III. — SOLUTION DU CONFLIT
Galon était revenu de Pologne (5). Il n'y avait pas d'évèque officiel de Beauvais. Galon chercha à se concilier la faveur
(1) Baronius ad llOi. Dlugocz ^.'?eî* Longinus), Historia polonica I, 354. Luchaire, op. cit., n» 17.
(2) Lettres 104-105, d'Ivesde Chartres.
(3) Lettre d'Ives à Pascal, 110. Il envoie Galon porter celte lettre.
(4) Luchaire, Annales de Louis VI, n" 28.
(5) Cf. Vita Anselmi, par Eadmer, II, m. Bouq. XV, 130, not.
du roi en investissant son parent Eudes de l'église de Beauvais en Beauvaisis (1). Bien qu'il fût consacré par le pape (2), Manassès (3) refusait toujours de le considérer comme évêque, et le roi, tenu par son serment, ne voulait pas l'investir (4). Aussi, comprenant que la situation était intenable, l'évêque élu et consacré, Galon, s'en retourna à Rome (5).
Là-dessus mourut Foulque, l'évêque de Paris, et aussitôt Ives de Chartres, le grand arbitre, l'ami de toutes les conciliations, entrevit l'arrangement possible. Les Conciles de Troyes et de Beaugency allaient s'ouvrir. Il fallait résoudre cette affaire pour que le roi pût recevoir l'absolution. Le serment de Philippe l'empêcliait de laisser jamais Galon s'installer à Beauvais : il n'y avait qu'à nommer Galon évêque de Paris! Ainsi le serment serait respecté, l'évêque consacré par Pascal serait évêque, le pape serait satisfait et l'on pourrait absoudre Philippe, reconcilier la France avec Rome. C'est ce que comprirent parfaitement les clercs de Paris.
Pascal trouva un excellent moyen de renvoyer Galon en France, d'une manière quasi-officielle, en lui remettant une lettre ou en lui confiant une mission relative à la prochaine absolution de Philippe (6).
(Ij Luchaire, Annales, p. CLXV.
(2) Par le pape, lors de son voyage à Rome (Manassès avait, nous l'avons vu, refusé de le consacrer). Aussi Ives l'appelle-t-il Dominum G. Beivac. ecclesie consecratum. Ep. 145, ad Manassem, (1104) et le traité de coepiscopum, Ep. 144.
(3) Comme le prouve la lettre de reproches faits par Ives à Manassès (145) à ce sujet.
(4) Et aussi parce que Galon était déjà consacré. C'eût été abandonner les prérogatives royales.
(5) Comme il ressort de ce que nous disons ci-dessous, note 6.
(6) C'est ce qui ressort du passage d'Eadmer cité page 66 et de la note 2 de la page 66 et de cette phrase de la lettre 144 d'Ives de Chartres : « Verba quae domno Galoni nostro coepiscopo injunxistis)). Mais ce n'est, en aucun cas, comme le prétend D. Brial, la bulle du pape aux clercs de Paris (Bouq. XV, 28), dans laquelle Pascal leur recommande l'élu (Galon) qui revient de Rome muni de recommandations et de pouvoirs. Cette lettre étant datée du 4 avril ne saurait être de 1104, puisque Foulque meurt le 4 avril 1104, et Galon ne peut avoir
l'élection épiscopale de beauvais
Il revint en France, dit Eadmer (1), muni d'une légation apostolique et d'un os de sainte Prisca.
Les clercs de Paris l'élurent comme évêque en remplacement de Foulque, et il assista au Concile de Beaugency (2) en qualité d'évêque élu. C'était une demi-défaite pour le roi (3), mais aussi pour le pape qui attendit, avant de ratifier ce choix (en donnant au rnétropolitain la dispense de translation) jusqu'à l'année suivante, et hésita avant de consacrer Galon évêque de Paris, après l'avoir consacré évêque de Beauvais.
Ives demanda avec insistance à Pascal (4) d'autoriser ce transfert de Beauvais à Paris qui devait enfin rendre la paix à l'Église de France et en particulier à celle de Beauvais. Philippe et Louis y consentaient « par amour pour le pape »; les vœux du clergé et du peuple s'accordaient pour appeler Galon à Paris. Ives demanda en même temps à Daimbert, le métropolitain de Sens, d'appuyer auprès du pape sa demande (5) de translation, car cette translation devait se faire par le métropolitain sur dispense du pape.
été élu à sa place avant sa mort. Cette lettre concerne le retour de Galon à Paris revenant de Rome en 1105. La lettre perdue de Pascal que rapportait Galon en H04, est bien celle que laisse supposer Ives (Ep. 144). D'après cette lettre d'Ives, Galon serait rentré en France avant le 30 juillet 1104, date du Concile de Beaugency, date qui concorde avec le passage cité d'Eadmer (v. n. 1) qui rapporte que Galon passa voir Anselme à Lyon en 1104 (Anselme resta à Lyon de Noël 1103 à avril 1105) .
(1) Eadmer, Vita Anselmi, II, IIL Bouq. XV, 130.
(2) Titres de FÉglise de Beaugency. Gallia, IV, 124. C'est le seul texte qui permette de dire que Galon était évêque élu de Paris et qui explique par conséquent la chronologie de toute cette affaire, donnant une indication précise sur la date de l'élection de Galon. Le passage d'Eadmer peut aussi se comprendre en flxant à avril 1105 la visite de Galon à Ainselme, à son retour de son troisième voyage à Rome. Le pape l'avait consacré vers le 5 avril (la lettre aux clercs de Paris est du 6). Or, Anselme restant seize mois à Lyon, du 25 décembre 1103 au 25 avril 1105, du 6 au 25 avril Galon a tout le temps d'aller de Rome à Lyon.
• (3) C'est ce que ne fait pas assez ressortir Luchaire (p. CLXV) qui montre uniquement la défaite du pape.
(4) Ives, Ep. 144.
(5) Ives, Ep. 149.
Galon resta en France de juillet à fin 1104. Nous le retrouvons, le 2 décembre 1104, au Concile de Paris, auquel il prit part comme évêque de Paris (1), mais il n'était pas encore consacré. Il dut faire un troisième voyage à Rome où Pascal le consacra évêque de Paris.
Le pape fit part de cette consécration au métropolitain dont Galon était le sufïragant, Daimbert (2), et au clergé de Paris auquel il recommanda le nouvel évêque (3).
Cette fois Galon était définitivement évêque de Paris. La paix fut rendue à l'Église de Beauvais où on cessa d'imposer Etienne de Garlande sur le siège épiscopal (4). Les clercs de Paris remercièrent Pascal (5), tandis que ceux de Beauvais procédaient régulièrement, canoniquement et catlioliquement, à une nouvelle élection (6) : et plus rien ne vint désormais troubler la bonne entente qui régna entre Pascal et Pliilippe et qui fut scellée en 1107 par le voyage de Pascal en France.