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CHAPITRE XVII

Il faut qu'il y ait des hérésie*. - Clément, éplscope de Rome. - L'église de Corinlbe. — Atteinte portée à la communauté égalltaire par rétablissement d'une hiérarchie. — Premiers essais de la fondation de l'éplscopal à l'imitation de la hiérarchie sociale. — Origine et fonctions de l'épiscopc. — Épilrcs à Timolbée et à Tllus. — Transformation de l'église naissante.

Nous avons vu ce que furent les églises des saints à leur naissance et du temps des apôtres , quels schismes et quelles dissensions les agitèrent, combien déjà il surgit d'hérésies dans leur sein et contre le dogme et contre la morale. Sous les successeurs des apôtres ce fut encore pis. Le communisme fraternel et les agapes font place à la hiérarchie sacerdotale ; les hérésies se multiplient. Saint Augustin, dans son livre sur les Hérésies, n'en compte et n'en définit pas moins de soixante-huit jusqu'au pélagianisme. Encore évidemment ne parle-t-il que des plus notables. Parmi les plus illustres des disciples des apôtres, était Clément, qui devint épiscope ou surveillant, évéque de l'Église de Rome. C'est lui vraisemblablement que Paul nomme, dans l'Épître aux Philippiens, parmi les collaborateurs de sa prédication, dont les noms sont au livre de vie. Or, sous son épiscopat, à la fin du premier siècle de l'Église, déjà les fraternités ont besoin qu'on réchauffe leur zèle, et qu'on les exhorte à ne pas s'éloigner de

la vie en commun, et à ne pas négliger les agapes. Dans sa cinquième Epître, envoyée à l'Église de Jérusalem, il recommande aux fidèles la vie commune, à l'imitation des apôtres et rappelle à ceux qui s'en dégoûtent, le terrible et fameux châtiment d'Ananie et de Saphire. Il blâme ceux qui font de l'opposition aux saines doctrines et veulent enseigner à leur guise et selon leur propre opinion. « C'est pourquoi, dit-il, en « terminant, nous exhortons votre prudence à ne pas s'écarter « des règles apostoliques, mais à mener la vie commune, à « bien comprendre les Écritures; et efforcez- vous ainsi d'ae- « complir les vœux que vous avez faits au Seigneur. »

L'église de Corinthe, fondée par Paul, a encore plus besoin que celle de Jérusalem des exhortations et des conseils de Clément ; car la division a éclaté dans la fraternité; des séditieux ont méconnu l'autorité de l'évéque et des anciens, c'està-dire des prêtres, et ont ôté le ministère à quelques-uns, quoiqu'ils s'en acquittassent d'une façon irréprochable et même avec honneur. L'origine et la cause de cette sédition ressort clairement de l'Épître de Clément aux Corinthiens. Un certain nombre de frères a cru évidemment à l'égalité parfaite dans la communauté chrétienne. L'Esprit souffle où il veut; et chacun, pensaient - ils, peut être prophète, docteur, orateur en langue inconnue, révélateur d'apocalypses. Les anciens n'ont d'autre mérite que la possession plus longue de ces dons, de ces grâces et de ces puissances, d'autre autorité que celle qui résulte d'une plus fréquente communication avec l'Esprit. Les prophètes jugent les prophètes, les fidèles jugent les fidèles; c'est Paul lui-même qui l'a enseigné. Chacun a le droit d'enseigner, de chanter, de dire ses révélations et de prophétiser à son tour.

Cependant voilà que la fraternité se classe et se hiérarchise; l'épiscopat se constitue. Les disciples que les apôtres eux-mêmes ont établis comme inspecteurs , surveillants ou présidents des assemblées et des agapes (wnuxércoi), ceux qu'ils ont fait choisir pour servir aux tables des agapes , les diacres (Siàxovoi), les anciens (^060^01) qui ont vécu et conversé avec les fondateurs des fraternités, et participé avec

eux à la propogation de l'Évangile , forment déjà une petite église choisie , une sorte de conseil d'administration de l'assemblée des fidèles, en un mot, un collège sacerdotal ou clergé (x>r1?o;). lis s'arrogent, de fait ou de droit, l'autorité dans l'Eglise , parce qu'ils ont reçu l'imposition des mains des apôtres qui les ont éprouvés par l'Esprit -Saint, et les ont faits épiscopes, diacres ou prêtres du commun des croyants. Puis à la mort des premiers disciples des apôtres, d'autres hommes éprouvés ont reçu à leur tour l'imposition des mains et succédé à leur ministère, à leur sacerdoce.

Mais cette hiérarchie sacerdotale qui brise l'égalité communautaire des fraternités, ne s'y* implante pas sans luttes et sans contentions. C'est pour cela qu'un schisme et une sédition éclatent dans l'église de Corinthe. Des fidèles du commun osèrent se révolter contre l'autorité des prêtres ou anciens, et enlever à quelques-uns leur ministère, protestant ainsi contre la nouvelle organisation qui s'éloignait du communisme primitif de la société chrétienne, pour se rapprocher de la constitution de la société civile, et établir des distinctions, des rangs et des classes parmi les frères.

« Toute gloire et toute abondance vous fut donnée, écrit « Clément aux Corinthiens; et alors s'est accompli ce qui est « écrit : Il a mangé et bu, et il s'est gonflé, et il s'est cn-

- graissé, et il a regimbé, le bien-aimé. De là, la jalousie, la

• contention, la sédition, la persécution, le désordre, la guerre

• et la captivité. Ainsi les plus vils se sont élevés contre les

• plus honorables, les plus obscurs contre les plus considé-

• rables, les insensés contre les sages, les jeunes contre les

- anciens («puftittfpwc). C'est pourquoi la justice et la paix se

• sont éloignées, chacun ayant oublié la crainte de Dieu et

• laissé s'émousser sa foi, ne voulant plus suivre les règles

• établies, ni être gouverné selon les maximes de Christ, mais

• selon ses mauvais désire et les impulsions d'une jalousie ■ injuste et impie, par laquelle la mort est entrée dans le « monde. »

Clément invite les Corinthiens à la paix et à la bonne harmonie, par l'exemple des cieux qui ne se révoltent point contre

les lois de Dieu , du jour et de la nuit , du soleil et de la lune , des chœurs des astres et de toutes les choses du ciel et de la terre, qui obéissent à Tordre établi ; et aussi par la considération de la résurrection, dont il administre la preuve par l'ingénieuse comparaison qu'il lire de la merveilleuse histoire du Phénix, cet oiseau prodigieux et paradoxal de l'Arabie, seul de son espèce, qui vit cinq cents ans, prépare lui-même ses funérailles et renaît de ses cendres. Puis, après avoir donné cette preuve irréfutable de la résurrection, il trouve dans l'ordre social une raison d'établir aussi une hiérarchie dans les fraternités.

« Considérons, dit -il, ceux qui portent les armes sous nos « princes, avec quel ordre et quelle soumission ils exécutent « leurs commandements. Tous ne sont pas préfets, ni tribuns, « ni centurions, mais chacun à son rang exécute les ordres de a l'empereur ou des chefs. Les grands ne peuvent être sans « les petits, ni les petits sans les grands. Il y a un mélange et « un usage en toutes choses. Prenons notre corps : la tête sans « les pieds n'est rien, ni les pieds sans la téte. Les plus petits « de nos membres sont nécessaires à tout le corps. Tous cons- « pirent et sont subordonnés à la conservation du tout. Que « tout votre corps se conserve donc en Christ et que chacun « soit soumis à son prochain, selon le rang où il a été placé « par sa grâce. »

Cette doctrine est probablement plus sage que le communisme de la vie parfaite* et fraternelle; mais alors, pouvaient dire les zélateurs de la communauté égalitaire, ce n'était pas la peine de l'établir pour la briser si vite , et de se mettre en hostilité avec la société romaine, pour venir sitôt la présenter comme modèle de l'organisation hiérarchique de l'Église. Pourquoi recommander à l'Église de Jérusalem la vie en commun et les agapes, si tout cela n'a d'autre résultat que de faire de i'épiscope l'empereur, des anciens et des diacres, les tribuns et les centurions d'une fraternité menteuse?

Mais cette contradiction, cette antinomie, n'est pas plus évidente dans les épîtres de Clément que dans les épîtres de Paul ; elle apparaît dans les doctrines, et surtout dans l'appli-

cation des doctrines de tons les utopistes qui ont rêvé la communauté. Dès qu'on a fait violence à la nature et à la raison humaines, pour les écarter de leur voie, elles y reviennent violemment en droite ligne, ou adroitement par quelque détour.

Clément ne trouve pas de meilleures raisons pour maintenir l'autorité naissante du sacerdoce chrétien, que les exemples et la tradition des apôtres et le témoignage des Ecritures.

« Prêchant dans les pays et dans les villes, dit-il, les apô- « très ont établi les premiers d'entre eux, après les avoir « éprouvés par le Saint-Esprit, pour évéques et pour diacres « de ceux qui devaient croire, et ce n'a pas été une nou- « veauté; il y avait longtemps que l'Écriture parlait d'évôques « et de diacres, puisqu'elle dit quelque part : J'établirai leurs

• évéques en justice et leurs diacres en foi Nos apôtres,

• éclairés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, ont parfaitement « connu qu'il y aurait de la contention pour le nom de l'épis- « copat. C'est pourquoi ils ont établi ceux que nous avons dit, « et ont donné l'ordre qu'après leur mort d'autres hommes t éprouvés succédassent à leur ministère. Ceux donc qui ont « été établis par eux, ou ensuite par d'autres hommesexcellents, « du consentement de toute l'église, et qui ont servi sans re- « proche le troupeau de Jésus -Christ, humblement, paisible- « ment et sans bassesse, à qui tous ont rendu témoignage « pendant longtemps, nous ne croyons pas juste de les rejeter « du ministère. Car ce ne sera pas pour nous un petit péché,

• si nous rejetons de l'épiscopat ceux qui offrent dignement

• les dons sacrés. »

Clément a beau dire et chercher quelque part dans l'Écriture l'origine de l'épiscopat et du clergé, il n'en est pas moins vrai que leur constitution, telle qu'elle apparaît et se dessine dans son Épltre aux Corinthiens, est une nouveauté. L'évéque, à l'image de l'empereur, les anciens et les diacres, à l'image des tribuns, centurions et autres officiers de l'armée romaine, ayant mission, non plus de servir et d'administrer, mais de gouverner les choses de la fraternité et la fraternité ellemême, sont, au temps de Clément, d'institution nouvelle.

L'Église avait été une familJe, une assemblée de frères; souvent môme, du temps des apôtres, il s'était formé des églises domestiques qui se réunissaient dans la maison particulière de quelque fidèle, pour y rompre le pain et y faire les agapes. Ainsi Paul écrit à Philémon et à l'église qui est dans sa maison ; il salue les frères qui sont à Laodicée , et spécialement Nymphas et l'église qui est dans sa maison ; il écrit d'Asie, dans sa première Épitre aux Corinthiens : « Les églises d'Asie vous envoient le baiser fraternel : de môme vous embrassent dans le Seigneur Aquilaset Priscilla, avec l'église qui est dans leur maison, c'est chez eux que je reçois l'hospitalité, d Le ministère de ces églises est donc au chef de famille dans la maison duquel elles se sont formées; ce n'est pas encore une dignité, mais seulement une charge, un service (oiaxov(«) que Je zèle et le dévouement personnel des fidèles et surtout des anciens peut s'imposer. « Je vous en prie, frères, dil « encore Paul à ses Corinthiens, vous connaissez la maison de a Stephanas et de Fortunatus et d'Achaïcus ; ce sont les préo mices de l'Achaïe, et ils se sont ordonnés eux-mêmes pour « le ministère (le diaconat Siaxoviav) parmi les saints; soyez « donc soumis à de tels ministres, et à quiconque coopère et « travaille. »

Ainsi, quiconque coopère et travaille à la propagation de la foi nouvelle , quiconque se sent inspiré de l'Esprit pour prêcher et prophétiser, quiconque ouvre sa maison aux frères, les y rassemble pour les servir à table dans les agapes, peut, comme Stephanas, Fortunatus et Achaïcus, comme Nymphas et Aquilas, s'ordonner lui-même et prendre la surveillance et la présidence, l'épiscopat de l'église qu'il a fondée, du consentement des frères et avec l'approbation d'un apôtre. De même qu'il peut y avoir plusieurs diacres et même des diaconesses pour rompre et distribuer le pain, préparer et disposer les agapes, servir à la table commune , de même aussi il peut y avoir dans une fraternité plus d'un épiscope.

Quel est donc leur ministère ? — Les municipes romains, notamment en Grèce et en Asie , ont aussi des magistrats de

ce nom. « Les épiseopes, dit le jurisconsulte Arcadius Chari- « sius dans son livre de Muncribus civitilnts, ont la surveila lance du pain et des autres denrées qui servent à l'alimena tation quotidienne des populations des cités. » Us avaient donc des fonctions analogues à celles des magistrats appelés dans les municipes latins, curateurs de l'annone, chargés d'acheter et de distrihuer le blé au peuple, d'administrer les greniers publics (arcœ frumcntariœ), et prolxablemcnt d'inspecter la boulangerie. Or, les épiseopes des fraternités remplissaient évidemment de semblables fonctions. Il fallait bien des administrateurs pour gérer ces biens mis en commun, et apportés aux pieds des apôtres, pour acheter et distribuer l'annone de la fraternité, pour recueillir les collectes et envoyer de l'argent aux apôtres et aux disciples missionnaires, ainsi que cela se pratiquait, selon le témoignage de Paul (1). Ce furent les épiseopes ou inspecteurs, les anciens ou prêtres (jui furent chargés de cette mission. Car, pour ce qui est des diacres et des diaconesses, leur ministère était plus humble, et en quelque sorte subalterne. En effet, « en ces jours-la, les « disciples se multipliant, il s'éleva un murmure de la pari « des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient « méprisées dans le service quotidien Les douze, ayant donc

* convoqué la multitude des disciples, dirent : Il n'est pas « convenable que nous négligions la parole de Dieu pour ser- « vir aux tables. Avisez donc, frères, à choisir sept hommes

• d'entre vous, de qui on rende bon témoignage, pleins du « Saint-Esprit et de sagesse, que nous placions dans cette « fonction. Pour nous, nous persévérerons dans la prière et « dans le ministère de la parole. »

Les sept diacres furent élus, et les douze apôtres, avec des prières, leur imposèrent les mains. Ils remplacèrent donc dans le service des tables, les veuves diaconesses que leur humble ministère de servantes dç la fraternité faisait mépriser. Cependant, le diaconat continua à être conféré à des femmes dans les assemblées des saints. Mais f.i l'imposition

(I) I« AU Cor. C. xvi, v. 1-2.

des mains releva ces ministres subalternes de leur abaissement, il n'en furent pas moins chargés du service de détail, du service quotidien des agapes, et, les apôtres vaquant à la prière et au ministère de la parole, il y eut dans les églises, sous leur direction et leur contrôle, des épiscopes chargés d'une administration plus large et plus haute, surveillant les diacres et les agapes, et gérant les biens de la communauté, comme les épiscopes des municipes surveillaient et présidaient les achats et les distributions de l'annonc et des denrées alimentaires. L'épiscope est si peu le chef unique de la fraternité, comme il le devient du temps de Clément, il est si peu dans l'Église comme l'empereur dans l'Empire, que Paul et Timothée, esclaves de Jésus -Christ, écrivent à tous les saints en Christ, qui sont à Philippes et avec eux à leurs Épiscopes et à leurs diacres.

Étant à Milet, et ne pouvant se rendre à Éphèse, l'apôtre des nations, mande les anciens de l'église éphésienne , pour leur donner ses instructions. Quand ils furent arrivés et réunis autour de lui, après les avoir entretenus de sa mission et de son ministère de la parole, il ajoutait : « Veillez sur vous- « mêmes, et sur tout le troupeau dans lequel l'Esprit-Saint « vous a placés épiscopes pour faire paître 'l'Église de Dieu, « qu'il a acquise au prix de son sang.* Car je sais qu'après « mon départ, il viendra parmi vous des loups funestes qui « n'épargneront point le troupeau, et que d'entre vous-mêmes « s'élèveront des hommes enseignant des doctrines perverses « dans le dessein d'attirer les disciples après eux (1). »

Donc, au témoignage de Paul et Timothée et de l'auteur des Actes des Apôtres, l'église de Philippes a plusieurs épiscopes, et les anciens de l'Église d'Éphèse en sont les épiscopes ou surveillants. La fraternité, la république chrétienne a déjà des magistrats et un sénat, des épiscopes ou anciens, mais pas encore de chef unique, d'évêque à l'image de l'empereur. C'est qu'en effet le Christ lui-même avait enseigné aux disciples qu'il ne fallait pas ne cela imiter les puissances des

(1) Actes, c. xx, v. 17 et s.

nations. Car, selon l'évangéliste Mathieu, la mère des deux fils de Zébédée, s'étant jetée à ses genoux , lui demanda de placer l'un d'eux à sa droite et l'autre à sa gauche. Jésus se contenta de les recevoir parmi ses disciples : « Mais les dix, ayant entendu cela, s'irritèrent contre les deux frères. Jésus, les ayant appelés à lui, leur dit : m Vous savez que les princes (zoyovTï,-) des nations leur commandent en maîtres, et que « les grands exercent sur elles l'autorité. Il n'en sera pas ainsi « parmi vous ; mais que quiconque veut devenir grand parmi « vous, soit votre serviteur (ftizovos) ; et quiconque voudra être « le premier parmi vous, sera votre esclave; de même que « le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais « pour servir et donner son âme pour la rançon de plu- « sieurs (1). »

A peine dix hommes sont réunis, le désir de dominer jette parmi eux la discorde et la contention. Selon Luc, pendant que les disciples mangeaient l'agneau de Pâques, à la veille de la Passion de Christ, « il s'éleva parmi eux une contestation « sur la question de savoir lequel d'entre eux était estimé le « plus grand. Mais Jésus leur dit : Les rois des nations leur « commandent en maîtres, et ceux qui' ont sur elles l'auto-

■ rité, sont appelés bienfaiteurs. Pour vous, il n'en est pas « ainsi; mais que le plus grand d'entre vous soit comme le « plus jeune , et celui qui dirige , comme un serviteur (ô

■ faawvâv). Car lequel est le plus grand, celui qui est couché à « table ou celui qui sert? N'est-ce pas celui qui est à table? « Mais moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert (2). »

Pour Christ et ses disciples, service et apostolat (o\a«ovîa «ai vnvxw.) sont un seul et même ministère, jusqu'à ce que le diaconat soit spécialement affecté au service des tables et l'apostolat à la prière et au ministère de la parole. Pour remplacer le traître Judas, les onze apôtres donnent leurs suffrages, afin de décider qui de Joseph Barsabas, surnommé le Juste, ou de Mathias, prendrait sa place dans le service, et

(1) Math., c. XX, v, 84 el s.

li) Luc, c. xxii, v.34 et s.

l'apostolat et le suffrage fut favorable à Mathias (*v?v>;) (i).

A Lystres, à Iconium, à Antioche, Paul et Barnabe, ayanl imposé les mains à des anciens dans les églises des fidèles, à des anciens choisis par les églises elles-mêmes, ils les recommandèrent au Seigneur, eu qui ils avaient cru. Paid se flatte de n'être à charge à personne, de gagner sa vie par sou travail, et de n'être ainsi qu'ApolIos, le missionnaire de Gorinthc, qu'un serviteur (toovoç) (2) par qui les Corinthiens ont reçu la foi, un économe ou intendant des mystères de Dieu, un esclave des frères en Jésus-Christ (3), un serviteur de l'Évangile (li&cwoc) (4).

Il trace, dans sa première Kpître à Timothée, les vertus et les qualités d'un bon épiscope (5). « Voici la doctrine digne do « foi : si quelqu'un désire l'épiscopat, il désire une belle « œuvre. Il faut donc que l'épiscope soit irréprochable , mari a d'une seule femme, sobre, prudent, décent, hospitalier, « capable d'enseigner, point ivrogne ni querelleur, mais « modeste , ennemi des disputes , nullement cupide , gérant « bien sa propre maison, ayant des enfants soumis et chastes; « — car si quelqu'un ne sait pas gérer sa propre maison, « comment prendra-t-ilsoin des églises? — Ce ne doit pas être « un néophyte, de peur que gonflé d'orgueil il ne tombe sous « la puissance du diable (ou plutôt sous la critique.de l'accusa- « teur. ) Il faut que ceux mêmes du dehors lui rendent bon « témoignage, afin qu'il ne tombe pas dans l'opprobre et les « filets de l'accusateur. Que les diacres aussi soient pudiques, « nullement fourbes, ni adonnés au vin, ni avides de gain « honteux, ayant le mystère de la foi dans une conscience « pure. Qu'ils soient donc éprouvés d'abord , et qu'ils servent « sans mériter de reproche. Que les femmes soient aussi « chastes, point médisantes, sobres, croyantes entre toutes. « Que les diacres soient maris d'une seule femme, dirigeant

(1) Actes des ap., c. i. v. 21-20.

(2) Acles, c. xiv, v. 2G-22. cf. supra, c. 20, v. 28 cl s.

(3) 1 Cor., c, 3» v. 5. cf. 2 Cor., c 3, v. C.

(4) 2 Cor., c. iv, v. 5.

(5) Eph., c. m, v. 7. Coloss. 1, v. 3.

« bien leurs enfants et leurs propres maisons. Car ceux qui » auront bien servi, acquerront un bon rang pour eux et une • grande liberté dans la foi en Christ. Or, l'esprit dit clairc- « ment, que dans les derniers temps quelques-uns renieront « la foi, se livrant aux esprits d'erreur et aux enseignements « des démons, et dans l'hypocrisie des mensonges, endurcis- ■ sant leurs consciences, défendant de se marier, d'user des « viandes que Dieu a faites pour servir avec bénédiction à « l'usage des fidèles et de ceux qui connaissent la vérité ; car « toute chose créée par Dieu est bonne, il n'y en a aucune

- qui doive être rejetée et ne puisse être prise avec actions de

- grâces (îOjraôtTTtaç) . »

Les recommandations de Paul à Titus, qui a pour mission «l'organiser les fraternités de l'Ile de Crète, sont presque connues dans les mêmes termes. \

« Je t'ai laissé en Crète , lui dit -il , afin que tu réformes ce <« qui reste à réformer, et que tu établisses dans chaque ville » des anciens, comme je t'ai moi-même établi, les choisissant « irréprochables, maris d'une seule femme, ayant des enfants « fidèles (croyants), et qui ne soient point accusés de débauche

et d'indiscipline. Car il faut que l'épiscope soit irrépro- « chable, comme étant économe de Dieu, nullement arrogant, « ni colère, ni adonné au vin , ni amateur de rixes, ni avide « de gains honteux, mais hospitalier, ami des gens de bien, " prudent, juste, saint, continent, fortement attaché à la « parole de vérité, selon la doctrine qu'il a reçue, afin d'être

- capable d'exhorter à la saine doctrine et de réfuter ceux « qui la contredisent. Car il y a beaucoup d'indisciplinés, de « vains discoureurs et de séducteurs des âmes, surtout parmi

les circoncis, auxquels il faut fermer la bouche; car ils « bouleversent toutes les maisons en enseignant de fausses n doctrines en vue d'un gain honteux. Un d'eux, un de leurs « propres prophètes a dit : Les Crétois sont toujours des men- " teurs, de mauvaises bêtes, des ventres paresseux. »

Est-il permis d'en douter? les épiscopes sont élus et choisis parmi les anciens de la fraternité; anciens ou prêtres, et épiscopes ou surveillants, ont la même dignité, la même fonc-

tion. Ils sont plusieurs, dans chaque église ou fraternité, auxquels est confiée la gestion, l'administration des intérêts temporels et spirituels des frères. A Philippes, en Crète, à Corinthe, dans les églises fondées par Paul, à Éphèse, les épiscopes, choisis parmi les anciens, forment une sorte de consistoire, de conseil qui préside la fraternité. Si tous les anciens ne sont peut-être pas épiscopes, quoique ces deux dénominations semblent avoir une signification complètement identique, la plupart des anciens d'une communauté sont épiscopes. Leur ministère est double : administrer et évangéliser. « Que les anciens qui président bien soient dignes d'un « double honneur, surtout ceux qui travaillent dans la parole « et la doctrine. » Donc il y en a qui ne travaillent que dans la gestion temporelle, et qui n'ont pas le don ou le ministère de la parole et de l'enseignement. Cependant, tous les croyants pouvant être prophètes, révélateurs, interprètes, comme nous l'avons vu, il y a grande chance que le titre d'ancien ou d'épiscope, de diacre même, conférera, par la grâce de l'imposition des mains, les dons de prophétie, d'apocalypse, de doctrine, d'interprétation; c'est même surtout à ceux qui ont brillé par ces dons que les ministères seront conférés. Ceux-là deviennent anciens , non pas toujours à raison de leur âge, mais à raison de leur ferveur dans la foi et de la confiance qu'ils inspirent aux apôtres. Timothée est jeune, mais il est le compagnon d'apostolat de Paul : « Ordonne et « instruis , lui écrit son maître. Que personne ne méprise ta « jeunesse, mais sois le type des fidèles, en parole, en con- « duite, en charité, en foi, en pureté; jusqu'à ce que je « vienne, applique-toi à la lecture, à l'exhortation, à l'ensei- « gnement. Ne néglige pas la grâce qui est en toi, laquelle te « fut donnée par la prophétie avec l'imposition des mains de « l'ancienneté ( ^ps^vripiov). Occupe - toi de ces choses; avec « persévérance, afin que tes progrès soient évidents pour « tous ; veille sur toi-même et sur ton enseignement ; per- « sévère en ces choses ; car en agissant ainsi tu sauveras et m toi - même et ceux qui t'écoutent. » Timothée, comme Titus, comme Philémon, comme Apollos,

est un envoyé, un lieutenant, un coadjuteurde Paul, prêchant de ville en ville, inspectant, encourageant et enseignant les fraternités en Asie,en Macédoine, en Achaïe. Il a une mission, un apostolat. Comme Titus en Crète, il organise dans diverses villes les assemblées des croyants, fait élire des anciens ou épiscopes auxquels il impose les mains , des diacres ou des diaconesses pour servir aux tables des agapes. En un mot, il est aux premiers rangs de la hiérarchie définie par Paul , dans ses Epltres aux Corinthiens et aux Éphésiens. C'est un apôtre, un envoyé (àrùrrôAo;) un missionnaire et un prophète.

Apôtres, prophètes, docteurs, ayant le ministère de la parole, occupent dans l'Église les trois premiers rangs selon l'ordre établi par Dieu ; viennent ensuite les puissances, c'està-dire les thaumaturges ou faiseurs de miracles, les guérisseurs, les frères qui ont le don des secours, et après ces nombreuses catégories de fidèles, se distinguant par les œuvres, inférieures aux choses de la doctrine et de la foi, se placent à un rang inférieur ceux qui gèrent et gouvernent, évidemment les épiscopes et les diacres qui ne travaillent qu'au ministère temporel de l'administration de la fraternité et du service des agapes. Paul ne met après eux que ceux qui parlent et ceux qui interprètent les langues mystérieuses. Ainsi, les gouvernements temporels, bien distincts de l'apostolat, de la prophétie et du doctorat, œuvres spirituelles, se placent aux derniers rangs de la fraternité, de même que les juges ou arbitres, chargés de juger les procès des frères, sont choisis parmi les moins avancés en sainteté de l'assemblée des saints.

Dans son Épitre aux Éphésiens, Paul trace à peu près de la même manière, quoique d'une façon moins détaillée, le tableau de la hiérarchie des fraternités. « Christ lui-même, « dit-il, a donné les uns pour être apôtres, les autres pour « être prophètes, les autres pour être évangélistes, les autres • pour être pasteurs et instituteurs. » Les pasteurs, qui ont le gouvernement temporel, ne viennent qu'après les apôtres, les prophètes, les évangélistes, qui se livrent au ministère spirituel de la prière et de la parole.

Sans doute, si les épiscopes ou intendants, si les diacres ou frères servants de la fraternité, s'élevanl au-dessus de leurs fonctions temporelles, travaillent à la parole, s'ils se mettent non-seulement à évangéliser, mais à prophétiser, ils prendront rang parmi les premiers de l'Eglise, mais en tant que prophètes ou évangélistes, et non en tant que diacres ou épiscopes, en tant qu'administrateurs (xu&pnSoftç). Ils ont atteint les £ races les meilleures, et à ce compte, un épiscope qui ne travaille pas à la parole et à la doctrine est bien inférieur en sainteté et dès lors en rang et en autorité à la moindre diaconesse qui prophétise, comme ces quatre tilles vierges de Philippe l'évangéliste qui, au témoignage des Actes des Apôtres, avaient le don de prophétie dans l'église de Césarée.

Donc, en résumé, le Christ avait enseigné que les premiers et les plus grands devaient être les esclaves et les serviteurs des autres frères, et non leur commander en maîtres ni exercer sur eux une autorité temporelle semblable à celle des princes, archontes et rois des nations. Sous les apôtres, une sorte de hiérarchie se constitue dans l'Église, mais qui place aux premiers rangs les frères ayant des dons et des grâces, une autorité spirituelle, le ministère de la parole et de la doctrine. Le pouvoir temporel n'est pas né encore, et l'administration temporelle est reléguée aux derniers rangs de la hiérarchie.

Mais déjà, sous les successeurs des apôtres, l'épiscopat prend pour modèle le pouvoir civil de la société païenne. Cette nouveauté excite la sédition dans l'église de Corinthe. Les rebelles prétendent avoir le droit de déposer les anciens, et d'en élire d'autres; ils refusent de se soumettre à l'autorité de l'épiscope qui s'arroge le droit d'exercer un pouvoir quasi absolu sur la fraternité, comme l'empereur sur l'Empire, comme un tribun sur sa légion, un centurion sur sa centurie, un général sur son armée.

Clément, disciple des apôtres, épiscope de l'Église de Rome, prend naturellement parti pour les anciens contre la sédition. Il essaie de prouver que l'épiscopat n'est pas une nouveauté, que son gouvernement dans la société chrétienne est d'insti-

talion apostolique; qu'il faut bien que les fraternités aient leurs préfets, leurs tribuns, leurs centurions; que les grands ne peuvent être sans les petits, les petits sans les grands, la tête sans les pieds, les pieds sans la tête. Humainement, Clément a raison; mais Pépiscope, à la tête de la communauté, dirigeant souverainement les consciences, recevant et offrant les dons, s'arroge sur la fraternité une autorité monarchique qui n'existait pas encore du temps des apôtres, alors que la supériorité toute spirituelle ne venait que des dons de l'Esprit qui soufile où il veut et inspire les apôtres, les prophètes, les évangélistes. L'Kglise même de Rome n'aurait pas accepté sans regimber cette innovation, si ce que l'on raconte de Clément, son épiscope, est vrai, à savoir qu'il se démit volontairement de l'épiscopat pour éviter un schisme ou une division à ce sujet.

Les prétendus canons des apôtres attribués à ce Clément, ordonné èvôque à Rome par l'apôtre Pierre, sont de fabrique postérieure au temps des apôtres; non pas qu'ils aient été fabriqués de toute pièce et d'un seul jet, mais par additions et interpolations successives. Kn effet, je ne serais pas éloigné de croire que la première édition de ce code ecclésiastique, date d'une époque fort ancienne et très-rapprochée du temps des disciples des apôtres; car il interdit à l'évôque, au prêtre et au diacre de répudier leurs femmes sous prétexte de religion ; il ordonne que l'initiation ou le baptême se fasse par une triple immersion; or, ces préceptes remontent à l'époque de l'Église primitive. Mais les canons qui interdisent à Pévêque et aux prêtres de servir dans les armées et de rester dans le sacerdoce, de s'immiscer dans les magistratures et les administrations publiques, d'injurier l'empereur ou un magistrat, et beaucoup d'autres encore sont évidemment postérieurs au triomphe du christianisme sous Constantin. Il serait facile d'en trouver la source dans les constitutions des empereurs chrétiens. 11 serait trop ridicule de croire que Clément se fut donné la peine de prêcher aux chrétiens le respect de Néron ou de Domitien, ses contemporains, ou qu'il eut défendu de s'immiscer dans les administrations publiques u

des prêtres proscrits d'une religion proscrite et persécutée. L'histoire ne prend pas pour maxime le Credo quia absurdum de saint Augustin.

Ce n'est donc pas là qu'il faut chercher des preuves de la première transformation de l'Église naissante.

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