S. Grcg. Naz., Curm. de vila sua, v
Il n’y avait pas moins de quarante ans, en effet, que l’hérésie s’était emparée avec Eusèbe de Nicomédie, de l’Église de Constantinople; il y en avait cinquante accomplis depuis qu’avec ce même Eusèbe et Arius, son protégé, elle était rentrée, après une condamnation passagère, dans la faveur du grand Constantin. Pendant cette longue série d’années, elle n’avait eu à subir qu’un jour, sous Julien, les souffrances communes à tous les chrétiens. Mais de la part d’aucun souverain catholique, ni Constant, ni Jovien, ni Valentinien, non-seulement aucun châtiment, mais même aucune menace n’étaient venus l’empêcher de répandre ses poisons dans l’esprit des peuples. C’était elle, au contraire, qui, par la main soit de souverains séduits, soit de populations perverties, avait couvert de ruines le monde chrétien. Elle avait toujours joui de la liberté, et en avait toujours usé pour susciter la persécution. Aussi lorsque le 10 janvier 381, six semaines après la scène de l’église des Sainls-Apôtres, les habitants de Constantinople purent lire sur les murailles l’édit suivant, ceux qui se sentaient frappés durent reconnaître qu’ils ne faisaient que subir l’application de la loi qu’ils avaient eux-mêmes portée.
« Qu’aucun lieu, disait le document impérial, ne soit accordé aux hérétiques pour célébrer leurs mys-
1. A. D. 381. — Indictio. ix. — ü. C. 1131. — Syagriusct Èuclicrius. Coss.
tères : qu’aucune occasion ne leur soit laissée pour se livrer à la démence obstinée de leur esprit. Quand même quelque rescrit spécial, arraché par la fraude, aurait été accordé à cette espèce d’hommes, qu’il demeure sans valeur. Toute réunion illicite doit cesser. Que le nom du Dieu unique et suprême soit partout célébré. Que la foi de Nicée, transmise par nos ancêtres, confirmée par tous les témoignages de notre religion divine, soit maintenue. Que les souillures de la tache de Photin, le poison du sacrilège d’Arius, le crime de la perfidie d’Eunome, en un mot tous les monstres de sectes odieuses, et les noms de leurs auteurs, soient effacés de toute mémoire. Or, celui-là doit être regardé comme défenseur de la foi de Nicée et véritable observateur de la religion catholique, qui confesse le Dieu tout-puissant et le Christ, son Fils, Dieu unique avec lui, Dieu de Dieu, lumière de lumière', qui n’offense par aucune négation ( negando non violet) le Saint-Esprit, par lequel nous recevons ce que nous obtenons du Père : en un mot, celui qui reconnaît avec une foi pure, et sans aucune altération, cette substance indivise de la Trinité, que les vrais croyants désignent par le mot grec oùsta. "Voilà assurément les vérités certaines, et que' nous devons vénérer. Que ceux qui ne veulent point s’y assujettir cessent de prendre par mensonge le nom de la vraie religion, et qu’ils soient marqués du vrai nom de leurs crimes : qu’ils soient éloignés du seuil de toutes les églises, et
qu’aucun rassemblement d’hérétiques ne soit toléré dans /’ enceinte des villes. Que s’ils font quelque tentative factieuse pour s’emparer d’une église (si quid ereplio facliosa tentaveril ), nous voulons qu’ils soient expulsés sans pitié des murailles de toute cité, afin que dans tout le monde les églises catholiques soient rendues à ceux qui observent la foi de Nicée *. »
Sous cette emphase verbeuse, peu digne d’un législateur, mais commune à tous les actes de ce temps de décadence, le dispositif de l’édit était, on peut le voir, très-simple et, vu l’état d’excitation des esprits, trèsmodéré. Interdiction de toutes réunions publiques (mais seulement dans l’enceinte des villes) pour les trois sectes les plus avancées de l’Arianisme; nulle inquisition de la conscience privée ou du toit domestique; nulle menace contre les personnes, sauf dans le cas de rébellion. L’histoire, trop souvent sanglante des réactions politiques, présente peu d’exemples de représailles plus cruellement provoquées, et exercées avec moins de rigueur.
Le lendemain même du jour où l’édit avait paru, l’attention en fut distraite par un événement d’un tout autre caractère. Ce n’était rien moins que l’entrée dans Constantinople du plus illustre des rois goths, Atlianaric, le fils préféré de l’illustre Hermanaric, celui-là même à qui son père avait fait jurer sur son lit de mort