‹ L'église et l'état dans leurs rapports mutuelsChapitre 30 sur 78 · LE NATURALISME POLITIQUE DÉGRADE ET ARRUTIT LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LE NATURALISME POLITIQUE DÉGRADE ET ARRUTIT LA SOCIÉTÉ

Nous avons d'abord envisagé le naturalisme politique en lui-même, et nous en avons vu la malice intrinsèque. Passant de là à ses conséquences dans l'ordre social, nous avons aperçu ses funestes effets dans l'obscurcissement de l'idée de droit à laquelle est substituée la force exprimée par ces deux faux principes que l'opinion publique est la règle souveraine de l'honnête et que les faits accomplis par cela seul qu'ils sont accomplis sont légitimes ; nous avons ensuite examiné le tort qu'il faisait à la royauté et à la liberté des peuples, et nous venons de terminer en montrant comment il envahit les droits mêmes de l'autorité paternelle. Pour très-graves que soient ces conséquences, elles ne sont néanmoins pas les dernières : il en est une plus extrême. C'est le renversement total du but même de la société par une vraie dégradation de celle-ci. Cette conséquence nous paraît annoncée dans ces paroles du Pape montrant où aboutit finalement une société privée des lumières et des secours de l'Eglise : « Qui ne voit, dit-il, et qui ne sent très-bien qu'une société soustraite aux lois de la religion et de la véritable justice ne peut avoir d'autre but que d'amasser, d'accunmler des richesses, ni suivre dans toutes ses actions (fautre loi que son indomptable désir de satisfaire

ses passions et d'avoir des jouissances ? Voilà pourquoi les hommes de cette trempe poursuivent de leur haine amère les ordres religieux quoique ayant souverainement mérité de la religion, de la société et des lettres, et pourquoi ils déblatèrent contre eux répétant qu'ils n'ont aucune raison légitime d'exister (1). » Le Saint-Père nous avertit par là qu'une société séparée de la religion, et par conséquent ayant perdu l'idée vraie de la justice, ne peut se fixer d'autre but que l'acquisition et l'accroissement des richesses, ne suivre d'autre loi pratique que l'utile. La raison en est qu'une société séparée de la religion ne peut reconnaître à ses membres d'autre fin que la passion et le bien-être temporel. D'où il suit qu'elle doit nourrir contre les ordres religieux une haine implacable et ne pas trouver en eux de raison d'être légitime. Perversion de la fin sociale, cause prochaine de cette perversion, effet immédiat qui s'ensuit, tels sont les trois points que renferme le passage cité de l'Encyclique.

Si le Saint-Père se fût contenté d'affirmer le fait pur, nous n'aurions pour le justifier qu'à jeter un coup d'oeil sur la voie honteuse dans laquelle est entrée l'Italie, depuis que la révolution y a inauguré son régime d'ordre moral. Mais le Pape affirme quelque chose de plus. Il affirme la nécessité logique de cette perversion de la société : elle ne peut avoir d'autre but (2). Démontrer que

(1) Ecquis non videt planeque sentit hominum societatem, religionis ac verœ justitiœ vinculis solutam, nullum aliud profecto propositum habere posse, nisi scopum comparandi cumulandique opes, nullamque aliam in suis actionibus legemsequi, nisi indomitam animi cupiditatem inserviendi propriis voluptatibus et commodis ? Eapropter ejusmodi homines acerbo sane odio insectantur religiosas familias quarnvis de re christiana, civili ac litteraria summopere méritas, et blaterant easdem nullam habere légitimant existendi rationem. Encyclique Quanta cura, § Etquoniam.

(2) Nullum aliud propositum habere posse. Ibid.

cela est ne suffit donc pas ; il faut en outre démontrer que cela doit être : c'est-à-dire que la séparation d'avec Dieu et d'avec l'Eglise conduit nécessairement à l'ignorance de la fin individuelle et par là à la perversion de la fin sociale ; et que de là vient l'horreur que les hommes de la révolution manifestent pour les ordres religieux. Ces trois choses feront la matière de ce chapitre.

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