‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 72 sur 111 · Amm. Marc. — Soc. — Soz. — Philost. — Zos., loc. cit · texte numérisé non relu

Amm. Marc. — Soc. — Soz. — Philost. — Zos., loc. cit

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réhabilitée par le néoplatonisme, pouvait offrir plus d’un trait de ressemblance avec la sorcellerie. Le jour d’une terrible réaction, qui menaçait depuis dix ans, et que la modération des vainqueurs avait seule retardée, ' se leva donc enfin pour tous les amis survivants du dernier César païen. Les sophistes, les rhéteurs so virent partout poursuivis et traînés au supplice. L’illustre Maxime, qui, grâce à la bienveillance du préfet de l’Asie Mineure, avait pu reprendre le cours de ses leçons, et étaler de nouveau aux yeux des populations le luxe dont il avait pris l’habitude sous Julien, fut arraché de son palais d’Éphèse et amené devant l’empereur à Antioche pour y subir un interrogatoire. Renvoyé libre parce qu’aucun fait positif n’avait pu être allégué contre lui, il n’en eut pas moins, au retour, la tête tranchée sans aucune forme de jugement. Un autre sophiste également renommé, Simonide, fut brûlé vif. Enfin le conseiller même de Julien, celui qui l’avait aidé dans sa tentative infructueuse pour reconstruire le temple de Jérusalem, Àlypius, malgré les hautes dignités qu’il avait gérées, fut livré au bourreau avec son fils, comme trop bien initié à tous les secrets de l’art théurgique.

Aucune éloquence ne vint, celte fois, en aide aux victimes. Car Thémistius, le seul rhéteur qui eût l’oreille de Yalens, était retenu à Constantinople. Son émule, l’orateur en renom d’Antioche, Libanius, n’avait pas le même art pour plaire au souverain. Va-

lens ne goûtait pas sa faconde un peu prolixe, et luimême avoue, non sans quelque dépit, que, quand il parlait devant l’empereur, on renvoyait souvent au lendemain la fin de son discours, et que quelquefois ce lendemain n’arrivait jamais. Ce fut tout au plus s’il put sauver de l’orage sa propre tète; car il fut constaté qu’il avait fait usage du trépied magique afin de se faire indiquer le régime à suivre pour quelques infirmités dont il était atteint. Il devait d’ailleurs être assez mal en grâce auprès du rhéteur chrétien Héliodore, dont Yalens prenait toujours les conseils et qui ne cessait de l’exciter à la sévérité. Quand Héliodore mourut, Yalens voulut que ses courtisans suivissent ses funérailles tête nue, pieds nus, les mains jointes, et il exprima le regret de n’en pouvoir faire lui-même autant 1 .

Les magiciens, ou ceux qui étaient réputés tels, se voyant ainsi poursuivis de toutes parts, se vengèrent en silence par les moyens insaisissables de leur art. A partir de cette époque, en effet, commencèrent à circuler sur le sort futur de Yalens les plus sinistres prédictions, sortant des officines de la sorcellerie. On disait tout bas qu’il allait mourir et d’une mort étrange : brûlé vif comme quelques-unes de ses victimes. Un vaste bain, nommé bain de Valons, parce que c’était le souverain

1. Amm. Marc. — Soc. — Soz. — Philost. — Zos., loc. cit . — Liban. I)e rila sua, p. 48, 52, 50, 57.' — Eunap., Vit. Soph. Maximus. Eunapo donne un récit de toute cette crise fort différent de celui des autres historiens, et destiné à faire honneur à Maxime aux dépens de lu vérité.

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qui l’avait fait construire, et où l’on entassait incessamment du bois pour alimenter le foyer, était devenu l’objet d’allusions et de plaisanteries populaires : « Voilà Valons qui chauffe, » disait-on.

La colère du prince n’en devint que plus vive, et des personnes sa sévérité s’étendit bientôt jusqu’aux livres et aux écrits. On fit une recherche exacte de tous les livres contenant des formules, des recettes ou des prescriptions magiques, et tous les environs d’Antioche étaient pleins de soldats employés à ces perquisitions. Aussi les détenteurs s’empressaient-ils de se défaire de ces écrits suspects par tous les moyens : on les brûlait, on les jetait à la rivière. Un jeune chrétien, du nom de Jean, qui faisait partie du troupeau de Flavien, se promenant avec un de ses amis sur les bords de l’Oronte, aperçut par hasard un de ces volumes flottant à la surface du fleuve. Par un mouvement de curiosité, les deux amis ramassèrent le livre, et ils se divertissaient à en faire lecture , lorsqu’ils virent un soldat qui venait vers eux. Leur terreur fut grande; car ils n’avaient pas le temps de rejeter le livre à l’eau sans être aperçus. L’un d’entre eux le cacha sous ses habits, et pendant que son compagnon détournait l’attention du soldat, il trouva manière de le laisser glisser insensiblement derrière lui. Un faux mouvement pouvait les perdre, et s’ils avaient été surpris, ne pouvant fournir des explications suffisantes, c’était le futur archevêque de Constantinople, c’était la

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Douche d’or, dont les accents devaient retentir jusqu’à la dernière postérité chrétienne, qui périssait inconnu à vingt ans sur un soupçon de sorcellerie 1 2 !

Tout entier à ces recherches importantes, Yalens laissait de plus en plus flotter les rênes de son empire : ni les incursions des Sarrasins, qui se ruaient de l’Arabie sur la Palestine, et arrivaient sans obstacle jusqu’aux portes mêmes de la Syrie, ni celles des Isaures, qui descendaient sur la Cappadoce des retraites montagneuses de la Cilicie, ni les menaces constantes de Sapor ne l’arrachaient à ses préoccupations. Il n’en fut tiré que vers le commencement de 376 par un événement d’une gravité inattendue. Un bruit vague et sinistre se répandit tout d’un coup en Asie. Une race inconnue avait, disait-on, apparu en armes au delà du Danube, sur le territoire occupé par les Golhs; ces nouveaux barbares se précipitaient du fond des marais de la Scythie, cent fois plus farouches et d’un aspect plus hideux que les anciens ennemis de Rome. On ajoutait qu’une lutte sanglante venait de s’engager entre les Goths et ces inconnus, que les Goths étaient vaincus et que tout l’empire d’Athanaric était au pillage. Bientôt une dépêche officielle du préfet de Mœsie vint confirmer toutes ces rumeurs; elle apprit

1. S. Chrys., llom. in Act. Âpost xxxvm (éd. Gaume). t. ix, p. 320. — Amiu. Marc., xxxi, 1.

2. A. D. 376. — Indictio. iv. — U. C. 1129. — Valons. Aug. v, et Valcntinianus. Aug. îx. Coss.

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en même temps qu’une députation des Goths fugitifs, ayant à leur tôle l’évêque Ulfilas, passait le fleuve et demandait asile sur le territoire romain. Les fugitifs étaient porteurs d’une supplique adressée par leurs concitoyens à l’empereur de Rome, par laquelle ils l’informaient de la catastrophe qui les bannissait de leur patrie, et le conjuraient de leur accorder un territoire pour eux et pour leur famille. Ils promettaient d’y vivre en paix, en fidèles sujets de l’empire

La surprise fut au comble à la cour de Yalens. L’événement paraissait incompréhensible : quels étaient ces inconnus devant lesquels tremblaient ceux-là mêmes qui avaient souvent fait reculer les aigles romaines? D’où venaient-ils? De quelles retraites étaient-ils sortis? Quelles étaient leur origine et leurs mœurs? Sur tous ces points la science ethnographique si limitée et si confuse des géographes du temps était prise singulièrement au dépourvu. On savait bien qu’il y avait du côté de l’Orient ou du Nord, aux extrémités du continent barbare, une race de Finnois (Finm), différente de la race germaine et à laquelle Tacite avait consacré quelques lignes dans l’éloquente déclamation connue sous le nom de Germanie. Le géographe Ptolémée avait aussi fait mention de ces Finnois, et donné même le nom d’une de leurs confédérations principales dont il avait essayé de reproduire le son barbare, autant

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