‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 66 sur 111 · Erat ut barbaris ratio justa qucrelarum · texte numérisé non relu

Erat ut barbaris ratio justa qucrelarum

victoire commune, et qui, bien qu’ayant à peine de la „ barbe au menton, avait obtenu la faveur de faire en Mœsie le premier essai de son indépendance 1 .

Ce ne fut point à Trêves que Valentinien fut informé du désastre : il était à Bâle lorsqu’il en reçut le récit, écrit tout entier de la main du préfet Probus. Son instinct, cette fois encore, eût été de courir sur-le-champ au lieu du péril , mais force lui fut de nouveau de patienter et d’attendre, parce qu’il avait sur le Rhin d’autres barbares à tenir en respect. L’hiver s’avançait d’ailleurs, et, dans cette saison de l’année, les routes n’eussent pas été praticables. Ce ne fut qu’au printemps de l’année 375 qu’il put enfin venir au secours de sa province envahie. 11 partit alors, faisant route avec grande célérité, quoiqu’il se fut fait accompagner par sa femme Justine et par un fils qu’elle lui avait donné, et qui était à peine âgé de trois ans. Il laissait derrière lui trois filles plus jeunes encore. Le spectacle d’impuissance prolongée qu’il venait de donner l’avait jeté dans une incroyable irritation. Jamais son humeur n’avait paru si impatiente et si farouche. A. l’entrée de la province de Pannonie, il reçut des députés des Sarmates, qui venaient se disculper de toute participation à l’invasion. Valentinien les laissa pleurer à ses pieds pendant assez longtemps. « C’est bien, leur dit-il enfin en les congédiant : quand nous serons sur les lieux, nous ver-

i. Amm. Marc., xxix, 0. — Dux Mu'siæ junior, primæ etiam lanuginis juveuis.

rons ce qu’il y a de vrai dans tout ce que vous me dites. » Puis il vint s’établir à Carnonte, ville pauvre et déserte, mais dont la situation sur le Danube lui semblait favorable pour y rassembler toutes les ressources nécessaires à son expédition.

Il n’y passa pas moins de trois mois , et trouva , au milieu de ses préparatifs, le temps de faire le procès à ses agents, et de rechercher auquel d’entre eux il devait s’en prendre du malheur public. Chose étrange, il en accusait moins la fourbe téméraire du jeune Marcellin que la négligence et la maladresse de Probus. Ses soupçons, sa colère, tombaient principalement sur cet illustre chrétien, qui, à la vérité, ne méritait guère d’intérêt, ayant plus d’une fois consenti à satisfaire, aux dépens de la justice, les âpres velléités de l’empereur. Yalentinien écoutait, provoquait même contre lui toutes les dénonciations.

Ainsi Probus, pour se justifier, ayant produit une députation d’Épire qui venait offrir les vœux de cette province et se louait de l’état de l’administration, l’empereur prit à part le chef des députés pour lui demander si ce témoignage était bien sincère. Par hasard son interlocuteur se trouva être un philosophe grec et païen, qui ne pouvait manquer une occasion si inopinément offerte de nuire au plus puissant chrétien d’Occident : « Ne voyez-vous pas, dit-il tout bas à l’empereur, que nous parlons ici comme contraints et forcés, et qu’au fond l’administration de cet homme mécontente tout le

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monde? » Valentinien, toujours en défiance contre ses coreligionnaires, prêta foi à cetle dénonciation intéressée, et Probus put remarquer chez lui un redoublement sinistre de mécontentement. Vainement essaya-t-il de le fléchir en assistant lui- même peu de jours après au supplice d’un notaire accusé d’avoir tué un âne dont le cadavre avait dû servir à des maléfices magiques dirigés contre la personne de l’empereur 1 .

Valentinien trouva encore une autre occasion de donner, même au milieu des périls de l’empire, une démonstration de cette impartialité hautaine en matière religieuse qu’il regardait comme l’apanage propre du pouvoir impérial. Les évêques orthodoxes d’il— lyrie que leur voisinage de l’Orient tenait au courant du triste état de l’Église d’Asie, crurent pouvoir profiter de la présence de l’empereur pour lui demander de tendre une main secourable à leurs malheureux coreligionnaires. Ils se réunirent, dressèrent une profession de foi conforme à la foi de Nicée , et vinrent la présenter à Valentinien ; ils le prièrent de la faire parvenir lui-même en Orient, et d’y apposer le sceau de cette autorité impériale, qui, alors même qu’elle était divisée en fait, demeurait toujours indivisible en principe, et permettait par conséquent à chacun de ceux qui la possédaient en commun, de se mêler, au besoin, des affaires de tous. Valentinien ne s’y refusa pas, mais en communiquant la décision des évêques illyriens aux

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