‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 92 sur 111 · Or. xxxiit v 5. Ttvlç toü xaîsov Stators C'Oi · texte numérisé non relu

Or. xxxiit v 5. Ttvlç toü xaîsov Stators C'Oi

lui-même à faire cas du zèle plus que de toute autre qualité. Ainsi le jeune Jérôme, dont l'imagination ardente était loin d’être encore calmée, et qui, du fond de son désert de Syrie, avait activement pris parti pour les Pauliniens d’Antioche, se trouvant de passage à Constantinople, Grégoire l’attacha à sa personne et l’employa à faire des recherches pour lui dans les Écritures. Sous ce maître consommé, Jérôme fit de rapides progrès dans la vertu, en même temps qu’il apprit à modérer sa fougue naturelle. Mais un choix moins heureux fut celui d’un prêtre égyptien, appartenant ù la même nuance extrême d’opinion, et qui trompa cruellement la confiance dont Grégoire l’honora.

C’était un néophyte qui avait fait partie dans sa jeunesse de la secte des cyniques, peut-être à l’époque où les disciples de Diogène avaient l’avantage de compter un des leurs sur le trône. Récemment converti au christianisme, puis ordonné prêtre on ne sait par quel évêque, il gardait encore le costume de son ancienne profession : la tunique d’un blanc sale, le bâton classique et la chevelure en désordre. Dans cet appareil qui fixait tous les regards, il assistait régulièrement aux réunions d’Anastasie, se signalant, aux moindres paroles de Grégoire, par des cris d’admiration, auxquels il mêlait de grossières invectives contre les hérétiques. Il se faisait tour à tour appeler Héron ou Maxime, l’un de ces noms étant probablement celui qu’il avait reçu à sa naissance, et l’autre celui de son baptême. Il préten-

dait avoir souffert en Egypte pour la vérité, et montrait les cicatrices de scs blessures.

Tel fut l’étrange disciple que Grégoire, séduit par des protestations de dévouement dont la vivacité même était suspecte, fit l’imprudence d’admettre dans son intimité 1 . •

Les avertissements pourtant ne lui manquèrent pas ; car le personnage déplaisait aux chrétiens, et les plus mauvais bruits circulaient sur son compte. On fit savoir de plusieurs côtés à Grégoire que son favori avait laissé, dans les villes où il avait passé, la réputation d’un débauché; qu’à Corinthe, en particulier, il avait été fort soupçonné de mener à mal des filles d’une communauté formée par ses soins. On ajoutait que le prétendu martyre dont il montrait la trace n’était que le châtiment du fouet, subi dans une cité d’Asie pour quelque vilain méfait. Grégoire était tellement sous le charme qu’il ne voulut rien entendre, et, traitant toutes ces rumeurs de calomnies, il crut au contraire de son devoir de venger publiquement la vertu persécutée. Un jour donc qu’il avait à parler et que Maxime était présent, il choisit pour sujet de discours l’union de la philosophie et de la foi, personnifiée dans son malencontreux ami : Je louerai, dit-il, le philosophe que vous voyez... El je le louerai à bon droit,

i. S. Grég. Naz., Carm. de vit a sua, v. 7à0 et suiv. — S. Jér., de Vins illustribus.

car c’est un sage et moi je suis un ami de la sagesse... Et je ne le louerai pas pour lui plaire (car je sais combien son âme est éloignée du désir des louanges), mais pour ma propre utilité. Viens donc, ô le meilleur et le plus accompli des philosophes, et j’ajouterai des témoins de la vérité!... Viens ici, toi qui sais terrasser la doctrine bâtarde de l’erreur... Viens, toi qui es aussi versé dans la vertu de contemplation que dans les vertus actives... Viens, toi qui sous ce vêtement qui n’est pas le nôtre professes tous nos sentiments... Viens, ô Cynique qui as véritablement du chien, non l’impudence, mais la franchise, non la gloutonnerie, mais l’habitude de se contenter de la nourriture de chaque jour... non l’aboiement, mais la bonne garde et la vigilance pour le salut des âmes : qui caresses les amis de la maison et aboies après les voleurs... » En terminant cette étrange allocution, Grégoire recommanda à son cher Maxime le soin de son troupeau en termes si chaleureux que tout le monde put y voir comme une sorte de désignation à lui succéder, si quelque coup imprévu, ou seulement quelque retour subit de ses goûts de retraite, l’enlevait lui-même a Constantinople **

Assistant les yeux baissés, et l’air aussi contrit qu’il pouvait le prendre, à son propre éloge, Maxime n’en

1. S. Grég. Naz., Or. xxv, 1,2, et passim. C’est de saint Jérôme que nous savons que ce discours intitulé ln Heronem se rapporte à Maxime.

perdait pourtant pas une parole, et s’encourageait dans les plus audacieuses espérances. Voyant, en effet, la dignité épiscopale demeurer vacante par l’effet de la modestie de Grégoire, qui ne voulait pas se la laisser conférer, l’intrigant avait osé concevoir la pensée de s’en emparer pour lui-mème. Probablement il aurait attendu quelque temps encore avant de se démasquer, et il se proposait seulement de profiter du penchant qui éloignait son protecteur des honneurs, pour s’insinuer doucement à sa place ; mais quand il vit ses prétentions ainsi publiquement autorisées, il crut pouvoir satisfaire son ambition par un procédé plus direct, et songea à se faire consacrer tout de suite, afin de se trouver en place à la venue de l’empereur. 11 sentit bien cependant qu’il n’y avait point d’espoir d’associer d’avance à un dessein si arrogant, ni les catholiques considérables de la ville, ni Grégoire lui-même, qui, toute ambition personnelle mise de côté, ne pouvait croire permis à un étranger ce qu’il se refusait à luimême. Changeant alors toutes scs visées, il entreprit de préparer le coup en cachette, comme un véritable complot, sauf à obtenir ensuite de l’humeur pacifique des gens de bien et du désintéressement de Grégoire la ratification du fait accompli.

Il ne s’ouvrit de son dessein qu’à un petit nombre de prêtres, chez qui il avait remarqué que l’admiration témoignée de toutes parts à l’orateur étranger avait fait naître des sentiments d’emie, et il les trouva disposés

à tout faire pour sc soustraire à une domination qui les offusquait. Des Macédoniens, des Pauliniens, tous ceux en un mot qui craignaient que Grégoire ne les empêchât d’exploiter à leur profit le retour de faveur espéré, lui prêtèrent aussi leur concours. Un prêtre de nie de Thase, venu à Constantinople avec une somme d’or considérable pour faire un achat de marbre, la mit à sa disposition. En peu de temps Maxime eut ainsi réuni le nombre de partisans nécessaires pour tenter un coup de main. Restait à trouver un consécraleur. Les évêques ne manquaient pas à Constantinople ; mais soit que ceux à qui il aurait pu s’adresser ne fussent pas assez en renom auprès des fidèles, soit qu’il craignît de rencontrer chez eux des prétentions analogues aux siennes, ce fut du dehors qu’il jugea à propos d’en faire venir. L’Égypte, sa patrie, était divisée en une infinité de petits diocèses, où il avait laissé beaucoup d’amis. Il manda en grand secret quelques prélats, peu considérables, à qui il vanta les avantages qui pouvaient résulter pour eux du fait de placer un de leurs compatriotes sur le siège de la ville impériale. Chose étrange, et que Grégoire ne réussit jamais à s’expliquer, le successeur d’Athanase, le vénérable Pierre, récemment rentré dans son diocèse, céda lui-même à des considérations de ce genre, et bien qu’en relations d’amitié avec Grégoire et l’ayant plus d’une fois déjà salué du nom d’évêque de Constantinople, il autorisa scs suffraganls à se prêter à un autre choix. Les Égyptiens partirent et arrivèrent en

grand secret. Tout alors étant préparé, on procéda à l’exécution 1 .

« Il était nuit, écrivait plus tard Grégoire, et j’étais malade. Ceux-ci, comme des loups, entrent en secret dans la bergerie, suivis de beaucoup de mariniers gagnés à prix d’argent (les mêmes qui ont coutume de mettre souvent Alexandrie en feu). Tout ce monde se met à l’œuvre pour tondre le chien et le placer sur la chaire avant que ni le peuple, ni les chefs de l’Église, ni nous, en eussions eu aucune connaissance... Au point du jour, le clergé du voisinage arrive et entre dans une violente colère à ce spectacle. Chacun raconte le fait à son voisin. Alors s’allume un vaste incendie. Magistrats, citoyens, étrangers, tous accourent; pas un qui ne fût plein de fureur en voyant cette récompense de nos peines. Que dire de plus? les méchants, forcés de s’enfuir, frémissent d’avoir manqué leur but*. »

1. S. Grég. Naz., Carm. de vita suô*v. 830-885. — On trouve dans les œuvres de Grégoire un sermon adressé aux Égyptiens pour les féliciter de leur venue à Constantinople, et plusieurs historiens sacrés, entre autres Baronius et les Bollandistcs, ont cru que cette allocution devait être placée à ce moment de la vie de S. Grégoire, et que les Égyptiens dont il est question étaient les évéques mûmes envoyés par Pierre pour consacrer Maxime. En ce cas, il faudrait admettre que ces évéques vinrent à Constantinople en cachant leur dessein et sous quelque prétexte mensonger. Rien dans le récit que S. Grégoire a fait lui-même de cette histoire ne confirme une telle supposition, et nous devons croire avec Tillemcnt et l’éditeur bénédictin de S. Grégoire que l’allocution ad Æyyplios a été prononcée dans quelque autre circonstance, dont nous ignorons les détails.

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