‹ L'église et l'état dans leurs rapports mutuelsChapitre 26 sur 78 · SON PLAN · texte numérisé non relu

SON PLAN

L'Etat séparé de Dieu et de l'Eglise veut cette même séparation dans la sphère privée de la famille (1). C'est une conséquence très-naturelle du naturalisme politique, et le contraire étonnerait. Tout être est diffusif de soi, par l'assimilation qu'il se fait du sujet sur lequel il agit. L'Etat étant donc détaché de la religion et conséquemment de Dieu aspire à imprimer son apostasie sur toute chose et surtout sur la société domestique soumise avant toute autre à son action. De plus l'athéisme de l'Etat serait bien compromis, s'il n'existait pas dans la famille. Car un ordre public qui aurait contre lui le sentiment privé ne subsisterait pas longtemps. N'est-ce pas en effet de la famille que sortent les gouvernants, lesquels, s'ils n'étaient irréligieux, ne s'efforceraient pas de maintenir la société dans l'irréligion ? C'est xlonc le souci même de

(1) Nequc contenti amovere religionem a publica societate volunt religionem ipsam a privatis etiam arcere familiis. Encyclique Quanta cura § Et quoniam.

sa propre conservation, à défaut d'autre motif, qui force le naturalisme politique à faire la famille sans Dieu.

Et pour atteindre ce but, il ne lui suffit pas de déconsacrer les noces par le mariage civil, il lui faut en outre profaner le cercle même de la constitution domestique, en soustrayant entièrement les enfants à l'influence de l'Eglise et aux rayons féconds de sa doctrine. Pour ce faire, il se soumet leur éducation, et afin de colorer par une apparence juridique cette inique usurpation des droits paternels, il pose en principe cette erreur funeste du communisme et du socialisme : que la société domestique reçoit de la société civile toute sa raison d'être, et par conséquent que de la loi civile seule proviennent et dépendent tous les droits des parents sur leurs enfants, spécialement celui de les élever et de les instruire. « Enseignant et professant la funeste erreur du communisme et du socialisme, ils affirment que la société domestique ou la famille tire toute sa raison d'être du droit civil seulement , et en conséquenee que de la loi civile seulement découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, mais surtout le droit de prendre soin de leur instruction et de leur éducation. Par ces maximes impies et ces machinations, ces hommes de mensonge tendent surtout à soustraire complètement Vinstruction et V éducation de la jeunesse à la doctrine salutaire et à Vinfluence de VEglise. (1) » Et parce que l'instrument de l'action de l'Eglise et le ministre de son

(1) Funestissimum Communismi et Socialismi docentes ac profitentes errorem , asserunt societatem domesticam seu familiam totam suas existuntiœ ratiomm a jure dumtaxat civili mutuari ; proindeque ex lege tantum civili dimanare ac pendere jura omnia parentum in filios, cum primis verojus institutionis educationisque curandœ. Quibus impiis opinionibus machinationibusque in id prœcipue intendunt fallacissimi isti homines, ut salutifera catholicœ Ecclesiœ doctrina ac vis ajuveniutis institutione et educatiêne prorsus eliminetur. Ibid. 1. c.

enseignement c'est le clergé , le naturalisme politique veut qu'il soit absolument écarté de l'institution et de l'éducation de la jeunesse, répandant honteusement l'idée que les ecclésiastiques ne sont plus en mesure de correspondre au progrès de la civilisation et des sciences : « Voilà pourquoi le clergé régulier et séculier malgré les plus illustres témoignages rendus par l'histoire trèscertaine à ses ini7nenses services dans l'ordre chrétien, civil et littéraire ne cesse d'être de leur part l'objet de toutes sortes d'atroces persécutions, et pourquoi ils publient que le clergé étant ennemi des lumières, de la civilisation, et du vrai et utile progrès, il faut lui ôter l'instruction et l'éducation de la jeunesse (1). »

Voilà comme le Pape nous fait connaître et nous décrit le plan et la manière d'après lesquels le naturalisme politique cherche à envahir les droits du père sur l'éducation des enfants. Il nous déclare le but auquel il aspire : priver l'éducation de la jeunesse de toute influence religieuse, le moyen qu'il emploie: éloigner le clergé de cette éducation, le principe qu'il invoque : l'origine civile des droits domestiques, principalement de ceux du père sur ses enfants. Nous allons donc voir la perversité de ce but, l'injustice de ce moyen et l'absurdité de ce principe.

§ II

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