‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 73 sur 111 · Amm. Marc., xxxi, i, 3. — Zos., iv, 20. — Soz., vi · texte numérisé non relu

Amm. Marc., xxxi, i, 3. — Zos., iv, 20. — Soz., vi

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que s’y prêtait l’alphabet grec. Il les nommait les Chou nés, lionnes ou Iluns. Il y en avait, disait-il , de deux espèces : des blancs et des noirs ou plutôt basanés. Les blancs habitaient principalement le versant des monts Ourals qui regarde la mer Caspienne. Les noirs se perdaient dans les profondeurs du septentrion. Des commerçants se rendant dans l’Inde avaient quelquefois fait rencontre dès premiers; d’autres s’enfonçant dans le Nord pour y chercher des fourrures avaient trafiqué avec les Huns noirs. Mais ces relations, étaient rares, toujours périlleuses, et personne ne s’était aventuré jusque dans l’intérieur même des contrées habitées par ces hommes farouches. À plus forte raison, nul n’avait séjourné parmi eux assez pour étudier leurs mœurs. On racontait que leur corps était trapu, leur tête énorme, leur nez affreusement épaté sur leurs joues, leur menton couvert de cicatrices faites tout exprès dès l’enfance pour empêcher la barbe de pousser, qu’ils vivaient à cheval ou sur des chariots, se nourrissaient de racines et de viande séchée sans être cuite, s’habillaient de peaux de rats sauvages, s’armaient de flèches garnies d’os pointus en guise de fer, et ne paraissaient adorer aucune divinité; mais c’était là à peu près tout ce que de vagues renseignements permettaient d’affirmer *.

1. Amm. Marc., xxxi, i, 3. — 1 Tac., Germ., xi.vi. — Ptolémi'c, m,5.— VoirAïuOdiicTIiiciry, Histoire d'Attila et de ses successeurs, 1. 1 , p. 7-10.

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Si la soudaine invasion de celle race, dont l’existence était rejetée jusque-là parmi les fables, paraissait un fait inouï, la proposition qui en était la suite de la part des Goths n’était pas un moindre sujet d’étonnement. A la vérité, en comparaison avec les êtres mystérieux devant lesquels ils fuyaient, les Goths étaient pour les lloipains des gens de connaissance: leurs rapports avec Rome étaient anciens, nombreux, et n’avaient pas toujours été hostiles. Beaucoup d’entre eux servaient dans les légions romaines. Leur grand roi, Hermanaric, avait mis du soin à vivre avec les fils de Constantin dans des relations de politesse et de bon voisinage. Mais, dans ces derniers temps, Witimir et Athanaric, ses fils, délaissant en cela, comme en toutes choses, les traditions de leur père, s’étaient montrés moins soucieux de l’alliance impériale, et l’avaient plus d’une fois compromise par des actes de perfidie. Valons avait eu à les combattre de sa personne. Rien donc ne l’avait préparé à la demande d’hospitalité qui lui était si inopinément adressée par ces redoutables suppliants.

Un lien de communication subsistait pourtant toujours entre l’empire et les Goths dans la personne même de l’évêque Ulfilas, véritable pionnier de la civilisation chrétienne parmi ces barbares. Ulfilas, né chez les Goths, mais descendant d’un captif de Rome, élevé dans l’empire, ordonné prêtre à Nicée, sous les yeux de Constantin, n’était rentré dans sa patrie que

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pour s’y consacrer tout entier à la prédication de l’Évangile. Aucun travail, aucun péril ne l’avait rebuté. Malgré des difficultés sans nombre, et souvent de cruelles persécutions, il avait réussi en trente années à convertir plus d’une moitié de ses compatriotes. Il avait traduit pour eux l’Écriture sainte entière en langue gothique, inventant lui-même des caractères pour fixer les sons jusque-là inarticulés de cet idiome, et ne retranchant de son texte que le livre des Rois où il trouvait, disaitil, trop de récits de guerre pour que la lecture en fût utile à des catéchumènes de nature déjà trop belliqueuse. Resté en communication constante avec les

évêques de Rome, et honoré d’eux comme un apôtre,

Ulfilas était assurément le meilleur intermédiaire que les Goths eussent pu choisir pour négocier une proposition délicate 1 .

C’était lui, d’ailleurs, on le sut bientôt, qui, aidé do ses amis personnels et des nouveaux fidèles convertis par lui dans le conseil des Goths, avait pris l'initiative de la négociation. Pour lui, passer le Danube et s’établir sur le territoire de Rome, c’était la chose du monde la plus simple; il l’avait fait plus d’une fois dans sa vie, soit pour assister à des conciles, soit pour abriter sa tête contre les rigueurs de la persécution; il avait donné plusieurs fois ce conseil à ses néophytes quand leur conversion les exposait au courroux de leur famille, et toujours ces

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