S. Hil., in Aux., p. 1207 et suiv
paix qui vient du Christ? Celte paix dont il a entretenu ses apôtres après la gloire de sa Passion, qu’il leur a laissée en partant comme le gage de son commandement éternel, celte paix, frères très-chers, nous a toujours été fort à cœur : perdue, nous avons travaillé à l’obtenir; troublée, à la rétablir, et recouvrée, à la maintenir. Mais les péchés de notre temps ne nous ont jamais permis, ni d’en jouir nous-même, ni de l’apporter aux autres.... Nous vous en avertissons donc, prenez garde à la fausse paix de l’Antéchrist: n’ayez point trop d’amour pour les murailles de vos temples; ne vénérez point comme l’Église de Dieu des toits, des édifices humains, et ne vous pressez point d’v placer l’apparence de la paix ; car qui doute que l’Antéchrist aussi peut venir s’y asseoir? Pour moi, les montagnes, les lacs, les cachots et les gouffres me paraissent souvent un asile plus sûr que les temples ; car, plongés dans ces abîmes ou retenus dans ces liens, des prophètes ont encore été inspirés de l’esprit divin *.
« Plaignons, disait-il encore, les malheurs de notre Age et cette opinion du temps présent, à savoir que des hommes peuvent protéger Dieu et que c’est par l’ambition du siècle qu’il faut travailler à défendre
1. S. Mil., in Aux., p. 1203-1209. Untim monco, cavctc Anticliristtim... Maly Ecclesium Dei in tcctis ædificiisqnc vencramini, malo su!) îiis paris nemen ingoritis... Montas mihi, et sylva», et lacus, et carccrcs, et vor.igities, sont tutiores : in his cnim proplietæ, aut r: : : j nentes aut denier:#, L)ci spiritu prophetabant.
l’Église du Christ. Je vous prie, évêques ou vous qui vous croyez tels, de quels auxiliaires les apôtres se sont-ils servis pour prêcher l’Évangile? quelle puissance les aida quand ils annonçaient le Christ et qu’ils entraînaient presque toutes les nations du culte des idoles à celui de Dieu? Avaient- ils quelque dignité de palais, lorsque du fond d’un cachot et dans les chaînes ils élevaient leurs hymnes à Dieu? Était-ce en vertu d’un édit royal que Paul rassemblait l’Église du Christ , lorsqu’il était lui-même donné en spectacle sur un théâtre? Apparemment
Néron, Yespasien, Décius, ont été nos protecteurs?
ou bien ces hommes qui se nourrissaient du travail de leurs mains et se réunissaient dans l’ombre, qui parcouraient les campagnes et les cités, les nations, bravant les sénatus-consulles et les édits impériaux, n’avaient pas les clefs du royaume des deux!... Mais maintenant, ô douleur! ce sont les protections terrestres qui recommandent la foi divine : et, par là même qu’on cherche pour le Christ la faveur des grands, on le déclare déchu de sa propre vertu 1 . C’est avec des exils et des cachots que l’Église veut se faire craindre, elle qui, exilée et prisonnière, s’est fait croire 2 . Consacrée autrefois par la terreur de
1. Inopsque virtutis suie Christus, dum ambitio nomini suo conciliatur, arguitiir.
2. Tcrret cxiliis et carccribus Ecclesia, quas cxiliis et carecribus est crédita.
ses persécuteurs, elle se suspend aujourd’hui aux dignités de ses fidèles. Elle bannit des prêtres, elle qui a été propagée par des prêtres bannis : elle se fait gloire d’être chérie du monde, elle qui ne peut appartenir au Christ si le monde ne la liait. 1 »
Ce cri d’indignation fut le dernier souffle qui s’échappa de cette grande âme. Très-peu de temps après, Hilaire s’éteignait au sein de celte ville de Poitiers qui l’avait vu naître dans l’opulence et vivre dans la mortification. Il l’avait gouvernée quinze années, ayant sacrifié à Dieu tout l’éclat du monde et n’ayant jamais demandé aux hommes que la justice et la liberté. Il expira entre les bras de son fidèle ami, l’ancien soldat Martin, alors vivant en solitaire aux environs de Poitiers, et qui recueillit avec son dernier soupir la tradition de sa charité pour les faibles, de sa hardiesse envers les grands, et de sou respect pour les droits de la conscience. Le peuple chrétien répéta sur sa tombe ces paroles inscrites dans la liturgie de son office : « O Dieu ! qui avez donné à votre illustre confesseur la force de ne pas craindre César, daignez, nous vous en supplions, par son intercession, nous protéger aussi contre l’ennemi spirituel *. »
Valentinien lui-même put être témoin de ces