‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 62 sur 111 · Auun. Marc., xxvii, 9; xxvm, G · texte numérisé non relu

Auun. Marc., xxvii, 9; xxvm, G

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maine, d’une liberté nécessaire à leur mode d’existence, s’indignaient de voir accroître sans mesure et sans règle les redevances auxquelles ils étaient assujettis. Enfin, la secte des Donatistes, toujours puissante en Afrique, malgré ses divisions intérieures, et redoutable surtout par l’appui des farouches et rustiques Circoncellions, soupçonnait le comte Romain de vouloir lui retirer, pour plaire à un souverain orthodoxe, la liberté que Julien lui avait rendue. Une discussion régulière établie entre leur principal évêque, Parménien de Carthage, et le vénérable Optât de Milève, qui portait la parole au nom des catholiques, avait laissé entrevoir chez ceux-ci une confiance dans l’appui du pouvoir séculier qui inquiétait les schismatiques (d’ailleurs fort turbulents de leur nature), sur les dispositions du magistrat suprême de la province *.

1. Amm. Marc., xxvm, G. — Opt. Mil., 1. 1 , p. 34, 35; 1. m, p. 64. — L’évêque orthodoxe d’Afrique s’exprime dans ce dernier passage ' avec une confiance singulièrement exagérée dans l’appui du pouvoir impérial : « Non enim, dit-il en reprochant aux Donatistes leur résistance aux ordres des empereurs, respublica est in Ecclesia, sed Ecclesia in republica est, id est in imperio romano, quod Libanum appcllat Christus in Canticis canticorum, cum dicit : Veni, sponsa mea, veni a Libano, id est de imperio romano... Merito Paulus docet orandum esse pro regibus et potestatibus, etiam si talis esset imperator qui gentiliter viveret. Quanto quod Christianus, quanto quod Deum timet, quanto quod religiosus? « 11 faut remarquer, à la justification d’Optat, que les hérétiques d’Afrique joignaient à leurs dissidences religieuses beaucoup de méfaits contre les lois ordinaires de l’empire, et même contre celles de toutes les nations civilisées. Optât écrivait après la mort de Julien et moins de soixante-dix ans après la persécution de Dioclétien, qui finit en 305 (1. i, p. 39, et 1. h, p. 5S). C’est donc entre 370 et 375 que son livre fut composé. — Voir, sur la secte des Dona-

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Toutes ces causes (le troubles n’attendaient qu’une occasion pour éclater. Ce signal fut donné, comme au temps de Jugurtha, par une querelle domestique survenue dans la famille d’un des chefs tributaires de la montagne. A la mort du roi Nubel, ses fils se disputèrent la faveur toute-puissante du préfet de Rome. L’un d’entre eux, Zamma, ayant su gagner la prédilection du comte Romain, c’en fut assez pour exciter la jalousie de ses frères, et en particulier de l’aîné, Firmus, qui n’hésita pas à se défaire de lui en l’assassinant. Firmus ne se croyant pas en sûreté après ce méfait, appela hardiment toutes les tribus à la révolte. Il osa même davantage : au moyen d’intelligences pratiquées dans les légions mécontentes, il se procura l’appui de quelques cohortes romaines, qui, pour déguiser l’odieux de leur désertion, donnèrent à leur barbare élu le nom d’Auguste. Un tribun lui mit sur la tête un collier en guise de diadème, et, dans ce bizarre appareil, le Maure, suivi de sa cavalerie renommée et des cohortes défectionnaires, s’avança à travers la Mauritanie, ravageant tout sur son passage. Toutes les villes de la côte, Julia Cæsarea, Icosium (Cherchell et Alger), lui cédèrent l’une après l’autre; celle de Rucate (aujourd’hui Philippeville), lui fut livrée par l’évêque des Donatistes, en échange de la

tistes, la première partie de cette histoire, 1. 1 , chap. ir, passim, et seconde partie, t. n, p. 134-13(5, 181,ctRibbeck, Donatus und Augustinus; Elberfeld, 1857, t. i, p. 150-200.

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permission qu’il donna à ces hérétiques de piller et de chasser les catholiques *.

Quand ces nouvelles arrivèrent cà Trêves, elles jetèrent Valentinien dans la plus grande perplexité. Un fait aussi grave que la trahison de légions romaines et la profanation des insignes impériaux appelait un châtiment exemplaire que la main de l’empereur seule semblait pouvoir infliger. Mais les menaces persistantes des Germains, que toute son activité suffisait à peine à contenir, ne lui permettaient pas de perdre de vue la frontière toujours agitée du Nord. 11 fallait, coûte que coûte, se décider à se faire remplacer en Afrique, dût celte délégation servir la gloire et par suite préparer l’élévation d’un rival. Cette nécessité une fois reconnue, le patriotisme de Valentinien l’accepta sans hésitation, et ne consultant que le bien public, il fit choix pour le commandement des troupes qu’il devait envoyer en Afrique, du général le plus distingué qui fût à scs ordres. C’était le maître de la cavalerie, le comte Théodose, issu d’une famille d’Espagne qui aimait à se rattacher à la race Ulpienne et au souvenir de Trajan. Il venait de s’illustrer en affranchissant la Bretagne des attaques des Pietés, et en formant au sud de celte contrée une nouvelle province romaine qui reçut le nom de Valentie.

1. Amm. Marc-, xxix, 5. — Aurèi. Vict., Epi!., 45. — Zos., iv, 10. — S. Aug., Ep., lxxxvh, § 10. « Non dixerim... de llucatensi episcopo vestro, qui cum Firmo pactus perhibetur incolumitatem suorum, ut ci porta' aperirentur, et in vastationcm darentur catholiri. »

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Outre cette origine royale et cette gloire personnelle, bien faites pour donner de l’ombrage à un souverain, un autre avantage que Valentinien pouvait envier à Théodose rendait le choix de sa part plus méritoire : Théodose avait à ses côtés un jeune fils âgé de vingt-quatre ans, nourri dans les camps, qui n’avait jamais quitté son père et promettait de le surpasser. Valentinien n’ignorait pas la comparaison que les soldats allaient faire entre ce brillant jeune homme et le débile Gralien, honnête et studieux adolescent qui n’annonçait ni goût ni aptitude pour la guerre.

Malgré ces sujets de jalousie, il n’en donna pas moins au comte Théodose tous les moyens de courir promptement à la victoire. Les troupes disponibles de la Pannonie et de la Mœsie furent mises à ses ordres et vinrent rejoindre à Arles, lieu fixé pour le rendezvous général, les légions de Gaule. Les forces réunies furent embarquées à Marseille, firent voile sans délai ét

prirent terre au port de Dgilgitane (Djigelli), dans la partie de la province d’Afrique nommée Mauritanie Sitifenne. Le comte Romain vint sur-le-champ à la rencontre de l’armée. Théodose ne voulant ni partager l’impopularité de ce magistrat, ni accroître ses propres difficultés en se mettant en hostilité ouverte avec lui, lui adressa en public quelques reproches, et se borna à le faire garder à vue. Mais, comme pour bien établir le contraste de la nouvelle et de l’ancienne administra-

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(ion, il déclara qu’il n’exigerait des habitants soumis aucune prestation de vivres pour son armée. Il se réservait de la nourrir aux dépens des provisions réunies par l’ennemi dans des places fortes, et de ces vastes amas de blé que les Maures, comme les Arabes de nos jours, avaient l’habitude de former au temps de la récolte et de dérober ensuite aux regards des hommes et aux injures de la saison, en les enfouissant dans la terre 1 .

La chaleur était extrême, le sol partout brûlé, et les troupes pannoniennes souffraient cruellement d’un si brusque changement de climat. Théodose lui-même, malgré sa longue expérience de la guerre, s’inquiétait d’avoir à combattre, dans un pays coupé de toutes parts par des vallons et des montagnes, un ennemi que ses habitudes nomades et l’excellence connue de sa cavalerie rendaient plus redoutable encore dans la fuite que dans le combat. Gomme il était sur le point de se mettre en campagne, le rebelle Firmus lui envoya une députation, pour expliquer sa révolte par les injustices dont il avait été victime, et offrir sa soumission si on voulait lui laisser sa souveraineté héréditaire. Théodose ne refusa pas d’entendre les députés, mais exigea, avant de s’engagera aucune concession, que des otages lui fussent remis. Pendant que les députés retournaient au camp de Firmus porter sa réponse, il achevait lui-même le recrutement de corps indigènes avec lesquels il voulait

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