‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 54 sur 111 · Aimu. Marc., xxvn, 8, 10; xxvui · texte numérisé non relu

Aimu. Marc., xxvn, 8, 10; xxvui

LA BATAILLE ü’ ANDRT NOPLE. 241

voulait épargner pour le salut de l’État rien de ce qui lui était cher. Dans une de ces excursions, il s’avança jusqu’à cinquante milles au delà do la frontière. Dans une autre occasion, il faillit tomber dans une embuscade et dut abandonner entre les mains de l’ennemi le soldat de sa suite auquel il avait confié son casque et son armure. Son passage demeurait marqué partout par des châteaux forts élevés aux points extrêmes de ses expéditions. A l’intérieur de l’empire, la même vigilance et la même activité lui étaient nécessaires pour repousser, soit les menaces de sédition, soit même des connivences coupables entre ses officiers et les ennemis du nom romain 1 * * * V. . Mais cet état de lutte constante ne pouvait se maintenir qu’au prix de rigueurs outrées, et d’une tension continue de tous les moyens de gouvernement. Les supplices, les exécutions en masse se multipliaient, et le caractère naturellement dur de Valentinien, aigri par la résistance qu’il rencontrait, s’exaspérait jusqu’à la férocité. Dans ses rapports avec les barbares, on ne remarquait plus cette bonne foi dont, en brave militaire, il s’était jusque-là toujours piqué. Il leur tendait des pièges, les mettait aux prises les uns avec les autres par de feintes alliances, faisait massacrer par surprise des envoyés venus avec des saufs- conduits, expo-

1. Ces connivences étaient facilitées par des alliances entre Romains

et barbares, que rendait fréquentes la présence des auxiliaires ger-

mains dans les armées romaines. Valentinien fit une loi (C’oci. Theod.,

ni, t. 14, 1. unica) pour interdire ce genre de mariage.

LA BATAILLE d’aNDRINOPLE.

sant ainsi ses propres sujets à de cruelles représailles *.

On ne tarda pas d’ailleurs à s’apercevoir que sa maladie lui avait laissé une irritation nerveuse, qui se révélait par les traits les plus bizarres. A la moindre nouvelle fâcheuse, à la moindre contrariété, son teint s’altérait et'sa voix s’élevait. Il avait toujours été impitoyable pour les plus légères infractions apportées aux règles de son service domestique; il devint cruel, et joignit à l’habitude, ancienne chez lui, de prodiguer la peine de mort, une recherche effroyable dans le choix des supplices. D’horribles détails circulèrent bientôt sur ce goût nouveau du souverain. Un de ses pages avait été chargé de dresser pour lui un chien de chasse d’une race fort estimée de Sparte : le pauvre enfant, effrayé de l’indocilité de l’animal qui se jetait sur lui pour le mordre, ne put s’acquitter de la commission. Par ordre de l’empereur, on lui fit rendre l’âme sous le bâton. Une cuirasse ciselée avait été commandée à un ouvrier : quand l’objet fut apporté, Valentinien trouva, en le pesant, quelques grains démêlai de moins que la commande n’avait prescrit. C’en fut assez pour qu’il envoyât l’artisan au supplice. Un cocher de l’écurie impériale, qui avait reçu commission de chercher des chevaux en Sardaigne, convaincu d’en avoir changé quelques-uns sur la route, fut lapidé au retour. Enfin Valentinien installa dans son propre palais, pour gar-

Page 1