S. Bas., Ep., cxcvn
2G2 LA BATAILLE d’àNDIUNOPLE.
d. L’action bienfaisante du clergé chrétien et la con-
dance qu’elle inspirait aux populations au milieu des calamités de l’empire, furent bientôt sensibles dans une occasion encore plus éclatante : ce fut lorsqu’une terrible révolte faillit, au commencement de 373, faire échapper toute la province d’Afrique à la domination romaine. Valentinien s’attira lui-même ce péril par un mélange très-malheureux de faiblesse et de dureté. Dès le début de son règne, il avait reçu une députation d’Afrique qui lui dénonçait des faits graves contre Romain, comte de cette province. Les habitants de Sepli se plaignaient qu’attaqués par la tribu des Auxuriens, ils n’eussent point été secourus à temps, ni suffisamment par le comte. « Romain, disaient-ils, arrivé à la tête de ses troupes jusqu’aux portes de la ville menacée, avait refusé de la prendre sous sa garde, à moins qu’on ne ne lui fournît des vivres et des bêtes de transport en quantité fort supérieure aux besoins de l’armée; et faute de pouvoir subvenir à ces exigences, la contrée Tripolitaine tout entière s’était vue abandonnée sans défense aux mauvais traitements des Barbares. « Une enquête fut ordonnée, mais le soin en fut confié à des agents infidèles, qui se laissèrent eux-mêmes, soit gagner, soit intimider par le comte, et Valentinien, ajoutant une foi entière au rapport que ces fonctionnaires coupables ou complices lui envoyaient, fit tomber le poids de sa colère sur les dénonciateurs. Les bourgeois de Septi qui avaient porté la parole auprès de l’empereur
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furent envoyés à la mort et condamnés au supplice des délateurs, c’est-à-dire à avoir la langue coupée 1 .
Huit années s’écoulèrent pendant lesquelles Romain put se livrer sans contrôle à ses penchants cruels et cupides. Il rançonna et opprima l'Afrique à sa fantaisie. Enfin Valentinien fut averti tardivement par la révélation d’un mourant qu’il avait été dupe de la complicité de ses agents, et qu’il avait sacrifié l’innocent au coupable. Au lieu de laisser tomber dans l’oubli une faute passée et d’enlever seulement, sans délai, à Romain le pouvoir dont il abusait, il envoya brusquement à la mort les deux magistrats Rémi et Pallade, dont le témoignage l’avait trompé, et qui étaient alors à sa cour; mais il ajourna la destitution de Romain, ne voulant pas se donner trop ouvertement tort devant les populations africaines. Cette justice imparfaite fut bientôt connue en Afrique, et elle encouragea tous les mécontents à tenter de compléter leur vengeance en se délivrant du comte lui-môme. Ces mécontents étaient fort nombreux et de diverses sortes ; la population des villes se plaignait d’être en proie à des exactions qui la ruinaient; les légions romaines accusaient leurs chefs de faire des profits illicites sur leur solde et leurs fournitures, et de les laisser dans le dénûment. Les petits souverains des tribus maures habitant les flancs de l’Atlas, accoutumés à jouir, sous la suzeraineté ro-