirme, que la distinction fut abandonnée dans la pratique, devant les objections d’un païen distingué qui demanda grâce pour les fameux mystères de la Grèce
1. Cod. Theod., x, t. 1, 1. 2. — xm, t. 3, 1. G. — vin, t. 8, I. 1. — x», t. 1, 1, 65. — xvi, t. 2, 1. 17, 19. — îx, t. 40, 1. 8. — Zos.,
Cette réserve n’élnit pas seulement inspirée à Valentinien par un juste respect pour la liberté des consciences, et par cette lassitude qui suit d’ordinaire les luttes et les réactions des partis; un sentiment plus personnel dictait sa conduite et devait se prononcer chez lui d’année en année avec une âpreté croissante. On eût dit qu’il avait toujours sous les yeux le spectacle de Constance asservi par ses prélats domestiques, et de Julien livré au ridicule par ses sophistes, et qu’il s’était promis en montant au trône de n’être lui-même l’instrument ni le jouet de personne. En prenant trop ouvertement en main la cause de l’Église, il eût craint de paraître à son tour passer sous le joug des prêtres, et il s’était évidemment proposé pour règle de tenir avec respect, mais avec rigueur, la religion à distance de la politique. La préoccupation était nouvelle, et Constantin peut-être l’aurait difficilement comprise. L’idée ne serait pas venue, à Nicée, au vainqueur du Pont-Milvius , qu’entre l’empereur et l’Église les rôles de protecteur et de protégé pussent jamais être intervertis. Valentinien, moins sûr de l’indépendance de son pouvoir, éprouvait une défiance qui , à elle seule, était un indice de sa faiblesse. Son règne entier en devait fournir une démonstration plus complète. Les efforts
iv, 3. — Libanius, dans VOratio pro t emplis, dit que Valentinien vers la fin de son règne défendit d’immoler des animaux et no permit plus d’offrir que de l’encens. Nous n’avons pas de traces de cette défense dans les lois du code. — Lcljeau, llist. du Das-Empire. xvi, ‘20.
qu’il allait faire pour maintenir l’autorité séculière dans une pleine indépendance en face de l’Église devaient, par leur impuissance, faire voir aux peuples, avec évidence, que l’empire étail désormais incapable de se suffire à lui-même. Valentinien allait éprouver à ses dépens que l’alliance de l’Église n’était plus pour l’Etat affaire de choix, mais de nécessité. Il s’agissait désormais, pour un pouvoir en décadence et discrédité aux yeux de ses propres sujets, de trouver à tout prix des auxiliaires, non d’offrir, de refuser ou de marchander sa protection.
11 n’était pas aisé, d’ailleurs, dans les traditions romaines, de tracer entre les affaires politiques et les affaires religieuses une ligne certaine de démarcation. L’autorité impériale avait une longue habitude de s’étendre à tout, de se mêler de tout, de ne rien laisser subsister ou se mouvoir en dehors d’elle-même, et ne pouvait, dans bien des cas, s’abstenir sans paraître abdiquer. Valentinien , dès les premières années de son règne, fit dans deux occasions importantes l’épreuve de celte difficulté, et ni dans l’un, ni dans l'autre cas, il n’en sortit très-heureusement. La première fois, ce fut à Milan même, au lendemain de son arrivée. S’il voulait tenir la balance égale entre le christianisme et les débris du culte païen, à plus forte raison désirait-il se dispenser d’intervenir dans les débats intérieurs de l’Église et des hérétiques. D’Orient même, le lendemain de son avènement, il s’était clai-
rement expliqué à ce sujet : « Que voulez-vous que je comprenne à vos débats? avait-il répondu à quelques évêques de Thrace qui essayaient de l’entretenir de questions pendanles. Je' suis du peuple; il ne m’est point permis de m’ingérer dans ces choses. C’est aux prêtres qui en ont la charge de se réunir comme ils voudront pour en délibérer *. » Telles étaient encore ses dispositions, on peut le croire, lorsqu’à peine arrivé à Milan il fut appelé à prendre connaissance d’un débat engagé entre l’évêque de la ville et le personnage le plus éminent de l’Église de Gaule, dont il avait dù lui-même plus d’une fois, pendant son séjour au delà des Alpes, entendre célébrer le nom : Hilaire de Poitiers.
Hilaire, on se le rappelle, remplissait alors en Italie une mission toute pacifique. 11 parcourait les divers diocèses, en compagnie du saint confesseur Eusèbe de Yerceil, pour effacer les traces des troubles apportés par la persécution de Constance, et pour réconcilier avec l’Église et avec leur propre troupeau les évêques qui avaient momentanément faibli*. Dans cette œuvre de charité fraternelle, il avait habituellement à combattre les préjugés d’un assez bon
1. So7.., VI, 7. ’Ejioî |aèv, îjr) psti ).aoô Tet«Y|x£vM, où 0:ut; Tourna îto).'jupaY(i.ovsïv. Nous conservons dans la traduction au mot ).aô; son sens primitif, qui est peuple et dont nous avons dérivé le mot laïc. 11 i l’est pas probable que ce mot eût déjà perdu son acception générale, pour en prendre une toute spéciale.
2. Voir la seconde partie do cette histoire, t. n, p. 474 et 475.
nombre de chrétiens orthodoxes, enorgueillis d’a\oir eu plus de courage que leurs pasteurs, et qui se montraient impitoyables pour une défaillance qu’ils n’avaient pas partagée. Mais Hilaire n’avait pas moins de perspicacité dans l’esprit que de douceur dans l’âme; et s’il était plein de miséricorde pour les pénitents véritables, il se tenait sévèrement en garde contre les faux frères que la politique seule et le désir de complaire à un empereur catholique ramenaient de mauvaise grâce du côté de la foi de Nicée. De ce nombre était l’évêque de Milan, Auxence, originaire d’Alexandrie, Arien de naissance, ami personnel et disciple des trop fameux prélats Ursace et Yalens de Murse, et qui avait remplacé, par ordre de Constance, le confesseur Denys sur le siège principal de l’Ilalie septentrionale. Auxence s’était montré des plus empressés à faire sa soumission à Constance, et à admettre toutes les formules de foi que le bon plaisir impérial avait décrétées. Aujourd’hui il affichait le repentir, mais ces fâcheux souvenirs tenaient éloignés de lui, en dépit de scs récentes protestations d’orthodoxie, tous les bons chrétiens de son diocèse, et Hilaire connaissant à fond le caractère du fourbe, et ne se laissant pas gagner par ses paroles artificieuses , encourageait les Milanais dans leur résistance 1 .
Pour ê( o fidèle aux maximes qu’il avait professées,
t. U- Mil., in Auxentium, p. I-2G7 et suiv.
Valentinien eût dù laisser ce différend se poursuivre entre les chrétiens sans y prendre part. Mais les habitudes de l’administration impériale ne se prêtaient pas à cette indifférence. Des magistrats amis du bon ordre vinrent lui représenter que rien n’était plus dangereux pour la paix publique que de petits conventicules irréguliers tenus à part de l’évêque, en dehors de l’Église commune, et sous l’instigation d’un étranger. « Puisque Auxence consentait, disaient-ils, à signer le symbole catholique et à faire disparaître ainsi toute trace des divisions passées, pourquoi d’autres s’obstinaient-ils à en perpétuer le souvenir? Ce n’était plus ioi affaire de foi, mais de simple police. Pourquoi ceux qui pensaient de même ne voulaient-ils pas tous prier ensemble dans le même lieu? »
Ce raisonnement parut bon à Valentinien, et il crut ne porter aucune atteinte à l’impartialité qui était su règle de conduite, en ordonnant par un édit que les chrétiens ne pourraient désormais procéder à aucune cérémonie de leur culte que dans les lieux régulièrement consacrés et soumis à la juridiction de l’évêque. C’était, au fond, sans qu’il comprit lui-même la portée de son acte, les contraindre à rentrer dans la communion d’Auxenee. Aussi le trouble des orthodoxes fut-il grand, et Ililaire se fit sur-le-champ, auprès de l’empereur, l’interprète de leurs griefs.
11 ne lui fallut pas longtemps pour faire comprendre à Valentinien le vrai caractère de sa décision. S’aper-
cevant de sa faute, mais embarrassé de la rétracter en public, l’empereur imagina alors d’ordonner que les plaintes d’Hilaire fussent examinées par une commission de dix évêques assistés d’un questeur et du maître des offices. Nouvelle méprise plus grave que la première. L’intervention déguisée de l’autorité séculière dans un différend ecclésiastique produisit justement les effets qu’on aurait pu prévoir. Auxence confronté avec Hilaire rétracta à plusieurs reprises toutes ses erreurs passées; mais dès que, à la faveur de ce désaveu, il se crut assuré de la faveur impériale, il retira ou atténua les professions de foi qu’on lui avait extorquées et noircit artificieusement l’évêque de Gaule dans l’esprit du souverain. Ses manœuvres eurent cette fois un tel succès, que lorsque Hilaire demanda de nouveau une audience pour démasquer ce double jeu, un ordre de départ immédiat fut la seule réponse qu’il obtint 1 .
Hilaire n’était ni rebelle ni timide : en sa qualité de sujet il se croyait le devoir d’obéir, mais en sa qualité d’évêque il se croyait le droit de parler. De retour dans les Gaules, il adressa en apparence au public ^chrétien, en réalité à l’empereur, cette lettre où respire toute la liberté épiscopale :
« C’est une belle chose, disait-il, que le mot de paix, et l’unité est une belle pensée’; mais qui doute que la seule unité évangélique de l’Église c’est la