Amm. Marc., loc. cit
2. « Coronara sacerdotal em, cum cæteris quæ interceperat, nihilcunctatus restituit, ut præceptum est. » — M. Dureau de la Malle, par une fausse interprétation d’un texte d’Ammieo Marcellin, suppose que cette couronne avait été portée par un évûque chrétien.
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nomme Tigavie, furent amenées, chargées de chaînes, dans une vaste plaine, aux yeux de toute l’armée; puis Théodose sortant de sa tente et s’adressant aux légions : « Fidèles camarades, leur dit-il, que pensez-vous qu’on doive faire de ces scélérats et de ces traîtres? » Un cri s’éleva de toutes parts, demandant leur mort. Théodose fit exécuter la sentence avec toute la rigueur des supplices antiques. Officiers et soldats eurent la tète tranchée. Mais, à la grande surprise du général, comme à celle de son narrateur enthousiaste, Ammien Marcellin, quand l’holocause fut accompli, l’indignation contre le crime fit place à la pitié pour les victimes. Tant de sang, et le sang de compatriotes, répandu pour une seule faute ! Vainement les souvenirs des grands justiciers de la république, des Manlius, des Décius, des Curion, furent -ils invoqués. Ammien déplore la mollesse des âmes incapables de s’élever à la hauteur de si grands exemples. Une autre cause encore, que le vertueux païen ne comprenait pas, plaidait pour les coupables dans le cœur des bourreaux. Depuis que les hommes se sentaient tous dignes de châtiment et avaient tous soif de miséricorde, depuis qu’ils adoraient le supplicié du Calvaire, ils ne pouvaient voir sans frémir l’exécution impitoyable même des plus justes sentences.
La vengeance de Théodose s’étendit à toutes les populations qui avaient participé à la rébellion, au moins par leur trop prompte soumission. Parcourant
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toute la côte, depuis Rusucucurra (aujourd’hui Dellys) jusqu’à Icosium et Cæsaréa (Alger et Cherchell), il ordonna partout des exécutions propres à laisser un long souvenir. Des décurions, soupçonnés d’avoir favorisé la révolte de leurs cités, furent brûlés vifs, en place publique. Le fisc prétendit reprendre sur la municipalité de Cæsaréa les deniers trouvés dans la caisse par les rebelles et emportés par eux; mais l’évêque Clément, préludant au métier de défenseur, que l’avenir réservait à ses successeurs, se fit auprès de l’empereur l’interprète du désespoir des pauvres curiales menacés de ruine. Valentinien eut égard à sa demande, et mit tin aux représailles. Clément, disait quelques années plus tard le païen Symmaque luimême, pourvut, dans cette occasion, autant à la bonne renommée de notre âge qu’à la sécurité de ses concitoyens 1 .
Une fois la défection châtiée, et tout ce qui était romain soumis à Rome, l’expédition avait atteint son principal but et paraissait avoir triomphé des plus grandes difficultés. Théodose cependant, qui, pour obtenir cet important résultat, avait consenti à se contenter des excuses insuffisantes du roi maure, n’avait nul dessein, une fois redevenu maître de ses mouvements, de le laisser jouir d’une impunité de mauvais exemple. Dès que scs troupes eurent pris quelque repos, il saisit,
1. Symmaque, Ep., 1. i, 9i. « Qucm ego non minus famæ sæculi quam civium securi;ati commodasse dkerim. »
pour se remettre en campagne, le premier prétexte qu’il trouva, et que d’ailleurs le naturel turbulent des populations ne lui fit pas longtemps attendre. Franchissant le mont Ancorarius (l’un des points de la petite chaîne de l’Atlas, qui avoisine le plus la mer), il vint chercher Firmus dans le territoire de la tribu des Isaffliens , où celui-ci s’était retiré. Ce ne fut pas cette fois l’affaire d’un jour; il ne'lui fallut pas moins de dixhuit mois et de trois expéditions pour rétablir partout la terreur du nom romain. Ses mouvements étaient compliqués par le parti qu’il avait pris de ne pas lever de contributions sur la contrée, ce qui, joint à l’impossibilité de transporter des convois suffisants pour une campagne entière, l’obligeait à ne faire que des pointes assez courtes dans l’intérieur, et à revenir promptement se ravitailler sur les bords de la mer ou dans les villes fortifiées. Il rayonna ainsi d’abord vers l’ouest, sur l’autre versant du mont Ancorarius, dans les plaines qui s’étendent entre les deux possessions françaises d’aujourd’hui, Milianah et Orléansville ; puis vers le sud, à travers la chaîne des monts Caprariens, le massif abrupte qui domine la ville actuelle de Boghar. Entraînée celte fois plus avant que de coutume, en poussant devant elle l’ennemi qui fuyait, l’armée romaine arriva jusqu’aux limites de cette région inculte, mais non inhabitée , incessamment parcourue au contraire par des populations nomades, et parsemée d’oasis fertiles, que les géographes ont si improprement nommée le
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grand désert. Là, pour la première fois, un spectacle étrange frappa ses yeux. A l’appui des rebelles fugitifs, une immense multitude, au visage hideux et à l’aspect farouche, était accourue. C’étaient les tribus nègres du centre de l’Afrique, soudainement éveillées par le bruit des armes, qui se précipitaient au-devant de l’envahisseur inconnu de leur territoire. Leurs masses confuses, leurs têtes difformes, surmontées de chevelures crépues, leurs cris inarticulés pénétraient les légions de terreur. Théodose n’osa les attaquer de front, et se détournant prudemment comme pour s’emparer d’une ville où Firmus avait déposé quelques prisonniers romains non encore restitués, il laissa le temps à cette multitude confuse de se dissiper. Mais Firmus , prolitant luimême de ce mouvement, trouva moyen de s’échapper et de regagner vers l’est les montagnes plus voisines de la mer, où l’insurrection avait pris naissance, et qui semblent destinées par la nature à fournir, en tout temps, un asile aux résistances désespérées. Ce fut dans cette retraite, alors occupée par la tribu des Isaffliens, et de nos jours habitée par les Kabyles, qui s’y sont défendus si longtemps contre nos armes, que Théodose dut aller le relancer par une troisième campagne,
au début de 375. Jusqu’au dernier moment, Firmus tint bon, essayant même, au milieu des combats, de provoquer les troupes romaines à la défection. « C’est le moment, leur disait-il : assurez votre liberté en me livrant celui qui vous décime par des supplices barv. 4 8
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bares. » Ces provocations trouvaient encore, à ce qu’il paraît, quelque écho ; car dans la nuit qui s’écoula entre la première bataille et la seconde. Théodose dut procéder de nouveau à de sanglantes exécutions destinées à faire justice de quelques traîtres et à frapper de terreur l’armée entière. Accablés enfin par la supériorité, non du nombre, mais des armes, les Isaffliens plièrent, et Firmus, averti que son hôte, le roi Igmazen, cédant à la fortune, allait le livrer à la vengeance des Romains pour faire sa paix avec eux, prit le parti de s’étrangler lui-même dans sa tente. Igmazen ne voulut pourtant pas perdre le profit de sa trahison, et conduisit en grande pompe le cadavre de son allié à la tente de Théodose. Théodose le montra à toute l’armée, en demandant aux soldats s’ils reconnaissaient bien celui qui avait tenté de les séduire. Puis il reprit la route de Sétif, où il rentra en vainqueur et où les débris d’un arc de triomphe portant les noms mutilés de Valentinien et de Théodose, demeurent encore aujourd’hui comme le monument de ce grand fait d’armes 1 .
1. La campagne de Théodose dans l’Afrique d’alors, qui est l’Algérie d’aujourd’hui, a naturellement attiré dans ces derniers temps l’attention des antiquaires ou des militaires qui étudient, au point de vue historique, les provinces conquises par nos armes. Il y a quelques années, M. Dureau de la Malle, dans un petit ouvrage intitulé : Manuel algérien, avait déjà enrichi tout ce passage d’Ammien Marcellin de notes fort curieuses. Mais la régence n’était pas alors pleinement soumise, et des erreurs inévitables, résultat d’une connaissance imparfaite des lieux, s’étaient glissées dans ce travail. Tout dernièrement, M. le capitaine d’état-major Nau de Champlouis, aidé par son collègue M. M ac- Cartby (dont les travaux d’archéologie sont honorablement connus en
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Mais le temps n’était plus où l’empire pouvait jouir en paix du triomphe de ses généraux. Au moment même où l’Afrique rentrait dans l’ordre à l’aide des troupes que la Pannonie avait fournies, c’était le tour de cette riche contrée elle -même de passer par les horreurs de l’invasion et de l’anarchie. Un fait déplorable, un trait de lâché trahison auquel l’orgueil romain n’avait pas dédaigné de descendre, déchaînait sur cette province la juste indignation de ses voisins barbares. Valentinien, poursuivant son plan d’élever sur toutes ses frontières septentrionales une chaîne de citadelles reliées entre elles et gardant tous les points de passage des fleuves, ne se faisait nul scrupule, dans le choix des emplacements, de dépasser la limite, d’ailleurs assez mal déûnie, du territoire de l’empire. C’est ainsi qu’il avait jeté au delà du Danube, sur le domaine de la nation des Quades, les fondements de deux forteresses qui devaient commander toutes les plaines environnantes. Les Quades voyant dans cet envahisse-' ment un attentat à leur indépendance, firent des représentations au maître de la cavalerie Équitius, qui diri-
Algérie, a bien voulu, sur ma demande, recommencer cette étude avec les renseignements le plus récemment obtenus. Dans un mémoire quMl a eu l’obligeance de me remettre, il a déterminé d’une manière qui me paraît pleinement satisfaisante les suites des marches et contre-marches de Théodose pendant scs diverses expéditions. Les bornes de cette histoire ne me permettent d’offrir ici qu’un résumé très-incomplet de ce travail qui sera, j’espère, livré à la publicité. L’inscription relative à la victoire de Théodose a été trouvée à Sétif par M. Léon Renier, de l’Institut, et figure dans le recueil des inscriptions romaines en Algérie publié par ce savant archéologue.
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gcait les constructions. Celui-ci les accueillit avec faveur, leur promit de solliciter de nouveaux ordres et interrompit en attendant les travaux. Mais quand la demande parvint à l’empereur, le farouche Maximin, qui ne le quittait pas, croyant qu’on pouvait traiter des barbares comme des sénateurs, s’emporta contre la lâcheté d’Équitius : « Mettez seulement mon fils Marcellin à la tête de la province, et je vous garantis, dit-il à l’empereur, que vous aurez l’an prochain vos deux citadelles debout. » Valentinien se laissa persuader ce qu’il avait le désir de croire, et accorda au fils la faveur sollicitée par le père. « Il était de la sagesse de Dieu, ajoute à ce sujet le sage Tillemont, que celui qui par sa cruauté avait fait faire tant de fautes à Valentinien, fût la première cause de la punition que sa justice en voulait faire 1 . »
Marcellin, à peine arrivé sur les lieux, fit reprendre et hâter avec ostentation les travaux interrompus. Les Quades, au désespoir, envoyèrent alors leur chef luimême (qu’Ammien nomme Gabinius) auprès du jeune commandant, pour le conjurer de s’arrêter et de ne pas compromettre leurs relations de bon voisinage. Marcellin fit bon accueil au petit roi, l’invita à sa table, l’entretint avec complaisance; puis, au moment où le repas était fini, il le fit, en guet-apens, égorger sous ses yeux s .
« C’était là, dit Ammien, môme pour des barbares,