PERVERSITÉ DU BUT
Nous ne ferons pas de longs raisonnements : nous allons envisager ce but en tant seulement qu'il entraîne avec soi
(1) Quocirca numquam cessant utrumque Clerum, ex quo, veluti e.ertissima historiée monumenta splendide testantur, tôt magna in christianam, civilem et litterariam rempublicam commoda redundarunt, quïbuscumque infandis modis divexare et edicere ipsum Clerum, utpote vero utilique scientiœ et civilitatis progressui inimicum, ab omni juventutis instituendœ educandœque eura et officio esse amovendum. Ibid. 1. c.
la mort de la jeunesse au point de vue moral. S'il est un âge qui ait un besoin absolu de religion sous ce rapport c'est incontestablement la jeunesse. Tout concourt à la pervertir : la corruption naturelle, la mobilité de l'imagination, l'ardeur des passions, la fascination des objets sensibles, l'inexpérience de la vie. L'adolescent ressemble assez à une barque qui, peu solide et disjointe, est battue par les flots de la haute mer. Comment pourra-t-il sans un secours d'en haut échapper à la tempête ? Et ce secours supérieur qui peut le lui donner sinon la religion?
Par suite du désordre, conséquence du péché originel, la pensée et le cœur de l'homme sont inclinés au mal dès l'enfance (1). Les choses présentes séduisant l'âme naïve par le faux plaisir qu'elles promettent, reuversent son jugement et lui obscurcissent la vue des vrais biens (2). Pour résister aux assauts et aux séductions du vice, parmi une si grande fragilité naturelle, il n'y a pas de plus fort moyen que la sainte crainte de Dieu : « Comment puis-je faire ainsi le mal et pêcher contre mon Dieu ? (3) » Tel fut le bouclier de Joseph: il émoussa ainsi les traits perfides lancés à son innocence par son impudique maîtresse. Par un moyen si puissant, il persévéra intrépide et ferme, nonobstant les continuelles importunités de chaque jour (4). Or comment, sans les soins assidus et maternels de la religion, enraciner dans l'esprit et le cœur des jeunes gens cette sainte crainte de Dieu? Ceux qui y travaillent savent par expérience combien il est difficile, même avec ces soins, de préserver longtemps l'ardente jeunesse des pièges et des abîmes qui s'offrent à elle à chaque pas. Et l'on espérera pouvoir la garder
(1) Oreu. vin, 21,
(2) Sap. iv, 12.
(3) Gen. xxnx, 9.
(4) Ibid.
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intacte en lui soustrayant ce secours! Un inévitable effet de ce système impie sera la corruption précoce du cœur de l'enfant ; et la corruption du cœur sera suivie de celle de l'esprit.
On est épouvanté du honteux spectacle donné dernièrement par les étudiants de bien des pays au congrès de Liège. Les plus horribles blasphèmes y furent proférés contre Dieu et l'Eglise, les vœux les plus sanglants y furent exprimés contre la société. On ne peut pas se faire à l'idée que dans ces esprits tendres encore des pensées et des sentiments si atroces pussent habiter. Voulez-vous la cause prochaine de cette perversité, on peut dire que c'est l'immoralité: la laideur du cœur produit l'imbécillité de l'esprit. Mais veut-on en savoir la cause éloignée, il n'en est pas d'autre que l'éducation athée reçue par ces malheureux dans les collèges et dans les universités.
Le jeune homme ainsi perverti dès ses vertes années, il lui devient très-difficile, je dirais même impossible de se corriger dans son âge mûr, même dans sa vieillesse; l'adolescent, dit l'Ecriture, suit sa voie ; même quand il aura vieilli, il ne s'en écartera pas (1). Cette maxime se vérifie surtout par rapport au vice qui trouve dans la nature corrompue et l'entraînement des sens un continuel ferment. Mais c'est en vain que nous signalons les dommages causés par le bannissement de la religion de l'éducation de la jeunesse. Les fauteurs du naturalisme politique loin de s'en épouvanter, s'en félicitent, car c'est justement ce qu'ils cherchent pour arriver à la réalisation de leurs plans de perversion et de désordre. L'Encyclique pontificale le fait très-bien remarquer: « Ils entendent surtout soustraire Vinstruction et V éducation à V action salutaire et à f influence de l'Eglise afin de souiller misérablement
(1) Prov. xxii, 6.
et de dépraver l'âme tendre et flexible des jeunes gens par toutes sortes de pernicieuses erreurs et de vices. En effet tous ceux qui ont essayé de bouleverser Vordre civil et tordre sacré et de renverser les principes sociaux et d'anéantir toutes les lois divines et humaines ont toujours appliqué leurs conseils, leur activité et leurs efforts à tromper et à dépraver spécialement l'imprévoyanf '^jeunesse; et c'est dans la corruption des jeunes gens qu'ils ont placé toute leur espérance (1). » De là il résulte que la perversité du but que se proposent ces hommes croît immensément en malice, en tant qu'elle s'étend à la destruction de la société tout entière qu'ils voudraient voir moralement ruinée et livrée en proie à toute sorte de crimes. Ce qui arrivera infailliblement si l'on bannit la religion de la société. « La science de Dieu n'est plus sur terre. L'outrage et le mensonge et le vol et l'adultère débordent comme un déluge et le sang touche le sang. Aussi le pays sera en deuil et quiconque y habite s'allanguira (2). »
§ III