‹ L'église et l'état au CanadaChapitre 4 sur 6 · MORE · texte numérisé non relu

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Puis, au premier jour de l’an que Carleton passe au Canada, Mer Briand se fait un devoir de lui écrire à lui-même :

« Ce n’est pas la coutume, mon illustre Général, qui à formé dans mon cœur les sentiments de respect et du vif et sincère attachement dont il est pénétré pour Votre Excellence, mais il me semble qu’elle m’autorise à les découvrir aujourd’hui. Non, personne, j'ose l’assurer, ne fera des vœux plus ardents que ceux que je forme pour votre conservation et votre bonheur. »

On craignait toujours « de le perdre » : si grand était l’attachement que l’on avait conçu pour lui au Canada. On le perdit une première fois, de 1770 à 1774; mais, cette fois, son absence fut temporaire ; et il fut remplacé à Qaébec par un autre ami du Canada, M. Cramahé. A Londres, d’ailleurs, Carleton n'était absent qu'en apparence de notre pays : son esprit et son cœur étaient avec les Canadiens, auxquels il avait entrepris de procurer une existence acceptable dans leur propre pays natal. Mais le parti anglais lui avait fait tant de misères, qu’on le disait déterminé à ne plus revenir au pays. Les Canadiens français en étaient désolés ; Mgr Briand, surtout, ne pouvait se faire à l’idée de perdre ce bon gouverneur, qui, au risque de se créer des misères, s’appliquait toujours à donner aux instructions intolérantes, vraiment iniques et draconiennes, qu'il avait reçues de la Cour (1), le sens le plus favorable possible aux Canadiens.

Nous avons du Prélat une lettre que nous croyons tout à fait inédite, qu'il adressa à Carleton, à Londres, en 1773. Le gouverneur venait d'épouser la fille du comte d’Effingham : elle accompagna son mari au Canada, et se montra toujours l’amie et la bienfaitrice de nos communautés religieuses, spécialement des Ursulines, où son mari avait reçu autrefois une sicordiale hospitalité (2). Briand félicite d’abord Carleton de l’heureux mariage qu'il vient de faire ; puis il ajoute :

« J'ai bien prié pour votre retour au Canada. Ne manquez pas

à votre parole : vous m'accableriez de peine. Je compte et j'espère vous voir ici le printemps prochain, et je le soutiens à tous nos

(1) Constitutional Documents, t. 1, p. 210.

(2) Les Ursulines de Québec, t. IT, passim.

bi

politiques anglais et français. Mes raisons, les voici; je vous en fais le juge :

« Je leur dis que vous aimez le Canada, que vous avez donné votre parole, et que vous êtes vrai et sincère ; que vous connaissez la nécessité de votre présence en ce pays, et que vous êtes assez généreux pour lui faire ce sacrifice de vos intérêts et de vos plaisirs; que votre nouveau grade de baronnet et votre mariage, au lieu d’être un obstacle à votre retour, vous mettent au contraire en état de nous être plus utile, et que d’ailleurs je ne craignais pas qu’une Dame qui avait su fixer votre cœur fût de caractère à préférer sa tranquillité et sa famiile à la gloire que vous acquièreriez devant les hommes et devant Dieu, si vous veniez achever ce que vous avez projeté. Voilà, mon Général, comment je m’élève au-dessus de ces gens à mauvaises nouvelles, que les uns peut-être débitent par jalousie, et les autres par la crainte et La frayeur qu'ils ont qu'en effet vous ne reveniez point. Je vous assure, — et je parlerais du même ton au Roi, à ses ministres, au Parlement luimême, — que le gouvernement fait une faute, et commet une grande injustice envers les Canadiens, s’il ne vous force pas de revenir, et si l’on ne vous accorde pas ce que vous avez demandé. Les Français n’aiment point le changement : il est préjudiciable, dans les circonstances présentes, à cette colonie. J'entends dire de toutes parts que la Cour ne cherche qu’à nous amuser, qu'on n’a point dessein de donner de règlement, qu'on enverra un autre gouverneur, qui donnera encore de belles promesses, et qui sera retiré au moment qu'on espérait tout de lui, et qu'ainsi l’ardeur du peuple se ralentira par ces délais affectés et cachés sous de spécieux prétextes. On aimerait autant un refus net et absolu que cet état d'incertitude. Vous connaissez assez l’esprit impétueux et ardent du Français, et le caractère du Canadien, pour ne pas désapprouver ma politique : il est accoutumé à être décidé par ses supérieurs; il parle quelque temps, mais il se soumet et subit le joug, et se tait bientôt. Les intelligents savent bien que Ja Cour d'Angleterre pense ainsi de notre nation, et voilà ce qui les fait soupçonner qu'on les joue par de belles promesses qui ne seront jamais exécutées.

« Sur tout cela, au reste, je suis très indifférent. Depuis treize ans je me suis toujours occupé d’allier les intérêts de ma foi avec ceux du gouvernement, en suivant les seuls principes de ma reli-

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