‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 55 sur 111 · Amm. Marc., xxvm, 5; xxix · texte numérisé non relu

Amm. Marc., xxvm, 5; xxix

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der sa chambre à coucher, (leux ourses privées à qui il donnait, en signe d’affection, les petits noms de Miette d’or et d’ Innocence , et qu’il nourrissait sous ses yeux de la chair des suppliciés. Il fut si satisfait de l’ardeur avec laquelle l’une des deux bêtes s’acquitta de cette triste tâche, qu’en récompense il lui rendit la liberté et la fit lâcher dans les bois i .

Quand de pareilles scènes se passaient dans l’intérieur du palais, et pour des affaires domestiques, on devine comment étaient traitées les affaires d’Ëtat. Les plus mauvais jours de l’empire parurent revenus. Deux officiers distingués des gardes joviennes, Claude et Salluste, furent saisis et mis en jugement pour avoir tenu quelques mauvais propos contre Yalens. Les magistrats chargés de faire leur procès ne trouvaient aucun grief suffisant et voulaient les relâcher. L’empereur leur fit dire de condamner toujours, et qu’il se réservait de faire grâce. Les juges obéirent, mais la promesse impériale ne fut pas tenue : l’un des accusés fut livré à la mort, et l’autre envoyé en exil. Un délit nouveau, celui de sollicitations indiscrètes, fut aussi érigé en crime capital. Un fonctionnaire sortant de charge demandait de l’avancement, et le maître de la cavalerie s’était chargé de présenter sa pétition. « Ah ! dit le farouche souverain, il veut changer de province ; ce

1. Amm. Marc., xxix, 3. — Zos., iv, 16. Cet écrivain remarque, en termes exprès, le changement survenu dans le caractère de Valentinien entre le commencement et la fin de son règne.

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sera de tête qu’il changera. Comte, ayez soin d’y veiller. » Une exécution plus méritée , mais non moins horrible, fut celle du grand chambellan Rhodanus, qui s’était emparé indûment du bien d’une veuve, et qui, condamné par le préfet du prétoire, crut pouvoir en appeler à l’empereur. Valentinien tint à faire voir que sa rigueur, dictée par la justice, était exemple de toute connivence dans les désordres de ses serviteurs; et le jour même où l’appel fut introduit, il fit enlever le chambellan de son siège, et donna ordre qu’il fût promené par toute la ville, précédé d’un héraut qui proclamait le sujet de la condamnation ; puis il le fit brûler vif sur la place publique. Tous les biens du condamné furent donnés à la veuve qu’il avait dépouillée. Sa sévérité à l’égard des décurions responsables de l’impôt passait également toutes les bornes. 11 les condamnait a mort en masse, décimant les curies, sans même connaître le nom des victimes. Un jour qu’il avait ainsi taxé plusieurs villes à trois têtes chacune. « Si elles n’ont pas trois magistrats, lui dit Florentius, faudra-t-il qu’elles complètent ce nombre pour suffire à l’exécution? — Oui, répondit le prince furieux 1 . »

Valentinien prescrivait à ses agents la même conduite et traitait de pusillanimité toute apparence d’indulgence. « La sévérité, leur disait-il, est l’àme de la justice, et la justice est l’âmo de la souveraineté. » 11 ne

i. Amm. Marc., xxix, 3. — Clirott. Alex.

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fut que trop bien obéi. Du moment où la cruauté devenait un titre à la faveur, ce fut une mode générale d’un bout de l’empire à l’autre. Personne ne se distingua, dans cette triste concurrence, plus que le vicaire de Rome, Maximin, le même qui, en qualité de préfet de l’annone, avait déjà souillé par ses violences l’intronisation du pape Damase. Les griefs, les sujets de procès ne manquaient pas, on l’a vu, dans une ville divisée en sectes et en religions rivales. L’imputation le plus habituellement échangée entre un parti et l’autre, et le plus facilement accueillie par la crédulité populaire, était celle d’empoisonnement par voie de sorcellerie et de maléfice. Maximin, saisi d’une plainte de ce genre, écrivit à l’empereur qu’il était sur la trace d’une vaste machination, dans laquelle étaient compromis les principaux personnages de Rome, mais que les moyens d’instruction lui manquaient, le rang des coupables lui interdisant de les soumettre à la question. Valentinien lui envoya en réponse l’autorisation de se mettre au-dessus de tous les privilèges, et lui adjoignit, pour l’aider dans ses recherches, le notaire Léon, Pannonien d’un naturel farouche. Fort du blanc seing impérial, Maximin se donna carrière, et porta bientôt la terreur au sein de toutes les familles de Rome. Quiconque était convaincu d’avoir atteint ou seulement poursuivi un but difficile, se vit accusé d’avoir employé des arts illicites pour y parvenir. Des femmes étaient traînées au supplice pour avoir cherché un mariage avantageux ; des dignitaires disgraciés, pour

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avoir recommandé aux aruspices d’intéresser les Dieux en leur faveur. Aucun moyen de police, d’ailleurs, n’était négligé. Un filet toujours tendu à la porte du prétoire attendait les dénonciations anonymes; des espions pénétraient dans les maisons; des agents provocateurs se mêlaient à tous les groupes populaires. Maximin lui-même, du haut de son siège, poussait les accusés à se livrer réciproquement, en les séduisant par des promesses, qu’il éludait ensuite au moyen de fraudes cruelles. Ainsi, il avait promis à l’un d’eux, s’il consentait à parler, de ne le punir ni par le fer, ni par le feu; quand il lui eut arraché des aveux, il le fit périr sous les coups d’un fouet chargé de balles de plomb. « Personne, disait-il insolemment, ne doit se flatter d’être innocent quand je veux qu’il soit coupable 1 . »

Le sénat, la cité, terrifiés, tournèrent des regards suppliants vers l’empereur. Pour ne point l’irriter en mettant en doute la réalité des rapports auxquels il avait ajouté foi, on le conjura seulement de suspendre les poursuites et d’accorder aux criminels repentants une amnistie générale. Yalentinien s’y refusa avec hauteur. « Vous n’y songez -pas, pères conscrits, dit-il; l’indul- 1 gence déshonore ceux qu’elle délivre : elle ôte la peine, mais non la honte. Faire amnistie au sénat, ce serait condamner le sénat entier*. » Il se borna à permettre

\. Amm. Marc., xxvm, 1.

2. Cod. Theod., ix, t. 10, 1. 10; t. 38, 1. 5. Indulgentia, Patres

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aux familles sénatoriales incriminées d’en appeler de son préfet à lui-même. La faveur n’était pas grande et les accusés ne gagnèrent guère au change. Le jeune Lollianus, fils de l’ancien préfet Lampade, qui s’était fait, par étourderie, initier à des arts magiques, voulut user de la permission. « C’est bien, dit Valentinien , je l’enverrai de la fumée à la flamme. » Et il lui désigna un nouveau juge qui le condamna à mort sans délai. Une autre fois, il remit le sort d’un appelant au sénat lui-même; mais le sénat n’ayant prononcé que la peine de l’exil, il laissa éclater une grande colère, déclarant qu’on faisait de l’indulgence à ses dépens et au détriment de son autorité.

La situation de la ville devint si pénible, que les personnages les plus importants, Prétextât, Vénustus, Minervius, se décidèrent à se rendre à la cour en députation, pour implorer la clémence de l’empereur. Vaincu par leurs instances, Valentinien consentit enfin à retirer Maximin de Rome, mais ce fut pour l’appeler auprès de lui, en qualité de préfet des Gaules. Le sénat respira : sa joie fut de courte durée. Maximin, en effet, maître plus que jamais de la confiance impériale, ne tarda pas à se faire remplacer par des agents de son choix, qui se chargèrent de poursuivre ses vengeances. 11 continua, dit Ammien Marcellin, à tuer à distance.

Conscripti, quos libérât notât, noc infaniiæ criminis, sed pœnægratiam ïacit... Qui indulgcntiam scnatui dat, daranat scnatum. — Amm. Marc.,

loc. cit.

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De nouveaux chefs d’accusation remplaçaient celui de magie, dont l’effet était sans doute épuisé. Ce fut pour soupçon (peut-être fondé) d’adultère, que des matrones, de grandes dames, et bientôt de hauts magistrats, furent arrêtés et exécutés presque sans forme de procès. La mort suivait de si près les poursuites, qu’une femme illustre, du nom d’Hésychie, se voyant accusée, se décida dès le soir de sa mise en cause à s’étouffer ellemême sous les plumes de son oreiller. Une autre , Anepsie, alliée de Maximin lui-même, induite par lui à dénoncer son complice, n’obtint pas même la vie au prix de l’honneur 1 .

Maximin étant chrétien déclaré, tandis que la majorité du sénat appartenait au vieux culte, et les faits incriminés étant de la nature de ceux que la loi chrétienne réprouvait le plus sévèrement, il était à craindre que l’Église ne portât cette fois encore, comme au temps de Constance, la responsabilité et l’odieux de cruautés ignorées d’elle, mais commises en son nom.

Un heureux concours de circonstances prévint cette confusion. D’une part, en effet, soit jalousie de pouvoir, soit persévérance dans une ligne de conduite sincèrement adoptée, Valentinien mit le plus grand soin à ôter lui-même aux condamnations qu’il sanctionnait toute apparence de persécution religieuse. En poursuivant la * magie, il entendait toujours respecter le culte public

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