‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 47 sur 111 · Ep. LXXXV · texte numérisé non relu

Ep. LXXXV

la société religieuse et presque de la société civile *.

Il faut l’entendre, par exemple, faire la leçon à la matrone Simplicie, riche dame, qui, après avoir comblé l’Église de ses charités, prétendait y être traitée en souveraine. Le trait de mœurs qui donne lieu à ce débat est curieux, et jette un singulier jour sur la confusion que faisaient naître la coexistence et le conflit des lois religieuses et civiles. L’orgueilleuse chrétienne, en vraie fille de patricien qu’elle était, revendiquait la propriété d’une famille d’origine servile qu’elle prétendait lui avoir appartenu. Un des membres de cette famille était dans les ordres et venait même de recevoir le caractère épiscopal. Simplicie voulait revendiquer celui-là comme les autres, et s’indignait qu’on lui disputât son esclave. Grand scandale parmi les fidèles : un évêque pouvait-il appartenir à d’autres qu’à Dieu? Simplicie menaçait de porter la question devant les tribunaux séculiers, appelant en témoignage de son droit tous les gens de sa maison, domestiques, esclaves et eunuques. Elle reçut avec beaucoup de hauteur la première remontrance de Basile et le pria de ne pas prévariquer lui-même en voulant la priver ainsi de sa propriété légitime.

1. S. Bas., Ep. lxi. — Voir cette lettre pour connaître les effets de l’excommunication. C’est la réponse à la nouvelle transmise par Atlianase de la mesure prise à l’égard du gouverneur de Libye, qui était originaire de Cappadoce. Basile répond que le coupable sera en exécration auprès de tous les fidèles, que personne ne partagera avec lui ni le feu, ni l’eau, ni le couvert, et qu'il a fait prévenir de la sentence tous les amis, botes et domestiques du gouverneur.

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« Je n’ai rien à dire au sujet de vos insolences, lui répond Basile, je garderai donc le silence. J’attends entre nous le juge d’en haut, qui tire vengeance de toute injustice. C’est vainement que le riche répandrait des aumônes plus abondantes que le sable de la mer : s’il foule aux pieds la justice, il perd son âme. Car si Dieu demande aux hommes de faire des sacrifices pour lui, ce n’est pas, j’imagine, qu’il ait besoin de nos dons. Pensez donc au dernier jour, et veuillez vous abstenir de me faire la leçon; car j’en sais plus que vous, n’ayant pas l’âme étouffée par les épines intérieures des richesses, et ne pensant pas comme vous couvrir avec quelques largesses une malice dix fois plus grande

que le bien que vous pouvez faire Pour moi,

je ne rends compte qu’à Dieu, et devant lui, s’il me faut des témoins, je n’appellerai point à mon aide des esclaves et des eunuques, race indécente et pernicieuse, mais le regard du juste et le visage des gens de bien 1 . »

La lettre est interrompue là, et on ne sait comment finit ce débat , preuve singulière de l’incompatibilité qui rendait chaque jour entre le christianisme et l’esclavage la vie commune plus difficile.

Parmi les gens en renom avec qui Basile entretenait des relations suivies, il est une classe envers

1. S. Bas., Ep. cccxxi, ccxcvï, cxv; Conf. S. Grég. Naz., Ep. i.xxix. CYst dans les lettres de saint Grégoire qu'on trouve expliqué le sujet du débat élevé entre Basile et Simplieie.

21G l’éimscopat DE SAINT BASILE.

laquelle il se montre vraiment prodigue d’attentions et de politesses : c’est celle des rhéteurs et des gens de lettres, dont lui - même avait fait partie dans sa jeunesse, et pour laquelle il semblait garder les prédilections qui s’attachent à tout ce qui rappelle le premier âge. Souvenirs d’études communes, compliments touchant au point le plus sensible la vanité littéraire, conseils donnés aux novices ou demandes aux maîtres, profusion de citations classiques, connaissance des moindres détails du métier, Basile met ici tout en œuvre pour charmer et pour éblouir ses correspondants. Quand il écrit à Libanius (et nous n’avons pas moins de trente lettres échangées entre le rhéteur et l’évêque), son style s’égaye, se transforme, se surcharge d’ornements. « Les lettres de Libanius sont pour lui, dit-il, comme la rose dont les vrais amateurs goûtent même les épines. 11 aime que Libanius lui écrive même pour le quereller... Que n’a-t-il, pour aller voir Libanius, les ailes d’Icare?... Quand Libanius lui fait des compliments sur son style, il croit voir Polydamas ou Milon lui céder le prix de la lutte... Comment oserait-il écrire à un tel homme, lui qui passe sa vie en compagnie de Moïse et d’Élie, barbares qui lui transmettent, avec la vérité de leurs oracles, la rudesse de leur langage? »

Libanius répond sur le même ton. Quand les lettres de Basile lui parviennent, rien qu’en les ouvrant : « Je suis vaincu, s’écrie-t-il, jamais je n’é-

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crirai rien de pareil. Si Basile écrit ainsi sans étudier, que serait-ce s’il s’exercait constamment à l’éloquence? Basile est un sol fécondé par une source, tandis que lui, Libanius, n’est qu’un terrain aride qu’il faut arroser sans relâche. » L’orateur envoie ses déclamations et demande en échange les sermons de Basile, qui traitent souvent des mômes sujets moraux, de l’ivresse, par exemple, ou de l’avarice, et alors la langue n’a plus de termes pour exprimer l’admiration d’une part, et l’humilité de l’autre.

« Quoi? c’est vraiment devant des Cappadociens qu’un tel langage est tenu, ce n’est point à Athènes! Basile est-il bien sûr de ne pas se tromper, et de ne pas habiter, sans le savoir, le séjour des Muses 1 ? »

Basile donne la réplique, et à peine de loin en loin quelque accent plus grave vient-il avertir qu’il garde son sérieux au milieu de ces puérilités, et sait à quoi s’en tenir sur leur valeur. C’est, par exemple, à propos d’un petit présent que Libanius lui demande, et que Basile lui envoie : « Vous voilà bien, lui dit Basile, vous autres sophistes, qui parlez pour le profit. Nous autres évêques, nous ne demandons, rien pour nos sermons. »

Ou bien, écrivant à un écolier qui se décide à embrasser la vie chrétienne : « Vous avez raison. Toutes les choses humaines sont plus rapides que l’ombre, et

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