‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 40 sur 111 · S. Bas., Hexam., hom. iv, p · texte numérisé non relu

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consulterait l’évêque sur ses devoirs, sur ses peines, et même sur ses intérêts.

Ces communications continuelles n’étaient même pas interrompues par l’éloignement : elles se poursuivaient, à distance, des extrémités du diocèse, de la province, ou même de la haute Asie, par le moyen d’une correspondance active que Basile ne cessait d’entretenir, malgré l’imperfection des postes, le mauvais état des routes et le danger des voyages. Nous n’avons pas moins de trois cent cinquante lettres authentiques de Basile, qui traitent des matières les plus variées et sont adressées aux personnes les plus diverses. Beaucoup de ces lettres (mais non pas le plus grand nombre) sont relatives a des sujets moraux : ce sont des instructions pastorales, ou ce que nous pourrions appeler dans le style de la piété moderne, des lettres de direction spirituelle. Les trois lettres à Amphiloque, évêque d’icône, par exemple, ne sont que des collections de décisions, données dans la forme des canons des conciles, et qui furent reçues en Asie avec presque autant de respect que si elles avaient eu réellement ce caractère. Dans d’autres au contraire les incidents du jour, les soucis de ' 'administration , les épanchements de l’âme, tiennent la première place : l’homme s’y montre encore plus que l’évêque, on pourrait dire l’homme d’État et presque l’homme du monde, tant le ton eh est tout naturellement celui du commandement, des grandes affaires et de la haute société. L’onction chrétienne et la gra-

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vite épiscopale font place à cet enjouement sans bouffonnerie, à cette concision, à cette soudaineté de trait, à cette aisance dans les grands sujets, véritable parfum de la bonne compagnie et cachet propre du style épistolaire, qui font de ce genre d’écrits la littérature aristocratique par excellence.

C’est que ces avantages du rang et de la naissance que Basile dédaigne, il en garde toujours le sentiment, s’en sert au besoin, et le voulût-il, il ne pourrait pas s’en défaire. Quel que soit celui auquel il écrit, sénateur, préfet, matrone, orateur en renom, Basile est sans doute son frère, et prêt à devenir son serviteur en Jésus-Christ, mais il est aussi son supérieur par l’intelligence, et par la naissance au moins son égal. Les magistrats sont ses condisciples, les généraux en faveur, Arinthée, Victor, Térence, ses amis de jeunesse. 11 continue à être le protecteur de leur famille, le directeur de leurs femmes et de leurs filles; s’il n’est pas comme eux environné de licteurs, ou à la tête d’une légion, c’est qu’une plus haute gloire l’a séduit, ce n’est pas que le crédit ou le mérite lui ait manqué. Le frère de son ami, Césaire, est le médecin en chef de l’empereur, qui l’emploie aux missions de confiance. Les femmes du grand monde ont joué dans leur enfanceavec sa sœur Macrine, sous l’œil de sa mère Emmélie. Et maintenantqueces deux dames ont quitté le monde pour Dieu , elles gouvernent à quelque distance de Césarée une communauté où se retirent les filles des meilleures

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maisons. Leur patrimoine de famille, qui était vaste , n’a pas tout entier passé à l’Église. Des sœurs mariées, un jeune frère, Pierre, encore au barreau , en conservent une part. De là pour Basile à Césarée, comme pour Grégoire à Nazianze, des affaires d’intérêt, qui ne sont plus des liens pour leur âme, mais qui leur conservent de constantes relations avec la société. Cette situation particulière et sans exemple jusque-là, d’un évêque qui est par lui-même, indépendamment de sa dignité, un des principaux personnages de son diocèse, se trahit dans les lettres de Basile, par toutes ces nuances imperceptibles que le savoir-vivre seul apprend à marquer et à reconnaître 1 .

« Le croiriez-vous? écrit-il à un ancien ami, récemment promu à une préfecture; je brûlais de vous écrire et j’hésite maintenant. C’est que vous allez dire que ce n’est plus par simple amitié que je le fais. Et en effet, j’ai quelque chose à vous demander. Pourtant, je pense qu’il faut bien qu’il y ait une différence entre un magistrat et un autre homme. Traile-t-on un médecin comme un ignorant? Le moyen de traiter un homme qui a du pouvoir, comme le premier venu ! Il faut bien profiter de la science de l’un et de la puissance de l’autre; et de même que ceux qui marchent au soleil , bon gré

1. Sur cette situation de la famille de saint Basile et de celle do saint Grégoire, voir la 2 e partie de cette histoire, t. u, p. 187 et suiv. On a vu l’ennui qu’avait donné à Grégoire l’administration du patrimoine de son père : la succession de Gésaire lui donna aussi beaucoup de soucis. S. Bas., f.p. clii*cl\, etc.

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malgré traînent après eux un peu d’ombre, qui les suit partout, il y a quelque chose aussi qui suit partout le magistrat, c’est la puissance de soulager des affligés. Tenez donc que le premier but de ma lettre est de vous féliciter de votre nouvelle grandeur. N’eussé-je pas d’autre motif d’écrire, celui-là serait bien suffisant. Soyez sincèrement salué, très-excellent ami, et marchez de préfecture en préfecture, répandant partout des bienfaits; et puis, après avoir reçu mes vœux, recevez aussi ma prière pour un pauvre vieillard dont je veux vous parler 1 ... »

« Je vous accable de lettres, dit-il à un autre (évidemment un ami d’enfance, car sans cela, les souvenirs auxquels il fait appel seraient sans effet), mais je suis importuné moi -môme et je ne vois d’autre manière de me délivrer que de donner des lettres pour vous à ceux qui m’en demandent... J’ai, je l’avoue, bien des amis, et bien des parents dans ma patrie, et je deviens comme leur père, à cause de la dignité où Dieu m’a placé. Mais celui qui vous porte ceci est mon frère de lait, fils unique de ma nourrice ; et ce que je vous demande c’est d’épargner en mon honneur la maison où j’ai été élevé 2 . »

Avec un autre, il débute par des plaisanteries sur son régime, et le félicite d’avoir repris goût à des mets simples comme des choux au vinaigre, après

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