‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 83 sur 111 · Soc., v, G. — Soz., vu · texte numérisé non relu

Soc., v, G. — Soz., vu

Il crut pourtant devoir procéder avec ménagement pour laisser à ses sujets égarés le temps de revenir d’eux-mêmes dans la bonne voie, et à sa propre autorité le temps de s’affermir. Pour le moment, l’essentiel lui parut être de proclamer la résolution qu’il avait prise de rétablir la vraie foi, de manière que chacun pût se tenir pour averti, sauf à aviser plus lard aux moyens de venir à bout des résistances. Mais cette proclamation elle-même présentait quelques difficultés. Comment, en effet, désigner la vraie foi d’une façon assez claire pour ne laisser place à aucune équivoque? On avait abusé de toutes les formules, même de celle de Nicée ; on les avait toutes détournées de leur sens par des interprétations captieuses, et Théodose lui-même n’était pas bien certain de son érudition et de son habileté en ce genre. Il sortit de cet embarras par un procédé simple qui mettait en lumière la qualité principale de son esprit : un grand sens pratique et la promptitude à aller en toutes choses droit au but. Sans se mettre en peine de donner de la foi catholique aucune définition dogmatique, il la désigna, de façon que personne ne pût s’y méprendre, par le moyen de deux noms propres. Elle fut pour lui la foi de l’évêque de Rome et celle de l’évêque d’Alexandrie. Le vicaire de Jésus-Christ et le successeur choisi par Athanase, ce furent là les deux garants de qui il se déclara décidé à recevoir de confiance la doctrine révélée; et il engagea ses peuples à faire comme lui. On ne

pouvait abjurer plus hautement cette prétention de dogmatiser du haut du trône, qui avait été depuis Constantin la manie de tous les empereurs et le fléau de l’empire.

Le 28 février de l’année 380, il promulgua l’édit suivant :

« C’est notre volonté que tous les peuples soumis au gouvernement de notre clémence demeurent dans la religion telle que le divin apôtre Pierre l’a transmise aux Romains, et'telle que la suivent encore aujourd’hui, comme chacun sait, le pontife Datnase et Pierre, évêque d’Alexandrie, homme d’une sainteté apostolique : de telle sorte que, suivant la discipline des apôtres et la doctrine évangélique, nous croyions tous la divinité unique du Père, du Fils et du Saint-Esprit, unis dans une majesté égale et une sainte trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent seuls le nom de chrétiens catholiques, et que tous les autres insensés qui s’en écartent portent l’infamie du nom d’hérétiques ; que leurs réunions ne prennent pas le nom d’Églises, et qu’ils aient à souffrir la punition d’abord de la vindicte divine et ensuite de telle mesure que nous pourrons prendre sous l’inlspiration céleste ‘. »

A cet avertissement général, destiné à tous les fidèles, en était joint un autre plus particulièrement à l’adresse des prêtres : un édit spécial leur fit savoir que

Page 1