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CHAPITRE IV

Galba. — Réaction aristocratique. — Puissance des affranchis. — HostiHté des plébéiens et des esclaves. — Nymphidius Sablnus. — Olbon, empereur de la plèbe. - Pseudo-Néron. — Vilelllus. - Guerre servUe en Orienl.

Le vieux Galba, salué imperator par ses légions, déclarait n'être que le lieutenant du Sénat et du peuple romain. Le patriciat vit dans son avènement une réaction contre la politique de Néron et l'accueillit avec transport. Durant son court règne de sept mois il accorda rarement le droit de cité. Mais ses amis et ses affranchis eurent sur lui un tel empire, qu'ils purent tout vendre à prix d'argent, ou accorder à la faveur, immunités, perceptions d'impôts, supplice pour les innocents, impunité pour les coupables. Icélus, son affranchi et son mignon, eut l'honneur de porter les anneaux d'or et d'être fait chevalier romain, après s'être livré en public et devant une partie de l'armée d'Espagne à ce sale vieillard de soixantetreize ans. La cruauté et l'iniquité sont des fruits si naturels du pouvoir absolu des Césars, que Galba, qui n'a pas même, comme Néron, l'excuse de la jeunesse pour ses emportements et ses débauches, condamne ou laisse condamner, sur le moindre soupçon et sans les entendre, les hommes illustres des deux premiers ordres.

La société romaine fait elle-même les vices de ses empereurs. Un petit nombre s'en préserve à grand'peine. Elle tra-

verse à cette époque une crise terrible, dont Tacite nous a trace la peinture; et la plus grave maladie dont elle soft travaillée, c'est l'esclavage. • La haine et la terreur, dit-il, ont • corrompu les esclaves et les affranchis, et en font des ennemis « pour leurs maîtres et pour leurs patrons. »

La plèbe habituée au cirque et aux théâtres, les plus mauvais des esclaves, les dissipateurs qui ont dévoré leurs patrimoines, tout ce qui vivait des vices et de la prodigalité de Néron, est triste, avide de rumeurs et de troubles. Le soldat maudit l'avarice de Galba. Nymphidius Sabinus, préfet du prétoire, affranchi de Néron, essaie une révolution militaire qui lui coûte la vie.

Mais, plus heureux que lui, Othon gagne quelques soldats par l'entremise de son affranchi Onomastus. Vingt-trois prétoriens le saluent empereur; un nombre à peu près égal se joint à cette petite troupe; on le conduit au camp des prétoriens. Vinius, lieutenant et conseiller de Ga.'ba, propose d'armer les esclaves pour 1rs opposer à l'élu du prétoire. La plèbe encore indécise assiste à ce spectacle d'une révoîuticn militaire, comme s'il s'agissait d'une lutte de gladiateurs; des cris discordants sont poussés par la foule, qui demande d'abord les téles d'Olhon et des conjurés, comme au cirque elle aurait levé le pouce pour demander le sang des mirmillons et des retiaires.

Othon triomphe ; les soldats et la plèbe acclament Néron- Othon. Le nouvel empereur se glorifie de ce surnom et le prend dans ses premiers rescrits aux gouverneurs des provinces; il laisse relever les stalues de Néron, rétablit dans leurs offices ses procureurs et ses affranchis, et songe à célébrer sa mémoire, et probablement à le placer au rang des dieux. Afin de gagner à sa cause les provinces, il envoie de nouvelles familles de colons à Mérida et à Hispalis (Séville), donne le droit de cité à tout le pays de Langrcs, et des droits nouveaux à la Cappadoce et à l'Afrique; droils éphémères sans doute, comme l'observe Tacite, mais qui montrent qu'Othon- Néron, empereur de la plèbe, veut suivre une politique oppesce à celle de Galba, lieutenant du Sénat, qui n'accorda que rare ment le droit de cité.

Cependant, les admirateurs de Néron promenaient ses images au Forum, ou publiaient ses ni ils comme s'il eût été vivant et eût pu revenir au pouvoir pour écraser ses ennemis. Peut-être quelques fanatiques croyaient-ils à sa résurrection. Vologèse, roi des Parthcs, envoya des ambassadeurs au Sénat pour demander à renouveler son alliance avec Rome et prier le peuple romain d'honorer la mémoire de Néron. Tout à coup l'Achaïe et l'Asie apprirent avec étonnement que Néron vivait et qu'il allait apparaître. Un esclave du Pont ou un affranchi d'Italie, profitant de sa ressemblance avec le fils d'Agrippine et de son talent de citharède et de chanteur, rassembla des déserteurs, s'embarqua avec eux, et fut poussé par la tempête dans l'Ile de Cithnus. Le pseudo-Néron gagna à sa cause un détachement de soldats qui venaient de l'Orient, massacra ceux qui refusèrent de s'enrôler sous sa bannière et arma les esclaves les plus vaillants. Il répandit au loin la terreur; sa renommée croissait de jour en jour, jusqu'à ce qu'enfin un lieutenant, envoyé par Galba en Galatie et en Pamphilie, Calpurnius Asprenas l'attaquât dans son île de Cithnus, et, après l'avoir tué, fit promener son cadavre en Asie, puis à Rome.

A Othon succède Vitellius; encore un ami et un convive de Néron, qui lui rend publiquement les honneurs funèbres et le fait chanter par ses citharèdes dans ses monstrueux festins. Tandis que ce ventre fait empereur fonctionne dans le Trklinium ou dans le Vomitorium, ce sont les histrions et les cochers du cirque qui gouvernent, c'est l'affranchi Asiaticus qui règne. Asiaticus avait été dans sa jeunesse l'esclave bien aimé de Vitellius; et le maître et l'esclave, égaux par la luxure et l'infamie, s'étaient souillés mutuellement de toutes les débauches innommées qu'inventa la volupté antique. Us de cette existence, l'esclave, un jour, devint marron et s'en alla à Pouzzoîes exercer un métier analogue à celui de nos marchands de coco, c'est-à-dire vendre de l'oxycmt, sorte de mélange d'eau et de vinaigre. Vitellius, passant par cette ville, le reconnut, le fit arrêter, jeter aux fers, mais lui pardonna presque aussitôt et revint à ses sales amours. Puis, ne pou-

vant supporter l'insolence croissante de son mignon, il le vendit à un laniste forain (marchand de gladiateurs), le racheta, et enfin l'affranchit dès qu'il fut nommé gouverneur de la Germanie inférieure. Empereur, il lui donna au milieu d'une orgie le droit de porter les anneaux d'or des chevaliers.

Vitellius lui-même n'avait pas une origine bien plus illustre que son ministre. Ses flatteurs le faisaient descendre de Fa un us, roi des Aborigènes, et de Vitellia, espèce de déesse latine. En réalité, selon le plus grand nombre des auteurs, et surtout Cassius Severus, le trisaïeul de l'empereur était un affranchi , tailleur en vieux, dont le fils, marié à une boulangère d'Antioche, fut père de Vitellius de Nucérie, procureur d'Auguste et premier chevalier romain de la famille. Ainsi, d'une souche servile, déjà, à la quatrième génération , peut sortir un empereur. Bientôt nous allons voir des esclaves môme devenir empereurs.

Dans les luttes entre les compétiteurs à l'empire, les esclaves jouent parfois un rôle important; on a besoin de leurs bras, quelquefois de leurs conseils; on se sert de troupes de gladiateurs pour combattre, et les valets d'armée se vengent sur les citoyens vaincus de la dureté de leur condition. Au sac de Crémone, plus de quarante mille se joignent aux soldats d'Antonius Primus , lieutenant de Vespasicn , pour piller, violer, égorger pendant quatre jours tout ce qu'il y avait dans cette malheureuse cité.

Les barbares profitent des déchirements de l'Empire pour secouer le joug. Un esclave, nommé Anicet, soulève le Pont, s'empare de Trébisonde, y massacre une cohorte, brûle la flotte romaine, et en construit une avec laquelle il lutte contre Virdius Geminas, lieutenant de Vespasien. Anicet s'allia avec un roi du pays; ce fut son malheur; car, trahi par son royal allié, il fut livré aux Romains avec les autres fugitifs, et cette trahison mit fin à cette guerre servile de l'Orient.

Dans l'intervalle de ses orgies, pour défendre son pouvoir chancelant, Vitellius fait des traités avec les alliés, donne le droit de Latium aux nations étrangères, leur accorde des immunités, leur fait remise des tributs, « enfin, comme dit

Tacite, sans souci de l'avenir, lacère l'Empire, » La plèbe se fait acheter, comme les alliés, les nations étrangères et les prétoriens. Un esclave s'offre pour conduire des cohortes et commander une expédition, surprend un corps de troupes flaviennes et obtient de l'empereur, comme récompense, la liberté et les anneaux d'or des chevaliers. La Gaule et la Germanie tentent de reconquérir leur liberté, et là aussi est ébranlée la fidélité des esclaves, qui espèrent dans les hasards de la guerre pour échapper à l'esclavage. Les Fia viens vainqueurs entrent à Rome, comme dans une ville prise d'assaut, après la mort ignominieuse de Vitellius; et le pillage et le massacre sont alimentés par les plus pauvres citoyens de la plèbe, et par les trahisons et les accusations des esclaves , qui se vengent de leurs maîtres.

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