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CHAPITRE III

Claude favorise l'émancipation des esclaves. — Néron favorise d'abord la réaction aristocratique, puis devient l'idole de la plèbe et des enclaves. — Meurtre de Pedanius Secundus. — Discours de C. Case lus. — Néron et la plèbe plus Justes que le Sénat envers les esclaves.

Le règne de Claude, c'est le règne des affranchis. Mais il ne fut pas infructueux pour l'espèce humaine. Que ses idées politiques vinssent de lui-même ou de ses affranchis qui le gouvernaient, Claude n'en fit pas moins de bonnes et grandes choses dont l'histoire doit lui tenir compte. Jamais empereur ne prit plus de soin de la plèbe, qui l'avait élevé au pouvoir, et ne pourvut avec plus de sollicitude à son alimentation. Jj donna aux Latins le uj^iMie^JMrjtes, et aux principaux S*»-*. citoyens de la Gaule chevelue, déjà en possession du droit de cité, la faculté de parvenir aux honneurs et à l'ordre sénatorial dans Rome. En vain l'orgueil patricien s'insurge contre cette mesure libérale; Claude le fait taire, en prononçant dans le Sénat, à l'appui de la loi qu'il propose, un discours dont Tacite nous a conservé la substance, et qui fait le plus grand honneur à l'empereur ou à ceux qui le lui ont inspiré.

Il montre le droit de cité s'élargissant sans cesse, et les familles patriciennes issues des municipes d'Albe et de Tuscu-

lum, de l'Éfrurie et de la Lucarne, puis le droit de cité franchissant le Pô, les Alpes et les Pyrénées. Et Rome n'a pas eu, dit-il, à se repentir d'avoir appelé d'Espagne les Balbus, ni de la Gaule narbonnaise tant d'hommes remarquables pour les faire entrer dans son Sénat. Ce n'est pas d'aujourd'hui, comme la plupart le pensent à tort, que des magistratures ont été confiées à des fils d'affranchis; anciennement le peuple romain en a agi ainsi

Les Gaulois sont confondus avec les Romains par les m&urs, les arts, les affinités; il vaut mieux qu'ils apportent à Rome leur or et leurs richesses, que de rester séparés et de les garder pour eux. Tout ce qui est réputé très- ancien a été nouveau : « Les plébéiens ont obtenu les magistratures après les patriciens, les Latins après les plébéiens, les autres nations de l'Italie après les Latins. Elle aussi vieillira, cette innovation que César soutient aujourd'hui à l'aide de ces exemples, et servira d'exemple à son tour. »

C'est un étrange spectacle en vérité que de voir ainsi l'idée de progrès s'affirmer par la bouche d'un César réputé imbécile, et l'on serait tenté de croire que les historiens ont calomnié sa mémoire et esquissé une caricature au lieu d'un portrait, si les faits que racontent Suétone et Tacite n'établissaient la bêtise et l'hébétement habituel de cet empereur, ordinairement doux, mais cruel par peur, gourmand jusqu'à la gloutonnerie, mari méprisé d'une Messaline et d'une Agrippine, et instrument docile aux mains d'un Callyste, d'un Narcisse ou d'un Pallas! Qu'importe, au reste, à l'humanité, pourvu qu'elle marche en avant, que ses progrès soient dus aux vices ou aux vertus, à la faiblesse ou à l'énergie de ceux qui la gouvernent. Du mal et de la corruption surgit la semence féconde de l'avenir, et les Claude, les Néron, les Élagabal même, aux époques de transformations sociales, qu'ils en aient conscience ou non, apportent aussi leur pierre à l'édifice toujours inachevé, mais toujours grandissant de l'émancipation humaine.

Le même empereur, qui voulait que les fils d'affranchis pussent parvenir aux magistratures et entrer à la Curie, fit

vendre à l'encan des affranchis qui se donnaient pour chevaliers, comme si l'usurpation d'une sorte de noblesse désormais sans grande valeur, méritait ce châtiment rigoureux. Mais il rachète cette contradiction par ses sentiments d'humanité envers les esclaves. Des maîtres durs et avares, ne voulant pas se donner la peine de soigner leurs esclaves malades, les exposaient; Claude décréta que tous ceux qui seraient exposés deviendraient libres, et ne retourneraient ni au pouvoir, ni même sous le patronat du maître, s'ils guérissaient; que si le maître aimait mieux les tuer que les exposer, il serait poursuivi pour crime de meurtre (\).

Après cela, qu'on lui reproche, si l'on veut, d'avoir fait partager son triomphe de Bretagne à l'eunuque Posidès, et de lui avoir donné, comme à un guerrier, une lance d'honneur, d'avoir confié le gouvernement de Judée au frère de Pallas, au juge de saint Paul, à l'affranchi Félix, l'amant ou le mari de trois reines; de s'être promené dans la ville dans la même litière que l'affranchi Harpocras, et de lui avoir accordé le droit de donner des spectacles au peuple; d'avoir eu en trop grande estime le précepteur de Polybe, qui se promenait souvent entre deux consuls, et surtout d'avoir laissé le Sénat honorer Narcisse, son secrétaire, et Pallas, son intendant, nonseulement de récompenses pécuniaires énormes, mais encore des ornements de la questure et de la préture; enfin, d'avoir fermé les yeux aux déprédations et aux gains illicites de ses favoris, au point que l'on disait que le fisc épuisé se remplirait aussitôt s'il était admis au partage de la fortune de ces deux affranchis. L'histoire a le droit de le blâmer de ces faiblesses encouragées et consacrées par la lâcheté des courtisans et du Sénat, mais Claude n'en fut pas moins un empereur utile au genre humain par son humanité envers les esclaves et la libéralité avec laquelle sa politique admettait aux droits et aux

(f) Il hit volé un sénalus-consulte , dont Pallas fut rapporteur, touchant le châtiment des femmes qui s'unissaient a des enclaves. On slalua que si c'élail à i insu du maître elles tomberaient en servitude ; si le mailre j consentait, elles seraient traitées comme des affranchies. (Tacite, Ann. xn. C. LUI.)

C'est le 5. C. i laudianum aboli par Justlnlen. : C llb. 7. tlt. xxiv. et Jost. Ilb. 3. T. XII. « I.)

honneurs de la cité et de la liberté romaine les nations et les affranchis. Si ces affranchis furent vils, intrigants, malhonnêtes, les sénateurs qui rampaient à leurs pieds et leur votaient des honneurs l'étaient-ils moins? Au choix, Claude n'eut pas tort de préférer ces hommes nouveaux.

Tacite rapporte un mot profond de Tibère sur un de ces échappés de l'esclavage, qui mourut sous Claude, comblé d'honneurs et dans une extrême vieillesse. Curtius Rufus, fils d'un gladiateur, disait-on, familier d'un questeur d'Afrique, riche et généreux envers ses amis, d'un esprit vif et ambitieux, obtint la questure par le suffrage du prince, puis fut préféré pour la préture à beaucoup de nobles candidats. Tibère, devant qui, sans doute, on rabaissait le magistrat de son choix, en lui reprochant la bassesse de son origine, répliqua : « Curtius Rufus, à mon avis, n'est fils que de luimôme! »

Curtius Rufus obtint depuis le pouvoir consulaire et les insignes du triomphe, et mourut gouverneur d'Afrique. Selon l'historien austère et admirateur des temps antiques, il fut adulateur envers ses supérieurs, arrogant envers ses inférieurs, difficile envers ses égaux; mais ce sont là les traits communs du caractère de tous les courtisans, sénateurs ou affranchis, sous les empereurs. Je me sens très -enclin, pour ma part, à excuser l'arrogance de ces parvenus se vengeant de l'arrogance et de la cruauté des patriciens, leurs anciens maîtres, quand je vois un Domitius.Enobarbus, père de Néron, d'antique et pure race patricienne, tuer impunément son affranchi parce qu'il n'a pu s'ingurgiter autant de boisson que son patron le lui a ordonné; et je pense, avec Sénèque, qu'il était bon que les maîtres apprissent à bien traiter leurs esclaves, en songeant que ceux-ci pouvaient devenir un jour plus puissants qu'eux, et se venger plus cruellement que l'affranchi Callyste qui se contenta de fermer sa porte à son ancien maître, quand celui-ci vint lui faire sa cour.

Néron, élevé chez sa tante Lépida par deux esclaves, un danseur et un barbier, commence son règne par des actes qui lui gagnent l'affection de l'aristocratie romaine. Tl condamne

les faiblesses et les entraînements de Claude à l'égard de ses affranchis, en refusant longtemps d'admettre dans le Sénat les fils d'affranchis, et en ne laissant pas parvenir aux honneurs ceux qui y avaient été admis par les princes ses prédécesseurs. Il disait alors qu'il voulait que sous son règne le Sénat remplît ses anliques fondions. Mais le Sénat ne savait plus que flatter et offrir des statues d'or et d'argent massifs à Néron, qui les refusa.

La nature et les passions de Néron protestaient contre la réaction aristocratique vers laquelle on le poussait, et le portaient vers la plèbe, dont il devint l'idole. Il diminua les impôts, et conçut mémo la pensée de les abolir. Comme Caligula, pendant des jours entiers il jeta et distribua au peuple de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, des perles, des tableaux, des esclaves, des oiseaux de toute espèce, des bêles apprivoisées, des vêtements, des provisions de blé, et jusqu'à des vaisseaux, des maisons et des champs. Il avilit le Sénat et l'ordre équestre en faisant jouer le rôle de gladiateurs et de bestiaires à quatre cents sénateurs et à six cents chevaliers, aux plus riches et aux plus illustres citoyens. Othon, le futur empereur, et Sénécion, fils d'un affranchi du palais, l'encouragent à la débauche ; Annœus Severus, un des familiers et des parents de Sénèque, feint un amour violent pour la belle affranchie Acté, afin de dissimuler l'amour de Néron. Le prince, foulant aux pieds le préjugé des mésalliances entre les sénateurs et les affranchis, voulut môme épouser Acté. Il est vrai que ses consulaires étaient tout prêts, pour lui plaire, à se parjurer, en affirmant avec serment que l'affranchie Acté était de race royale ; et il se serait trouvé à la cour plus d'un savant empressé à lui dresser un magnifique arbre généalogique.

Au citharède Ménécrate, au mirmillon Spicillus, Néron donna les patrimoines et les palais de citoyens honorés des insignes du triomphe. II en vint même à rêver l'extermination du Sénat et à songer sérieusement à confier tous les emplois du gouvernement, les armées et les provinces à des chevaliers romains et à des affranchis; et* en prenant les aus-

pices pour couper l'isthme de Corinthe, en présence de son armée et d'une foule immense, il s'écria à haute voix : « Puisse cette entreprise bien tourner pour moi et pour le peuple romain ! » sans faire aucune mention du Sénat. Aussi la plèbe seule et les affranchis furent-ils fidèles à sa personne, et surtout à sa mémoire.

A l'époque où Néron s'était jeté dans les désordres qui le rendirent cher à la plèbe et odieux au Sénat, sous le consulat de Q. Volusius et de P. Scipion, on soulève dans la Curie la question des affranchis et des fraudes dont ils se rendaient coupables. La proposition fut faite de donner aux patrons le droit de révoquer les manumissious de ceux qui auraient mal agi envers eux. C'était mettre les aflranchis à la merci de leurs anciens maîtres et les livrer à leur bon plaisir. Ceux qui donnèrent un avis favorable à cette proposition furent nombreux ; mais les Consuls, n'osant la mettre en délibération, à l'insu du prince, enregistrèrent cependant l'opinion du Sénat. Néron, dans son conseil composé d'un petit nombre de personnes, fit discuter la question de savoir s'il se ferai! ou non l'éditeur de cette Constitulion. Les conseillers qui étaient d'avis de la faire voter par le Sénat disaient, frémissants de colère contre l'irrévérence des affranchis née d'une excessive liberté, qu'ils traitaient leurs patrons d'égal à égal, quand ils ne les maltraitaient pas ; que les patrons offensés ne pouvaient que reléguer leurs affranchis à vingt milles de Rome; que pour le reste confusion complète et égalité de droits et d'actions entre les anciens maîtres et les affranchis; qu'il fallait donc à ceux-là donner une arme qui ne fût pas méprisable et sans force; qu'il n'était pas si dur de vouloir que les affranchis conservassent leur liberté par la même soumission et la même déférence à l'aide desquelles i.'s l'avaient obtenue.

Les conseillers d'un avis opposé, — et l'on devine quels ils pouvaient être, — disaient que la faute d'un petit nombre ne devait pas être préjudiciable à toute une classe ; qu'il ne fallait pas déroger au droit de tous, car cette classe avait pris une grande extension; elle avait souvent formé des tribus, des décuries, donné des ministres aux magistrats et aux prêtres.

des cohortes môme à la ville; la plupart des chevaliers, nombre de sénateurs n'avaient pas une autre origine; si Ton séparait les affranchis, on rendait manifeste la pénurie d'ingénus; ce n'éfait pas en vain que les ancêtres, en établissant la distinction des classes, avaient voulu que la liberté fût commune à toutes ; on avait établi deux sortes de manumissions, pour laisser place au repentir ou à un nouveau bienfait ; les esclaves non affranchis par la vindicte restant liés au patron par la chaîne d'une sorte de servitude, c'était au maître à bien peser les mérites de l'esclave, et à n'accorder que tardivement un don qui ne pouvait plus lui être enlevé.

Cet avis prévalut, et Néron écrivit aux sénateurs qu'ils eussent à examiner les causes des affranchis, pris isolément, quand ils seraient accusés par leurs patrons, mais qu'ils ne devraient en rien déroger au droit commun.

Ce fait n'a pas besoin de commentaire, et indique clairement les tendances rétrogrades du Sénat et les tendances libérales de l'empereur, s'appuyant sur la plèbe et sur les affranchis.

L'année suivante, un sénatus-consulte fut voté dans le but d'assurer la sécurité des maîtres contre les esclaves, ces ennemis domestiques, et de venger les citoyens qui auraient été assassinés par quelqu'un de leur famille scrvile. Il portait que si un maître avait été tué par ses esclaves, ceux mômes qui avaient été affranchis par le testament de la victime devaient subir des supplices s'ils demeuraient sous le môme toit. Peu de temps après, Pedanius Secundus, préfet de la ville, est tué par un de ses esclaves, soit qu'il eût refusé de l'affranchir après le lui avoir promis et fixé le prix de la manumission, soit que le meurtrier jaloux ne pût tolérer que son maître fût son rival dans l'amour d'un infâme mignon. Comme d'après une vieille coutume tous les esclaves demeurant sous le môme toit que le maître devaient être conduits au supplice, il se fit un grand rassemblement de la plèbe, qui protégeait tant d'innocents. Une sédition menaçait d'éclater; dans le Sénat même il y avait des partisans de l'opinion qui réprouvait cette excessive sévérité; mais la majorité était d'avis de ne rien innover.

C. Gassius prit la parole pour défendre l'antique usage, les lois et les institutions des aïeux, contre ceux qui en désiraient la réformation. Son discours ressemble à celui des conservateurs de tous les temps.

Pour ne pas paraître fanatique des antiques usages, il n*a pas toujours fait de l'opposition aux réformes proposées au Sénat, quoiqu'il pensât qu'elles fussent moins sages que les institutions des aïeux. Mais quand, malgré l'existence d'un sénatus-consulte qui menace du supplice tous les esclaves qui n'ont pas empêché ni révélé le crime ourdi contre le maître; quand, comme dans la circonstance présente, ce maître est un consulaire qui a été tué chez lui, il ne veut pas qu'on dé-' crête l'impunité. Quelle dignité protégera le maître, si la préfecture de la vtfle ne lui a servi de rien ? Qui sera, défendu par le nombre de ses esclaves, quand Pedanius Secundus ne l'a pas été par les quatre cents qui vivaient dans sa maison? Est-ce que, comme quelques-uns ne rougissent pas de l'alléguer, le meurtrier a vengé ses injures parce qu'il était convenu du prix fixé à sa liberté, ou qu'on lui enlevait un esclave favori ? Autant vaudrait déclarer que l'on est d'avis que l'esclave a eu le droit de tuer le maître. Sans doute l'assassin a caché son projet, il a aiguisé son arme à l'insu de ses compagnons d'esclavage ; mais, est-ce qu'il a pu, à l'insu de tous, traverser les postes de sentinelles, ouvrir les portes du Cubiculum, apporter de la lumière, perpétrer son crime? Bien des indices annoncent un forfait. Si les esclaves le dénoncent, nous pouvons vivre isolés au milieu d'eux en grand nombre, en sûreté au milieu d'eux toujours dans la crainte; et si nous devons périr, les coupables ne seront pas impunis. Nos ancêtres avaient en grande suspicion les sentiments de leurs esclaves, alors que ceux-ci, nés dans leurs domaines et dans leurs maisons, apprenaient dès le berceau à aimer leurs maîtres. Mais depuis que nous avons pour esclaves des nations ayant des religions différentes, des dieux étrangers, ou même n'en ayant pas du tout, ce n'est que par la terreur qu'il est possible de contenir ce ramassis d'êtres immondes. — Mais des innocents vont périr. Eh ! quand une armée qui a pris la

fuite est décimée, le sort atteint aussi les braves; tout grand châtiment exemplaire a quelque chose d'inique, mais l'utilité publique compense le tort fait aux particuliers.

Il y avait encore dans le Sénat de Néron Thraséas et Sénèque. Probablement ils assistaient à cette séance et écoutèrent les déductions de la logique implacable de Cassius. Mais personne n'osa la réfuter. Quelques sénateurs, il est vrai, l'interrompirent par quelques clameurs confuses et s'apitoyèrent sur le nombre, l'âge, le sexe, et surtout sur l'innocence certaine de la plupart des esclaves. Mais la majorité vota pour le supplice.

La vile multitude, plus humaine que les Pères Conscrits, mue, dans cette circonstance, par un instinct de justice supérieur à la philosophie même des Thraséas et des Sénèque, résistait à l'exécution de la fatale sentence, et, à la logique de Cassius, au décret inique du Sénat, opposait sa masse compacte, ses mains armées de pierres, ses vociférations et ses menaces d'incendie. Néron fit un édit pour arrêter la révolte du peuple et rangea une double haie de soldats tout te long de la route que devaient suivre les condamnés pour aller au supplice. Le sénateur Cingonius Varron, renchérissant sur la dureté de Cassius, avait proj)osé de déporter hors de l'Italie tous les affranchis qui faisaient partie de la maison de Pedanius. Néron s'y opposa, ne voulant pas qu'on aggravât un antique usage que la pitié n'avait pu adoucir.

Néron, il faut en convenir, avait des lueurs de justice, et, vis-à-vis de la plèbe et des esclaves, des sentiments de compassion qui expliquent, aussi bien que* ses folles prodigalités, aussi bien que ses vices communs a\ec cette race dégradée, la sympathie qu'elle lui garda même après sa mort. Quand la loi et les institutions des ancêtres tuaient d'un seul coup quatre cents êtres humains, pourquoi Néron se serait-il fait scrupule de tuer quelques centaines de patriciens, ses esclaves à lui? Par ses, caprices sanguinaires, par sa cruauté, peut-être motivée, contre le Sénat, il se faisait l'exécuteur des vengeances de ce ramassis d'êtres immondes, si méprisé de Cassius, de cette vile multitude qui rendit à son César un culte comme à un dieu,

et longtemps couvrit son tombeau de couronnes et de guirlandes de fleurs.

Cependant, sous son règne, dans la ville de Preneste, des gladiateurs révoltés tentèrent de se jeter dans la campagne ; et déjà le peuple, effrayé et avide de révolutions, parlait de Sparlacus et des malheurs des guerres serviles ; mais la garnison comprima cette révolte.

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