CONDAMNATION PORTEE PAR LE PAPE PIE IX
Notre Saint-Père le Pape Pie IX dans son Encyclique du 8 décembre 1864, s'exprime en ces termes sur la liberté de conscience : « Contrairement à la doctrine de l'Ecriture, de l'Eglise et des saints Pères, ils n'hésitent pas (nos modernes politiques) à affirmer « que le meilleur gouvernement est celui où l'on ne reconnaît pas au pouvoir l'obligation de réprimer, par des peines de droit, les violateurs de la religion catholique, si ce n'est quand la paix publique le demande. » Par suite de cette idée de gouvernement absolument fausse, ils ne craignent pas de favoriser cette opinion erronée, on ne peut plus fatale à l'Eglise catholique et au salut des âmes, que notre prédécesseur de vénérée mémoire, Grégoire XV la nommée un délire, savoir « que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre de tout homme, droit qui doit être proclamé et affirmé par la loi dans toute société bien constituée, et que les citoyens ont droit à une complète liberté, sans limitation possible de la part d'aucune autorité soit ecclésiastique, soit civile, de manière qu'ils puis-
sent ouvertement et publiquement, par la parole, la presse ou autrement, manifester et déclarer leurs opinions quelles qu'elles soient. » Et en produisant ces téméraires affirmations, ils ne pensent pas ni ne considèrent que c'est une liberté de perdition qu'ils prêchent (1). »
L'erreur condamnée ici par le Pape suppose non-seulement que l'Etat abandonne tout rapport à l'ordre surnaturel, mais qu'il apostasie absolument. Se renfermant dans les bornes de la pure nature, ne mettant aucune différence entre la vraie et la fausse croyance, l'Etat n'a plus de raison pour protéger par ses lois la religion catholique. Pour lui l'offense faite à Jésus-Christ et à son Eglise n'est plus un délit social. Devant ses lois, le fidèle et l'incrédule, l'orthodoxe et l'hérétique se valent. Néanmoins, même en ces conditions, il ne saurait dire qu'il est affranchi entièrement de tout rapport religieux. Dans l'ordre même purement naturel, le gouvernement ne cesse d'être le ministre de Dieu et il reste tenu de procurer en cette qualité la gloire de son Seigneur. Accorder la liberté de conscience absolue, il ne le pourrait pas, au moins en tant qu'une pareille liberté exclut tous les cultes ou en
(1) Atque contra Sac f arum Litterarum, Ecclesiœ, sanctorumque Patrum doctrinam , asserere non dubitant, « optimam esse conditionem societatis in quâ Imperio non agnoscitur officium coercendi sancitis pœnis violatores catholicœ religionis, nisi quatenus pax publica postulet. » Ex quâ omnino falsâ socialis regiminis ideâ haud tintent erroneam illam fovere opinionem catholicœ Ecclesiœ animarumque saluti maxime exitialem, a rec. mem. Gregorio XVI Prœdecessore Nostro deliramentum appellatam, niynirum, « libertatem conscientiœ et cultuum esse proprium cujuscumque hominis jus, quod lege proclamari et assert débet in omni recte constituta societate, et jus civibus inesse ad omnimodam libertatem nulla vel ecclesiastica vel civili auctoritate coarctandam, quo suos conceptus quoscumque sive voce, sive typis, sine alia ratione palam publiceque manifestare ac declarare valeant. •» JDum vero id temere affirmant, haud cogitant et considérant, quod libertatem perditionis prœdicant. Encyclique Quanta cura § Atque contra.
renferme de contraires aux principes évidents de la raison. Il ne le pourrait que s'il venait à nier Dieu d'où lui vient son pouvoir. Car s'établissant ainsi dans l'athéisme politique, il est naturel qu'il ne s'aperçoive aucunement du devoir qu'il a d'agir par ses lois sur les actes et le langage de ses sujets en ce qui regarde la religion et les mœurs. En cet état il est obligé de leur laisser une pleine liberté de principes, non-seulement pour ce qui est de professer telle ou telle foi, mais encore pour ce qui est de n'en professer aucune et de manifester extérieurement sans contrainte leurs pensées et leurs sentiments intérieurs. En d'autres termes, il est logiquement forcé de leur concéder une pleine liberté de conscience. Et telle est la conquête capitale, but des aspirations des ennemis de la société et de l'Eglise, qui espèrent follement détruire ainsi et l'une et l'autre.
Leur prétention s'appuie d'abord sur deux sophismes.
Ils disent : l'Etat est distinct de l'Eglise, donc il doit en être séparé ; l'Etat ne peut créer la vérité, donc il ne peut ni la reconnaître ni conséquemment la protéger. Mais parce que les sophismes ne durent pas longtemps et finissent toujours par apparaître ce qu'ils sont, les partisans de la liberté de conscience ne se contentent pas de les accepter comme une conséquence du fait de la séparation de l'Etat et de l'Eglise, mais ils demandent sans détour qu'on les accepte comme un principe au-dessus de toute controverse et comme un droit propre, essentiel à l'homme. C'est pourquoi le devoir de l'État étant de reconnaître et de sauvegarder les droits des citoyens, de la prétention qu'ils ont établie il leur est très-facile d'inférer que la reconnaissance et le maintien de la liberté de conscience et des cultes est de l'idéal de la société, et qu'il n'est pas sans cela de gouvernement juste et bien constitué. Ainsi après avoir enlevé à l'Etat la protection de la vérité, ils lui imposent comme un devoir la protection de l'erreur.
Ils le contraignent non-seulement à se déclarer athée, mais à soutenir que la profession d'athéisme est essentiellement requise pour faire un gouvernement parfait.
Dans son Encyclique le Saint-Père poursuivant l'erreur en tous ses détours, proscrit la liberté de conscience comme étant la conséquence du naturalisme et de l'athéisme politique. Il ne s'arrête pas là; il la détruit en ellemême, déclarant qu'elle n'est pas un droit mais un délire de l'homme. Et parce qu'il n'est pas rare qu'on la désire et qu'on l'aime non pas en tant que principe dogmatique, mais seulement comme expédient très-avantageux, le Pape déclare que loin d'êtra une liberté de salut, elle est une liberté de perdition. Nous allons montrer brièvement la justesse de ces deux parties de la censure pontificale.
c'est a bon droit que le pape qualifie de délire