‹ L' église et l'empire Romain aux IVe siècleChapitre 95 sur 111 · S. Grég. Naz., Carm. de vila sua, v. 1 0U5-I · texte numérisé non relu

S. Grég. Naz., Carm. de vila sua, v. 1 0U5-I

‘2. Ibid., v. 1275-i3Ü0.

CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 4ü 7

Celte silualion gênée ne dura que peu (le jours. Bientôt, en effet, la réponse de Rome arriva, adressée à l’évêque de Tliessaloniquc, mais transmise sur le champ à l’empereur. Elle était très-nette, très-positive, et repoussait avec dédain l’évêque intrus. Le pape s’étonnait qu’on eût pu regarder comme un chrétien un homme qui continuait à porter le vêtement des philosophes païens. « La philosophie, amie de la sagesse du siècle, disait-il, est l’ennemie de la foi, le poison do l’espérance, la guerre déclarée à la charité. » Paroles peut-êtro à double adresse, et qui pouvaient avoir pour but de réprimander légèrement Grégoire et son trop grand amour des lettres, tout en lui donnant raison sur son adversaire. Damase conseillait d’ailleurs à l’empereur de réunir à Constantinople un concile pour procéder à l’élection régulière d’un évêque, en évitant ces fréquentes mutations de sièges dont l’Église s’affligeait. D’autres nouvelles également défavorables à Maxime arrivèrent aussi d’Alexandrie. Le cynique, se trouvant froidement accueilli par Pierre, qui sentait sa faute, avait pris le verbe haut et menacé le bon vieillard, en un mot fait si bien en quelques jours que le préfet d’Égypte l’avait mis à la porte. Enfin, à Constantinople même, l’opinion, un instant partagée, se prononça vivement en faveur de Grégoire. La ville ne voulait pas être privée de l’honneur que lui faisait un évêque si illustre, et tenait à le garder, dût-elle, plus lard, le faire souvenir parfois irrespectueusement de son erreur. Cédant

à l’entraînement général, Théodose fit venir le saint orateur : « Constantinople vous demande, dit-il, et Dieu se sert de moi pour vous donner cette Église *. »

Avant de déclarer cependant la vacance du siège et d’y pourvoir, l’empereur, sur la demande de Grégoire lui-même, crut devoir mander l’évêque arien et lui adresser une sommation de se réunir, lui et son troupeau, à la foi de Nicée, moyennant quoi il eût pu consentir à le laisser en place. Démophile s’étant refusé à la proposition : « C’est bien, lui dit le prince. Puisque vous fuyez la paix, je vous ferai fuir aussi à votre tour. » Ordre fut donc immédiatement donné à tout le clergé hérétique d’avoir à évacuer sans délai toutes les églises de la ville et en particulier la principale, celle des Saints-Apôtres, où étaient déposés les restes mortels de Constantin; et le 26 novembre avant l’aube, Théodose, plaçant Grégoire au milieu d’une escorte, se dirigea avec lui vers ce temple, occupé d’avance par les troupes.

Le moment était critique, car si la grande majorité de la cité appelait Grégoire de ses vœux, c’était plus encore par admiration pour son talent que par sympathie pour ses opinions, et les Ariens, encore nombreux, avaient résolu de tenter un dernier effort. Démophile, rassemblant tous ses fidèles, les avait vivement émus en leur annonçant qu’ils allaient avoir à s’expatrier et

1. S. Grdg. Naz., Cavm. de vila sua, loc. cit.— Gesta ponlif. rom., Berlin, 1851 , p. 19.

à fuir de ville en ville, suivant la prédiction des apôtres. Ils se porlèrent en masse sur le passage de l’empereur, plaçant au premier rang des vieillards, des femmes, des enfants, qui se jetaient aux pieds de son cheval et lui présentaient en gémissant leurs suppliques. Une foule immense les suivait, indécise, turbulente, curieuse avant tout de savoir ce qui allait se passer, et prête à prendre parti pour le vainqueur. Les fenêtres, et jusqu’aux toits, étaient couverts de monde. Ce fut au milieu de ces flots de peuple frémissant que le cortège dut se frayer sa route. Théodose s’avançait le front haut, le regard brillant et ferme, comme s’il eût marché au combat : à ses côtés, Grégoire, pâle, ayant à peine- le souffle, levant les yeux au ciel. Il était si étourdi des cris de la foule et du bruit des armes, qu’il se trouva porté dans le lieu saint et assis à côté de l’empereur derrière la grille du sanctuaire, sans presque savoir, dit-il, comment il était venu là 1 .

Quand l’empereur et l’évêque furent assis, le clergé entonna d’une voix forte l’office divin. A ce moment, un incident imprévu enleva tous les esprits et décida le succès de la journée. Jusque-là le temps était sombré, et un épais brouillard d’hiver prolongeait la nuit, malgré l’heure déjà avancée. Dès que les premiers accents du chant sacré eurent retenti, un rayon de soleil perça la brume; et peu d’instants après une

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