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CHAPITRE IX

axlmin. - L*escla\e empereur. - Ennemi du Sénat, ami de la plcbc et des prétoriens. — 11 fond les statues des dieux pour faire de la monnaie et nourrir l'armée. — Gordien — Le Sénat aussi féroce que Maxlmin. — Maxime et Balbin, empereurs du Sénat. — Le Jeune Gordien. — Philippe l'Arabe. — L'œuvre d'émancipation continue. - Declus. - Emlllen.- Valérlen.-Galllen. -Les trente Tyrans. - Transformation de l'esclavage.

Précurseur de l'invasion barbare, Maximin était né en Thrace d'un père Goth et d'une mère appartenant à la nation des Alains. Lui-même, avant d'être soldat, avait été berger dans les montagnes de la Thrace. 11 se souvenait encore d'avoir été dans Rome méprisé par les esclaves mêmes des nobles, au point de ne pas être considéré parleurs procureurs. Aussi, devenu empereur, ne souffrit-il aucun noble auprès de sa personne, imitant en cela les exemples de Spartacus et d'Athénion , chefs de la grande guerre serviîe. Ne comprenant pas d'autre forme de gouvernement que la discipline militaire, il voulut l'appliquer à tous ses sujets, sans exception de personne ni de dignité, et réformer les affaires civiles de la même façon que les affaires militaires, ■ ce qui, remarque Capitolin, ne convient pas à un prince qui veut se faire aimer. »

' Se faire aimer, il n'en eut jamais la pensée. Élu pour son courage, ce brave soldat d'aventure n'eut d'autre ambition que de relever l'Empire et l'armée romaine, abaissés par vingt

ans de règne de femmes, et de faire taire les barbares qui rugissaient aux frontières comme des bétcs féroces prêtes à fondre sur leur proie. Aussi, quel puissant homme de guerre il se montra vis à vis des Germains rejetès dans leurs marécages et leurs forêts. II écrivit au Sénat et au peuple pour leur annoncer ses victoires sur les Germains, mais avec plus de déférence pour le peuple, parce qu'il haïssait le Sénat, dont il se croyait fort méprisé (1).

Les nobles et le Sénat eurent horreur d'un empereur qui les repoussait systématiquement et écrasait la lâcheté sous les rigueurs de la discipline militaire. Une conjuration se forma contre lui, ayant à sa tète le consulaire Magnus et pour complices un grand nombre de centurions et tout le Sénat. Magnus est vaincu et tué en Gaule avec quatre mille hommes. Tycus, chef des sagittaires de l'Osroène, conspire à son tour et subit le môme sort. Mais Maximin, naturellement dur et habitué à la sévérité des camps, s'irrite de ces conjurations et se jette de plus en plus dans la cruauté. Quoi ! pendant qu'il bat les Germains, pendant qu'il se jette à leur suite dans leurs marais qu'il teint de leur sang, les lâches, qui regrettent la paix ignoble des règnes précédents, projettent de le laisser s'engager au milieu des ennemis et de rompre les ponts derrière lui pour lui couper la retraite, n'osant eux-mêmes l'attaquer en face! Maximin se tourne contre eux et leur fait tête comme une bête fauve traquée par les chasseurs. Il frappe, sans relâche et sans pitié, les païens aussi bien que les chrétiens.

Tant que la cruauté de Maximin n'atteignit que les riches, le peuple laissa passer la justice de l'empereur, a Car, dit a Hérodien, les malheurs des heureux et des riches non- « seulement n'affectent pas la plèbe, mais, même envieuse « des puissants et des heureux, par un sentiment mauvais et « dépravé, quelquefois elle s'en délecte. » Mais il fallait de l'argent et des vivres pour nourrir et payer l'armée. Sans souci des religions, Maximin osa porter la main sur les

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temples, fondre les statues d'or et d'argent des héros et des dieux, et les ornements du cullc pour faire de la monnaie. Cette entreprise sacrilège exaspéra la multitude. Il y eut des séditions; le peuple, animé sans doute par les prêtres et les nobles, osa défendre les temples de ses dieux et verser son sang au pied de leurs autels. Les villes et les nations sont agitées par l'esprit de révolte et de défection ; les plus calmes, celles qui contiennent le mieux leur colère, font des prières et des vœux aux divinités outragées pour demander le châtiment du persécuteur.

La jeunesse riche de l'Afrique, trouvant les impôts trop lourds et le percepteur de Maximin trop dur, arme de bâtons et de haches ses esclaves, et vient avec eux à Carthage, sous prétexte de satisfaire aux exigences du fisc. La révolte éclate, les soldats sont mis en fuite, et les jeunes gens, pour éviter le châtiment, se rendent à la demeure de Gordien, gouverneur de la province, qui, fort heureux d'échapper à la mort qu'il attendait, se laissa faire empereur. Le Sénat, informé de cet événement, acclame Gordien, et déclare Maximin et son fils ennemis de la patrie.

Et pense-t-on que le Sénat eût des sentiments plus tendres et moins barbares que l'ex-berger barbare de la Thrace? Que l'on écoute un peu la délibération du Sénat : « Alors, le

• consul dit : Pères conscrits, que vous plaît-il de décider « sur les Maximins? — Il fut répondu : Ennemis! ennemis!

• — Item, le consul, dit : Que vous semble des amis de

• Maximin? On répondit par acclamation : Ennemis! ennemis! « — Que l'ennemi du Sénat soit crucifié! que l'ennemi du Sénat « soit partout frappé ! que les ennemis du Sénat soient brûlés

• vivants...» Est-ce le Sénat, votant par acclamation de pareils sénatus-consultes, qui peut reprocher à Maximin sa cruauté ? Non. L'histoire impartiale peut seule l'en blâmer, parce qu'elle lui tient compte de ses grandes qualités, qui le placent encore, ce barbare, bien au-dessus de ses compétiteurs, du Sénat qui le déclara ennemi de la patrie, et de la société impure qu'il traversa sans se vautrer, comme tant d'empereurs, dans les impuretés de ses orgies.

A la mort des deux Gordiens, le Sénat crée deux empereurs, Maxime et Balbin ; le premier, fils d'un artisan plébéien ; le second, de famille noble, descendant des Balbus d'Espagne. Pendant que Maxime va combattre Maximin, Rome est continuellement agitée de séditions ; la guerre civile y éclate entre le peuple et les prétoriens. Incendies, temples souillés, ruisseaux de sang, dans les rues et sur les places, voilà les fruits de l'impuissant gouvernement des élus du Sénat. Balbinus supplie au lieu de commander; il propose des édits; on ne l'écoute pas. Les prétoriens, ne pouvant résister au peuple dans la ville, se retirent dans leur camp. Le peuple les y assiège et les réduit en coupant les canaux qui y conduisent l'eau. Mais avant que Rome eut appris la capitulation du camp des prétoriens, on avait arraché les tuiles des toits, jeté hors des maisons les meubles, détruit une partie considérable de la ville, pillé des richesses immenses; et les voleurs avaient profité du désordre pour piller et voler. Que l'on juge de ce que pouvaient faire les esclaves dans cette anarchie !

Pendant ce temps, l'armée des Maximins, lasse du siège d'Aquilée, les tue et envoie leurs têtes à Maxime. Mais à peine entrée dans Rome, elle gémit d'avoir immolé l'empereur de son choix pour obéir à ceux que Je Sénat a choisis. La tristesse évidente sur les visages se traduit même en paroles. Les acclamations du Sénat à l'adresse de Maxime et Balbin exaspèrent le soldat, qui profite de la dissension des deux empereurs pour se révolter, les arracher du palais, les traîner ignominieusement par la ville et les égorger.

Le jeune Gordien reste seul empereur. La haine des vétérans du prétoire contre le Sénat amène encore une nouvelle guerre civile ; puis, la paix faite, le peuple romain vaqua aux délices et aux voluptés, afin d'adoucir les duretés et les sévérités du règne de Maximin. Sabinien soulève Carthage et l'Afrique contre Gordien, mais il est défait par le gouverneur de Mauritanie. Sous Gordien , ce fut Misitheus, son beau-père et son préfet du prétoire, qui gouverna l'Empire. Misitheus mort, naturellement ou par les artifices de Philippe l'Arabe qui lui succéda dans la préfecture du prétoire , le jeune Gordien ne

garda pas longtemps la )iourpre. Philippe, par ses intrigues, lui aliéna l'esprit de l'armée, l'avilit aux yeux du soldat, en disant qu'il était incapable de gouverner l'Empire ; — ce qui paraît très-vrai. Les soldats élevèrent donc Philippe à l'Empire et le donnèrent pour tuteur à Gordien. Comme le tuteur traitait de fort haut son pupille, et prenait pour lui tout le pouvoir, l'aimable et doux jeune homme, excité par son préfet du prétoire et son parent, Métius Gordien, voulut tenter un coup d'État. 11 monta au tribunal du camp pour haranguer les soldats et dans l'espoir d'enlever l'Empire à Philippe. Sa plainte trouva peu d'écho; il eut beau supplier officiers et soldats, il reconnut que son parti était en grande minorité dans l'armée. Alors il demanda que le partage de l'Empire fut égal entre eux, et ne l'obtint pas. Il supplia pour être conservé avec le titre de César; sa demande fut repousséc. 11 demanda à être préfet du prétoire de son rival ; nouveau refus. Ses dernières prières à Philippe furent qu'on le gardât comme général, et qu'on le laissât vivre. Philippe se taisait et semblait y consentir; mais réfléchissant au danger de laisser vivre le jeune Gordien qu'une faction militaire pouvait reporter à l'Empire, il le fit dépouiller et exécuter en présence de l'armée.

La pitié saisit en face de ces pauvres victimes que dévorent l'Empire et le prétorianisme. Le soldat capricieux prend un enfant de quatorze ans et l'acclame empereur; à vingt ans il l'égorgé sans miséricorde, parce que son caprice a besoin de changement.

L'empereur Maximin est un barbare de Thrace, Philippe vient de l'Arabie. Ces deux barbares avaient sur la morale et la pudeur des idées plus justes et plus élevées que les civilisés du monde romain. Philippe l'Arabe essaya d'arrêter les débordements de la sodomie, ce que le syrien Alexandre Sévère avait désiré entreprendre, sans cependant l'oser. Au milieu des troubles civils, ces empereurs de passage, Gordien, Philippe l'Arabe, continuent la tradition impériale et favorisent les manumissions. Gordien écrit que si un esclave a circonvenu un maître mineur pour se faire affranchir et obtenir une juste liberté, la manumission ne peut être rescindée. Le maître,

dont la volonté a été surprise par les artifices de son esclave, ne peut que demander au juge de condamner l'affranchi à l'indemniser de la perte causée par la manumission. Si une ingénue a servi comme esclave, ni les frais de nourriture, ni l'obéissance servile, ni la manumission ne peuvent faire qu'elle soit esclave ou affranchie et qu'elle cesse d'être ingénue. — Les enfants d'une affranchie naissent ingénus. Philippe l'Arabe veut que si une esclave affranchie a, par un jugement solennel, fait constater son ingénuité, les enfants conçus et nés avant la déclaration judiciaire d'ingénuité puissent aussi réclamer la liberté des ingénus.

Décius de Pannonie, général des légions d'Illyric, est proclamé empereur. Il résiste; les soldats le menacent de leurs épées; il faut bien se résigner à revêtir la pourpre bon gré mal gré. Décius écrit secrètement à Philippe pour s'excuser et promettre d'abdiquer l'Empire qu'il a été contraint d'accepter; mais Philippe, homme d'une astuce plus que punique, feint d'embrasser la religion chrétienne, sans doute pour faciliter la levée de nouvelles légions dont il grossit son armée pour marcher contre Décius. Il se met lui-môme à la tête de son armée ; mais il est assassiné à Vérone par ses soldats, et à Rome les Prétoriens font subir le même sort à son fils.

Décius, qui vraisemblablement persécuta dans le Christianisme la faction de son rival à l'Empire, périt avec presque toute l'armée qu'il commandait dans une bataille livrée à la nation Gothique. Gallus, son lieutenant, qui, dit-on, avait trahi et livré aux Goths et l'empereur et l'armée, est proclamé empereur par la seule légion que les Scythes vainqueurs avaient épargnée. Il réunit autour de lui les débris de l'armée romaine, et fait avec les Gotlis ou Scythes un traité ignominieux. Rome paie à ces barbares un tribut de deux cents drachmes d'or. Néanmoins ils ravagent la Dardanie, la Thrace, la Thessalier la Macédoine, l'Hellade, et font des incursions jusqu'en Asie. Le mouvement est donné, l'Empire chancelle, les Parthes pénètrent en Arménie et en Syrie, les Scythes menacent l'Italie. La peste venue d'Éthiopie dépeuple l'univers.

Emilien, originaire de Mauritanie, général de l'armée des frontières de Mœsie, repousse les Scythes et remporte sur eux une grande victoire. Il est salué imperator par ses soldats victorieux. Gallus et son fils Volusien sont tués dans les premiers combats livrés à leur compétiteur, et leur armée se joint à celle d'Émilien. Mais l'armée des Alpes fait Valérien empereur, et les soldats d'Émilien, ne voulant pas risquer leur vie pour ce Maure de basse naissance, le tuent et se donnent à Valérien. Emilien fut empereur un trimestre ; c'est encore un règne trop long pour le caprice versatile du soldat. Quelques années après, parmi les empereurs improvisés que l'on appelle les Tyrans, l'un deux, ex-forgeron, nommé Marius, régna trois jours, en sorte que, dit Trébellius Pollion, le premier jour il fut fait empereur, le second jour il eut l'air d'être empereur, et le troisième il fut tué par un soldat qui avait été son camarade d'atelier.

L'empereur Valérien est fait prisonnier par Sapor, roi des Perses, qui s'en sert comme d'un marche-pied pour monter à cheval. Pendant la captivité de Valérien, et après sa mort, Gallien, son fils et son successeur, laissa joyeusement s'éparpiller autour de lui les lambeaux de la pourpre impériale. Son règne fut une farce continuelle entremêlée de couplets, d'orgies, de luttes sanglantes. Efféminé et voluptueux comme Élagabal, l'empereur invitait ses officiers et ses préfets à partager ses repas et ses bains ; et tandis qu'il se faisait amener les plus belles jeunes filles, il s'amusait à les mettre en tête-à-tête avec de vieilles femmes laides. Il laissa faire trente Tyrans, et à chaque élection d'un de ses rivaux, il trouvait un mot plaisant pour rire des hontes de l'Empire. Un marchand ayant vendu à l'impératrice de la verroterie pour de vrais diamants, il le fait saisir pour le jeter aux lions. Le malheureux attend la mort dans l'arène ; une cage s'ouvre, il en sort un chapon. Et le héraut de crier parle cirque : « Il a commis une imposture, et il a souffert une imposture. » Le marchand en fut quitte pour la peur.

Mais Gallien a aussi ses accès de rage et de cruauté; il fait massacrer jusqu'à trois et quatre mille soldats en un jour. Un

des frenle Tyrans, Ingénuus, est proclamé empereur en Mœsie. Gallien écrit à son lieutenant Verianus qui l'a vaincu : a Tu « ne me satisferais pas, si tu tuais seulement les gens armés « que le sort de la guerre permet de tuer. Il faut tuer tout le « sexe viril, si les vieillards et les impubères peuvent être tués « sans qu'on nous blâme. Il faut tuer quiconque a mal pensé; • il faut tuer quiconque a mal parlé. Contre moi, contre le fils « de Valérien , contre le père et le frère de tant de princes, « Ingénuus a été fait empereur! Lacère, tue, déchire! tu peux « comprendre ma pensée; enflamme-toi de ma colère, de là « colère avec laquelle je t'ai écrit cette lettre de ma main ! »

La fureur de Gallien n'emp Yhe pas toutes les provinces de se donner des empereurs; en Orient, Baliste, Odenat, Zénobie; à Alexandrie, Émilien; en Gaule, Posthumus. C'est une débauche de pourpre ; et la comédie se mêle à la tragédie et à tout le sang versé. La Mœsie élève à l'Empire le Dace Régillianus. La chose se lit dans un souper. Un tribun se lève et dit : D'où pensons-nous que vienne le nom de Régillianus? Le grammairien de la bande se met à décliner : Rex, régis, régi, Régillianus.— Et les soldats de s'écrier : « Donc il peut être notre roi! Un Dieu t'a donné le nom de roi!.... » Le lendemain Régillianus était empereur.

Le peuple d'Egypte, et surtout d'Alexandrie, était un des plus remuants de l'Empire. Les causes les plus futiles excitaient les fureurs et les folles séditions de cette province où affluaient toutes les religions et toutes les superstitions. La République était mise en péril pour des salutations négligées , pour une place refusée dans les bains, pour une séquestration de viandes ou de légumes, pour une saisie de chaussures d'esclaves. Ce fut à propos de chaussures que TEgypte se donna un empereur. Un esclave du curateur qui gouvernait Alexandrie se permit de dire que ses sandales étaient meilleures que celles d'un soldat. Pour ce méfait il fut exécuté militairement. La foule d'abord, sans trop savoir pourquoi, se porte à la maison d'Émilien, général de l'armée d'Egypte; elle attaque le général avec toutes les armes ordinaires des séditions. « C'est |K)urquoi Émilien fut forcé de prendre l'Empire sachant que

de quelque côté qu'il se tournât il fallait périr. » Ces malheureux empereurs malgré eux se résignent à prendre l'Empire, comme Socrale à avaler la cigûe. Rien ne peut les sauver de la pourpre fatale. Le Prétorianisme a aussi ses martyrs. Le tribun Celsus, retiré du service militaire, vivait en Afrique dans ses propriétés; mais il était d'une justice et d'une taille à paraître digne de l'Empire. C'est pourquoi il fut créé empereur par une femme nommée Gallienne, cousine de Gallien, et tué le septième jour. Son cadavre fut mangé par les chiens. Les habitants de Sicca, restés fidèles à Gallien, crucifièrent Celsus en effigie et firent des dartses autour du gibet.

Gallien qui, à la nouvelle de la captivité de son père, avait parodié le mot du philosophe, et s'était écrié : « Je savais que mon père était mortel ! » sentit lui-même enfin combien, à cette époque, était mortel un empereur. Ayant quitté ses lâches voluptés pour aller combattre les Goths, une conspiration militaire en débarrassa l'Empire romain, et mit Claude, deuxième du nom, à sa place.

Durant l'anarchie des règnes de Valérien et de Gallien, l'esclavage marche vers une transformation dont nous allons trouver les traces sous Aurélien. La dépopulation de l'Empire par les innombrables guerres civiles qui l'agitent augmentent les latifundia et les terres incultes. De plus en plus la nécessité se fait sentir d'émanciper les esclaves pour remplir les cadres des armées, et refaire la classe décimée et diminuée de la plèbe ingénue. Pour nourrir les armées il faut des cultivateurs, et les bras manquent aux champs; de là l'obligation impérieuse d'attacher les esclaves à la terre, de les faire immeubles*par destination; de là le colonat, acheminement au servage de la glèbe. Plus tard, nous aurons à examiner avec plus de détail son origine et ses progrès.

Sous Valérien et Gallien, les esclaves, même attachés à la personne du maître, sont, légalement au moins et juridiquement, traités avec faveur. Ainsi, un testateur donne pour tuteur testamentaire à ses enfants son esclave, sans déclarer qu'il l'affranchit; ces princes décident et constatent qu'il est admis en droit que l'esclave se trouve implicitement affran-

chi par fidékommis; si c'est l'esclave d 'autrui que lè testateur a nommé tuteur, cette nomination équivaut à la dation de la liberté fideicommissairc. «Car, disent-ils, tel a été l'avis des jurisconsultes (Prudent ibus plaçait). »

La liberté est chose sacrée, et la faveur des causes libérales si grande qu'ils écrivent que les aveux de servitude ne peuvent en rien préjudicier au droit de l'homme libre : « Quand « librement et volontairement tu aurais reconnu par écrit que « tu es esclave et non libre, tu n'aurais porté aucun préjudice « à ton droit; combien à plus forte raison en doit-il être de « même, lorsque tu affirmes que lu n'as donné un tel éçrit • que contraint et forcé? »

Nous verrons qu'au dixième et au onzième siècle, en plein catholicisme, ce droit des jurisconsultes païens n'existera plus, et que la liberté pourra se perdre par des aveux de servitude* Mais n'anticipons pas et revenons aux empereurs et à la législation romaine.

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