I. S. Bas., ibkl., p. 240 et 253-254, passim
228 l’épiscopat de saint basile.
vers d’Homère ; telle explication d’un phénomène naturel vient en ligne directe de la physique d’Aristote. Il y a môme tel sermon entier sur un point de morale qui n’est que le commentaire d’un traité de Plutarque. L’emprunt est quelquefois avoué et volontaire ; le plus souvent l’orateur n’en a pas conscience, tant il s’est assimilé les grands modèles. C’est la mémoire qui s’épanche par un courant naturel dans l’imagination 1 .
Mais c’est dans les traités de théologie proprement dits, dans ceux qui ont pour but direct de démontrer et d’expliquer la vérité chrétienne, que Basile donne lui-même le modèle de la double opération qu’il indiquait tout à l’heure. C’est là qu’on le voit d’une part se servir des enseignements des philosophes pour préparer les esprits au dogme chrétien, et de l’autre s’éclairer des dogmes chrétiens pour faire un choix et un triage dans les élucubrations des philosophes. Pour amener à Dieu ceux qui l’ignorent, Basile ne craint jamais de faire appel à celte raison naturelle qui, dès longtemps, sous la conduite de Pvthagore, de Socrate, de Platon, de Cicéron, de Sénèque, avait su lire le nom de la divinité écrit en lettres lumineuses sur la vofile des deux, ou gravé dans les profondeurs de la conscience. La démonstration de l’existence de Dieu par les merveilles
1 . Voir sur ces emprunts faits par Basile X l’antiquité classique un excellent chapitre dans l'Étude littéraire sur saint Basile dEug. l'ialon, Paris, 1801. La comparaison faite (p. 80 et suiv.) entre le sermon de saint Basile sur l’usure et le traité do Plutarque : de .Ère alieno, est des plus intéressantes.
(le la nature, comme par les besoins naturels de notre âme, revient, dans beaucoup des écrits de Basile, en termes qu’on pourrait croire empruntés aux Tusculanes. Basile ne fait même nulle difficulté d’affirmer que cette connaissance rationnelle de Dieu est le préliminaire indispensable de la foi. « Dans les sciences ordinaires, dit-il hardiment, on commence par la foi; mais, dans notre science, si quelqu’un dit que la connaissance doit précéder la foi, nous ne le contredisons pas. J’entends par là une connaissance appropriée à la nature de l’esprit humain. Car, dans les sciences communes, on vous dit d’abord : voici un alpha, et il faut le croire, et ce n’est que lorsqu’on a appris à connaître les lettres, et à les prononcer, qu’ensuito' on arrive à avoir une notion nette de ces éléments. Mais dans la foi qui se rapporte à Dieu, il y a une pensée qui doit marcher avant toute autre; c’est celleci : Dieu existe, et cette pensée nous ne pouvons la tirer que de la vue des créatures. La puissance, la bonté de Dieu, tout ce qu’il y a d’invisible en lui ne nous est connu que par la création du monde. C’est ainsi également que nous arrivons à le reconnaître pour notre maître; car, puisqu’il est le créateur du monde entier et que nous sommes nous-mêmes une partie du monde, il est donc aussi notre créateur. La connaissance est ainsi suivie de la foi , et à son tour la foi est suivie de l’adoration l . »