‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 6 sur 111 · S. Ilil., in .lux., p. 1261 et suiv · texte numérisé non relu

S. Ilil., in .lux., p. 1261 et suiv

2. Voir sur la date exacte de la mort de saint Hilaire la vie placée en tète de ses œuvres dans l’édition que nous avons citée, p. cxxi. — Tillemont, Mèm. sur l'Hist. eccl., t. vu; S. Hii.aiiih, note xvm. Ce fut le 13 janvier 307, suivant la Chronique de saint Jérôme.

regrets populaires, car il n’avait pas tardé à suivre en Gaule l’illustre proscrit. Dès l’hiver de 365 il vint s’établir à Paris, dans la position même choisie par Julien pour veiller à la défense des frontières et d’où la mémoire de ce grand général semblait encore intimider les ennemis de l’empire. Les menaces des Allemands, qui avaient reparu sur les rives du Rhin, et la nouvelle de grands rassemblements d’armes qui se faisaient dans les bois de la Germanie, rendaient la présence de l’empereur nécessaire. Déjà même des légions auxiliaires d’Hérules et de Bataves avaient * subi quelques échecs et s’étaient laissé dérober leurs étendards. Comme Valentinien se mettait en devoir d’aller au-devant de l’ennemi, qui était en marche sur Paris , il reçut d’Orient des nouvelles fâcheuses. Son frère était menacé par une grave insurrection, à la tête de laquelle figurait Procope, compagnon et parent de Julien. Peu habitué à conduire des armées, Valens éperdu réclamait des secours en toute hâte. Valentinien hésita quelque temps; puis du ton d’un vieux Romain : « Je n’irai point, dit-il; Procope est l’ennemi de ma famille; les Germains sont les ennemis de l’empire. » Celte généreuse résolution fut récompensée par un prompt succès. Les barbares furent surpris aux environs de Châlons-sur-Marne, au fond d’une vallée obscure, où ils faisaient halte, occupés à boire, à se baigner, et à rougir leur chevelure, suivant leur mode, avec une pommade mêlée de suif

et de chaux. Le maître de la cavalerie, Jovinus, les attaqua sur le champ et les tailla en pièces. Valentinien, après avoir récompensé l’exploit de son général, se mit en devoir d’en proliteren rétablissant tout le long du Ilhin ses lignes de défense fort endommagées, Puis voulant rester plus à portée encore de la frontière, il prit son quartier d’hiver dans la ville de Reims, dont il ne bougea même pas pendant toute la durée de l’année suivante, occupé qu’il était à compléter ses approvisionnements épuisés et à remplir les cadres vides de ses légions 1 .

Là encore, quelque effort qu’il fît pour échapper aux querelles religieuses, leur bruit vint troubler de nouveau son repos. Cette fois même le sujet de souci était plus considérable, ne fût-ce qu’en raison du lieu où le débat s’engageait. Ce n’était rien moins que Rome même où la rivalité des cultes et des sectes en présence faisait éclater des scènes de violence telles que depuis les temps de la république le Forum et le Palatin n’en avaient pas revu. La capitale de l’empire semblait sortir de son inertie après tant de siècles; des factions populaires reparaissaient, conduites au combat par des chefs aristocratiques, et chose inattendue, mais pourtant explicable, c’était du sein du christianisme

1. Amm. Marc., xxvi, 5; sxvir, 2. — Cod. Thcod. Chron. an. 305, 300, 307. C’est îi cette époque, suivant Lebeau, llist. du lias- Empire, xvi, 20, que s > rapportent la création de la nouvelle province viennoise et la division do l'Aquitaine en deux parties, qui portèrent à quatorze les provinces du diocèse de Gaule.

que semblait partir ce réveil turbulent des influences patriciennes.

Plus lentement, plus difficilement qu’aucune autre classe, le patricial romain s’était laissé gagner par le christianisme. Tant de liens l’attachaient au passé, et sous le culte des souvenirs se cachait tant d’idolâtrie! Le jour était venu pourtant où, soit par l'entraînement de l’exemple, soit sous l’empire d’une conviction véritable, d’antiques races tout entières se décidaient à rendre hommage à la nouvelle religion, et leur résolution une fois prise, elles s’étonnèrent ellesmêmes de se trouver retrempées dans une source inattendue d’illustration et de puissance. Le christianisme renouvelait, rajeunissait pour ainsi dire, leur influence. La veille encore, elles répandaient au hasard dans les rangs d’une plèbe sans nom des largesses intéressées, en échange d’un vain litre d’honneur; le lendemain, des charités à peine plus abondantes, mais distribuées avec discernement par la main des prêtres, leur valaient de la part des pauvres familles chrétiennes, moins dégradées elles-mêmes que la plèbe ordinaire, une reconnaissance plus' tière mais plus durable. Leurs esclaves graduellement émancipés, et préparés à la liberté par une éducation pieuse, formaient bientôt autour d’eux une armée dévouée. Ce n’était plus celte vile race d’affranchis, fléau de l’empire, qu’on avait vus à la porte de tous les palais, toujours prêts à passer de la servilité à la trahison. C’étaient des en-

fants d’Adam et des rachetés de Jésus-Christ, en qui leurs maîtres eux-mêmes honoraient le souvenir d’une égalité primitive, et le sceau d’une dignité recouvrée. Bientôt l’autorité des patriciens chrétiens s’étendit au delà de Rome. Une fois entrés dans l’association d’hommes la plus vaste et la seule organisée qui subsistât dans l’empire, ils se trouvaient par là même replacés à la tête d’un parti puissant. Depuis qu’Athanase, dans ses jours d’exil, avait trouvé asile dans la demeure des sénateurs romains, l’habitude était prise chez les chrétiens de tous les pays de recourir du fond de l’Égypte ou de l’Asie aux familles illustres de la capitale, toutes les fois qu’ils avaient une église à bâtir, un couvent à fonder, quelque ruine à prévenir ou quelque désastre à réparer; et l’aumône, qui manquait rarement d’arriver, était abondamment payée en popularité et en gratitude. On eût dit de vieux troncs qui sèchent sur place par l’effet des années : si leurs racines, en s’étendant, viennent à rencontrer une terre fraîchement remuée, ils y puisent une sève nouvelle qui va parer d’un peu de verdure leurs rameaux mourants et leurs tiges découronnées.

C’était, par exemple, une situation à la fois brillante et considérable que celle du préfet du prétoire de l’année 365, Sextus Pétronius Probus, issu d’une famille qui passait pour avoir donné deux fois des maîtres, et de bons maîtres, à l’empire. Les Probus descendaient de Marc-Aurèle, et l’honnête soldat illyrien

de leur nom qui avait été appelé à l’empire peu d’années avant Dioclétien, bien que d’origine obscure et étranger à cette souche antique, avait mis beaucoup de prix à s’y rattacher. Dans cette race, disait-on, on naissait consul de père en fils; et Sexlus Pétronius Probus, son chef actuel, n’avait rien négligé pour accroître encore l’éclat de sa maison. Allié déjà aux Annéades, aux Auchénes, aux Olybrius, à toute la première noblesse de Rome, il avait obtenu la main de la dernière héritière de l’illustre gens Anicia. Grâce à cette alliance, son patrimoine s’était accru presque sans bornes. Il possédait des terres dans les parties les plus diverses de l’empire, et il n’y avait guère de province où l’on ne rencontrât quelqu’une de ses propriétés. Quoique à peine âgé de trente-quatre ans, il avait déjà été une fois proconsul d’Afrique et quatre fois préfet d’Italie, de Gaule ou d’Illyrie. Ces dignités précoces lui avaient inspiré un tel goût, ou plutôt donné une telle habitude du pouvoir que si, par hasard, quelque intervalle s’écoulait pour lui entre une préfecture et l’autre, il séchait, dit Ammien, comme un poisson hors de son élément. Sa clientèle innombrable tenait presque autant que lui à ce qu’il n’y eût point d’interruption dans sa puissance ; et c’était elle, écrit le même auteur, qui le poussait à se plonger sans cesse dans la chose publique. Car il était bon maître, fidèle ami, généreux envers les siens, et très-ardent à les défendre contre toute attaque, même, s’il faut en croire le malveillant narrateur,

contre les poursuites légitimes auxquelles pouvaient les exposer leur imprudence et leur cupidité 1 .

Toute cette activité était mise au service du christianisme; car Probus était chrétien, et n’était pas même le premier de son nom qui eut embrassé la foi nouvelle. A en croire le poète Prudence, la conversion de la famille datait du lendemain de la bataille du Pont-Milvius, et du jour de l’entrée de Constantin dans Home : coïncidence un peu suspecte qui fait douter qu’elle eût été pleinement désintéressée. Mais le temps et l’éducation chrétienne de plusieurs générations étaient venus réparer ce qui avait pu manquer à la sincérité de la première profession de foi. Probus à la vérité, avec son caractère impérieux et ambitieux, était loin d’être un chrétien accompli. Mais, à ses côtés, son épouse Anicia donnait déjà, dans tout le faste du rang suprême , l’exemple de ces vertus modestes qui faisaient dire plus tard à un saint docteur, écrivant à sa petite-fille : « C’est une coutume dans la famille Proba d’avoir des richesses et de les mépriser. » Ses charités étaient inépuisables, et comme elles étaient réparties entre scs nombreux domaines si diversement

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