‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 44 sur 111 · Ep. xcvi et Ep. ccxiAii etsuiv · texte numérisé non relu

Ep. xcvi et Ep. ccxiAii etsuiv

taille, on la coupe, comme fait le méchant médecin dont l’ignorance empire les blessures qu’il soigne. Il faut donc que j’aille la soigner puisqu’elle est malade. Les habitants m’ont écrit, et me pressent de venir. Je dois y courir, non avec l’espoir de leur être utile, mais pour qu’ils ne disent pas que je les abandonne, car vous savez que ceux qui sont dans la peine sont prompts à espérer et prompts à se plaindre, et prêts à imputer leurs maux à la négligence de leurs amis. J’aurais peut-être mieux fait sans cela d’aller vous voir, et de vous conseiller ou plutôt de vous supplier de faire un effort énergique et digne de vous, pour ne pas laisser notre patrie succomber. Parlez pour la cour et dites aux gens, avec la franchise qui vous appartient, qu’ils n’aillent pas s’imaginer que pour avoir coupé une province en deux ils en aient acquis une de plus; car ils n’ont pas fait venir une nouvelle province de quelque autre partie du monde; mais ils ont fait comme un homme qui ayant un cheval ou un bœuf essayerait de le couper par moitié, et croirait ensuite avoir un attelage : il aurait tué sa bête, et rien de plus. Dites aux gens en crédit qu’on ne grandit pas l’empire par cette manière de faire. Car ce n’est pas un chiffre apparent

de provinces, c’est la réalité qui fait la puissance

Si vous pouvez aborder l’empereur lui-même, ce sera ce qu’il y aura de mieux et de plus conforme à ce que votre vie entière fait attendre de vous. Si c’est trop demander dans une saison si rigoureuse et à votre âge

l’ÉPJSCOPAT DE SAINT BASILE. 211

qui, comme vous le dites, amène la paresse, écrivez au moins, vous le pouvez sans peine 1 . »

Il a lui-même le sentiment de sa puissance, et se ferait scrupule d’en user au détriment de la justice. Il respecte dans l’autorité qui porte le glaive un dépôt de Dieu, dont une part, par une transition insensible, commençait déjà à passer à l’Église.

« Je pense, écrit-il, que c’est une faute égale do laisser les coupables impunis et de passer la mesure dans le châtiment. J’ai donc prononcé, contre le malheureux dont vous me parlez, la peine qui était de ma compétence, en le séparant de la communion ecclésiastique, et j’ai exhorté ceux qu’il a offensés à ne pas se venger eux-mêmes et à laisser la vengeance à Dieu;... mais ils m’ont répondu des choses si fortes, que j’ai dû me taire, et je veux continuer à garder le silence... car j’ai depuis longtemps arrêté en moi-même de ne jamais livrer de coupables aux magistrats, mais de ne jamais enlever ceux qui sont tombés entre leurs mains. C’est aux méchants, en effet, que l’Apôtre recommande de craindre le magistrat, qui ne porte, dit-il, pas en vain le glaive, et si celui qui livre un coupable est inhumain, celui qui le dérobe au châtiment encourage l’injustice. Il est possible qu’on retarde la cause jusqu’à ma venue, et alors on verra que je n’ai pu être d’aucune utilité, personne ne voulant m’obéir 2 . »

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