‹ L'église et l'état dans leurs rapports mutuelsChapitre 35 sur 78 · ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

ECCLÉSIASTIQUES

Il s'agissait aux Chambres italiennes de décréter de confiscation les biens ecclésiastiques.

Veut-on connaître l'argument invoqué par ces législateurs? Le voici dans toute sa simplicité : L'Etat a droit de supprimer l'être moral; l'être moral supprimé, l'Etat a droit de s'en approprier les biens, car il est héritier légitime puisqu'il s'agit de biens vacants. Or c'est ce que fait la loi proposée, donc cette loi est très-juste (1).

(1) Que telle ait été la substance des preuves invoquées, c'est ce que reconnut Mirabelli dans son discours au Sénat : « L'honorable rapporteur de la Commission, dit-il, dans une savante relation qu'il a écrite avec une rapidité prodigieuse, a démontré que l'Etat, en des circonstances déterminées de fait et de condition sociale, a droit de supprimer la personne morale... Il a démontré, de plus, que, la personne morale supprimée, etle propriétaire défunt, c'est l'Etat qui hérite, les héritiers naturels faisant défaut. » Atti uff. Sénat, del Regno. Sedut. degli 8 Agost. 1866.

Ayant ainsi reproduit l'argumentation du rapporteur, Mirabelli n'osa pas concéder en général « que l'Etat a le droit de succéder à toutes les personnes morales qu'il supprime; » mais il l'admit pour l'être moral ecclésiastique en en donnant cette sublime raison : «l'Eglise, dit-il, fut pendant très-longiemps intimement unie a l'Etat, jusqu'à ce que, par sa faute (bien entendu), cette union vint à se briser. Or le patrimoine ecclésiastique se forma justement pendant la période d'union; et partant il doit être regardé

L'argument n'est pas nouveau. C'était déjà celui des fermiers dont l'Evangile dit qu'ayant aperçu le fils de leur maître ils se dirent entre eux : « Celui-ci est V héritier, venez, tuons-le et nous aurons son héritage (1). » Et il ne faut pas croire que c'est une simple parabole: l'histoire rapporte que Tibère, Caligula, Néron et ces autres monstres qui furent sous le nom d'empereurs le fléau de l'univers, trouvèrent eux aussi l'expédient de supprimer de temps à autre quelques riches propriétaires pour s'en déclarer les héritiers. Mais pour vieux que soit l'argument, il n'en est pas moins très-bon, il est même le seul que puissent invoquer les malfaiteurs.

Seulement le rapporteur de la loi a négligé de prouver, ce qu'il aurait dû faire, sa double affirmation: que FEtat peut supprimer l'être moral, et que par le fait de cette suppression il en devient l'héritier légitime. Chose impossible, car ces deux propositions sont inadmissibles. Notre

comme appartenant à l'Etat avec destinations religieuses. L'Etat, d'après cela, a donc le droit de le liquider, et, dans cette opération, de s'en approprier une partie. »

Mais l'honorable Sénateur ne s'est pas aperçu qu'avec son raisonnement on pouvait arriver à la même conclusion relativement au droit de l'Eglise sur les biens de l'Etat. En effet, si, pendant l'étroite union des deux sociétés, tout ce que put acquérir l'Eglise dut être regardé comme le patrimoine de l'Etat avec destination religieuse, on doit dire également que tout ce que put acquérir l'Etat doit être tenu comme patrimoine de l'Eglise avec destination civile. En conséquence, puisqu'on donne à l'Etat le droit de liquider les biens de l'Eglise, on devra reconnaître aussi à l'Eglise le droit de liquider les biens de l'Etat. Nous ne voyons pas pourquoi l'on admettrait la première chose, tout en rejetant la seconde; car l'Eglise est comme l'Etat, une véritable société parfaite ayant tous les droits qui résultent de la nature de société parfaite. Soit, reprendra l'honorable Sénateur, mais l'Etat a la force en mains, et elle fait défaut à l'Eglise. A la bonne heure. Voilà qui tranche définitivement la controverse ; il fallait donc le dire dès le commencement et nous épargner un sophisme inepte.

(1) Matt. xxr, 38.

siècle qui vante si haut la liberté d'association devrait bien comprendre que parmi les droits innés de l'homme, droits que la société ne peut annuler, qu'elle est même obligée de reconnaître et de protéger, on compte celui de s'associer et de réunir ses efforts pour atteindre un but honnête. Voilà l'être moral , que la société civile, être moral elle-même, doit respecter, proportion gardée, comme la personnalité humaine, personnalité que nul en se faisant citoyen ne veut abdiquer, mais entend plutôt mettre à l'abri de la violence sous la protection des pouvoirs publics. Ainsi l'être moral résulte du droit naturel qu'a tout homme d'user librement de sa propre activité, sans nuire à autrui ; et l'Etat qui ne lui donne pas l'existence, ne peut non plus la lui enlever. Il n'y a guère que le motif de sa propre défense qui pourrait conférer à l'Etat ce droit, si l'être moral dont il s'agit menaçait, par exemple, son existence, ou contrariait sa fin. Mais alors nous sortirions de la question, car il ne s'agirait plus d'une association dont le but est honnête, mais d'une association malfaisante. Ce que nous venons de dire doit s'entendre de l'être moral naturel ; à combien plus forte raison de l'être moral ecclésiastique dont le principe est plus haut : l'être moral ecclésiastique appartient au corps de l'Eglise, fait partie intégrante de son organisme, est un instrument de son action. Il a son origine en elle et pour elle; il vit de sa vie, est informé du même principe vital. Que fait ici l'Etat? Comment pourrait-il bien s'arroger le droit de détruire une existence qui ne dépend pas de lui? L'Eglise fondée de Dieu immédiatement est d'origine divine. Etablie comme royaume de Jésus-Christ, elle a des droits divins. Et cette qualité d'origine et de droits, elle la communique et l'étend à toutes les parties organiques qui forment son développement et à toutes les personnalités particulières qu'elle engendre dans son propre sein. Elle seule donc, qui fait naître ces institutions particulières en leur don-

nant de sa propre vie, peut les détruire en leur retirant son influence vivificatrice.

Mais au moins, demandera-t-on, le droit de défense affirmé plus haut, relativement aux êtres moraux d'ordre purement naturel , sera-t-il reconnu ici à l'Etat? Cettequestion, répondrons-nous, repose sur une absurde supposition, sur la supposition qu'un être moral créé par l'Eglise puisse comme tel tendre à une fin malhonnête et nuire au bien-être de la société. Les détracteurs même les plus acharnés des ordres religieux n'osent la produire, et ils se rejettent sur la condition des temps qui est changée et sur la décadence des mœurs primitives. Mais qui peut en juger sinon f l'Eglise? Elle seule peut décider avec autorité de l'opportunité de ce qui touche à la morale et à la religion des peuples; et seule elle peut s'opposer aux abus existants, s'il en est, par la réforme, et, où il le faudrait, même par l'abolition.

Mais, répliquera-t-on, s'il ne peut leur enlever l'existence, au moins l'Etat peut-il refuser à ces êtres moraux la reconnaissance juridique et la protection des lois. En agissant ainsi il ne fait aucune injustice, il refuse simplement une faveur, et certainement il ne doit pas se croire obligé à accorder une faveur. Mauvaise raison : car c'est une injustice manifeste de refuser à autrui ce qu'on est tenu de lui accorder. Dès lors que le droit d'association est naturel à l'homme, l'Etat ne peut dénier à l'être moral qui en résulte la protection des lois, car il esttenu comme tel à reconnaître et à garantir tous les droits des citoyens. A plus forte raison si ce droit se trouve, dans un peuple catholique, en vertu de la divinité de la religion qu'il professe élevé à un ordre supérieur, dont cet être moral fait partie ! Ce qui a d'autant plus de valeur pour l'Italie qu'elle s'est obligée par le premier article du Statut à reconnaître pour seule religion la religion catholique, apostolique et romaine. Qu'est-ce en effet que reconnaître

une religion dont l'essence est d'être une société, sinon reconnaître non-seulement ses dogmes et sa morale, mais encore - sa discipline, ses droits , son organisme et les institutions qui l'aident à atteindre sa fin?

Que si l'Etat n'a pas le droit de supprimer l'être moral, beaucoup moins a-t-il le droit de s'en approprier les biens. De même que la personnalité de l'être moral résulte de l'épanouissement et comme de la fusion des personnalités particulières des êtres physiques qui le composent, ainsi en est-il de tous les droits qui dérivent de cette personnalité. C'est pourquoi l'être moral étant légitimement dissous, ces droits ne périssent pas entièrement ; mais, pour les matières dans lesquelles ils seraient divisibles, ils reviennent naturellement aux parties qui composaient le tout. Si donc on vient à dissoudre légitimement l'être moral, la propriété, qui est incontestablement un droit divisible, retourne de sa nature aux sociétaires, et ceux-ci en sont les héritiers naturels. Le seul cas où cela n'a pas lieu, c'est lorsque la propriété ne provient pas des membres mêmes de l'association, mais d'ailleurs, et qu'elle a été établie pour une lin à laquelle l'être moral seul pouvait tendre. Elle est alors dévolue au chef de cette association pour qu'il la fasse servir à une fin qui soit le plus possible analogue à la première. C'est notre cas; la propriété ecclésiastique a été fondée par de pieux donateurs pour une fin religieuse ; et partant, au cas d'extinction légitime de l'être moral auquel elle a été destinée, elle appartient au chef de la religion, au Pape, et sous lui aux évêques qui sont de sa communion. Avec cela comment ose-t-on dire encore que l'Etat, faute d'héritiers naturels, prend possession du patrimoine de l'être moral ecclésiastique? L'Eglise est-elle donc détruite par tout l'univers? Le Pape a-t-il donc cessé d'être le modérateur suprême de cette divine société, et l'Etat lui a-t-il succédé? Au surplus l'être moral ecclésiastique fait partie de l'Eglise et pos-

sède au nom de l'Eglise. La partie faisant défaut, le tout subsiste, et le possesseur subalterne venant à manquer, reste le possesseur principal. Comment donc les biens qui ont une fois appartenu à un ordre religieux quelconque, peut-on les déclarer vacants? Sont-ils donc vacants les biens de celui qui meurt en laissant vivante toute sa parenté?

Mais c'est peine perdue de réfuter leurs sophismes : s'ils pèchent, ce n'est pas par ignorance, c'est par malice. Ils ne veulent ni d'Eglise, ni de Jésus-Christ, et beaucoup moins du Pape. « La Papauté, disait l'un des leurs en plein Sénat, est une institution séculière voilée d'apparences religieuses (1). » Ils ont bien juré, c'est vrai, l'observation du Statut, mais pour eux, le serment est un vain jeu de paroles. Ils haïssent la religion, et la fatiguent par de continuels assauts parce qu'ils pensent la détruire. Le chevalier àlbéri l'a remarqué avec beaucoup de sagesse : « Le mouvement antireligieux qui a inspiré et conduit

(]) Atti uff. Senato del Regno, n. 75, p. 246.

Elles sont vraiment incroyables les sottises que ce sénateur a débitées : pour en donner un exemple, il affirme que la Papauté « dans son principe (avant qu'elle ne dégénérât) fut une grande conception des peuples latins. » Voilà sa science historique. Il dit ensuite (spécimeu de sa connaissance en droit) que « la personne morale n'est qu'une idée, » qu'elle est « un nonêtre et que non entis nulle? sunt proprietates. » Mais si la personne morale est un non être et partant incapable de posséder, comment se fait-il que la société (l'Etat), qui au fond n'est qu'une personne morale, non-seulement est en soi capable de posséder, mais de plus, selon le docte Sénateur, peut conférer aux autres personnes morales l'aptitude à posséder? D'où lui vient cette consistance? Elle ne peut assurément lui venir que de la personnalité des individus qui la composent. Or cette personnalité si féconde a-t-elle donc été épuisée dans la formation de l'Etat? A-t-elle donc fait le sacrifice entier de soi, de sorte qu'il ne lui reste plus une parcelle de droit pour se développer autrement? Un disciple de Rousseau l'affirmerait peut-être; mais cette sotte théorie est la risée des libéraux eux-mêmes, qui admettent eux aussi que l'homme entre en société non pas pour dépouiller mais pour affermir davantage les droits qu'il tient de la nature.

toute la révolution italienne en est maintenant arrivé à la suppression des ordres religieux, à la confiscation des biens du clergé et au renversement de toute l'économie interne de l'Eglise. Les branches sont coupées, on attend d'aller à Rome pour déraciner l'arbre (1). » Quelle pitié ! ils s'imaginent dans leur impiété qu'on peut vaincre l'Eglise par la force humaine ou au moins par la force diabolique. Mais leur persuasion ne peut rien changer à l'ordre réel tel qu'il est établi par Dieu. L'Eglise durera éternellement, c'est dans ses destinées, parce que Jésus-Christ a promis d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles. Et si Jésus-Christ est avec l'Eglise, une force créée pourra-t-elle l'emporter sur la toute-puissance divine ? Ils ne comprennent pas cela; mais au moins devraient-ils être attentifs aux leçons de l'histoire. Que de guerres, de persécutions, d'assauts de toute sorte n'eut pas à soutenir l'Eglise dans ce long cours de dix-huit siècles; et toujours elle en sortit victorieuse ! Si, encore au berceau, elle dut lutter contre les maîtres du monde et en vint définitivement à bout, pensez si elle doit s'inquiéter beaucoup des pygmées qui siègent au Parlement d'Italie! Mais ils en sont arrivés à dépouiller l'Eglise, et à la tourmenter en mille manières. Et qu'importe ? On peut dire de l'Eglise avec infiniment plus de vérité ce que le poète de Venosa a dit de la Rome ancienne :

Dur la ut ilex tonsa bipennibus Nigrœferaci frondisin alyido, Per arma, per cœdes, ab ipso Ducit opes animumque ferro (2).

L'Eglise dépouillée, tourmentée, persécutée gémit et ressent les coups qu'elle reçoit, car elle aussi est formée

(1) Journal de Bruxelles, n. 252.

(2) Horat. Odarum, 1. iv.

d'hommes passibles et sensibles. Mais confiante dans l'assistance divine, jamais la peur ne la gagne. Grâce à l'immortel principe de vie qui l'anime, elle cicatrise vite ses blessures, refait ses forces, et sortant de la lutte plus vigoureuse, elle jette par terre l'ennemi féroce qui déjà se félicitait d'avoir remporté sur elle la victoire rêvée.

Merses profundo? pulchrior evenit, Lucteref multa promet integrum Cum laude vie tore m (1).

Le vol décrété des biens de l'Eglise fera qu'un grand nombre de ses ministres souffriront de la misère. Il manquera aux évêques de quoi venir au secours de leur troupeau; de nombreuses familles seront privées des aumônes qu'elles recevaient; les religieux, les vierges sacrées devront mendier un pain qui interrompe misérablement leur longs jeûnes. Mais au sein de tant de privations et de misères, que d'actes de vertu n'embaumeront pas les cieux! Le courage des bons deviendra plus énergique, le zèle des ministres du sanctuaire croîtra en pureté. Quelle pieuse libéralité s'éveillera parmi les fidèles, et quelle occasion de mal faire sera retranchée aux mauvais ! Non-seulement le sacerdoce et l'Eglise poursuivront le cours de leur divine mission; mais ils sortiront plus purs et plus forts de la persécution endurée. Le dommmage qui résultera de cette injuste spoliation, à le voir des yeux de la foi, ne sera pas pour l'Eglise. Savez-vous pour qui il sera? pour les ravisseurs eux-mêmes.

D'abord ils encourront la malédiction de Dieu exprimée dans l'anathème qui les frappe. Il importe peu qu'ils n'y croient pas, eux qui ne croient pas à Dieu. Nous ne rap-

(1) Ibid.

pelons pas ces choses pour leur imprimer une épouvante salutaire et les amener à résipiscence. Nous savons bien que c'est peine perdue; l'impie parvenu au fond de l'abîme , méprise. Mais nous voulons poser le fait en lui-même, objectivement, pour le bien de ceux qui sont fidèles ou au moins peuvent encore se repentir. L'anathème contre les usurpateurs des biens de l'Eglise a été fulminé par nombre de conciles généraux, spécialement par le concile de Trente. Nous ne pouvons mieux faire comprendre la nature et les suites de cet anathème qu'en rapportant les malédictions portées par l'Eglise contre les perturbateurs des vierges consacrées à Dieu, et les ravisseurs de leurs biens. Ces malédictions se lisent dans le pontifical romain au chapitre : De benedictione et consecratione Virginum, et voici dans quels termes: « Par l'autorité du Dieu tout-puissant et des bienheureux Pierre et Paul ses apôtres nous défendons fermement et avec menace d'anathème de détourner du service de Dieu auquel elle se sont assujetties sous le drapeau de la chasteté les présentes vierges ou saintes femmes ; que nul ne ravisse leurs biens, mais qu'elles les possèdent en paix. Que si quelqu'un ose le tenter, qu'il soit maudit à lamaison et hors lamaison, maudit dans la ville et dans les champs, maudit dans la veille et dans le sommeil, maudit en mangeant et en buvant, maudit debout et assis, que sa chair et ses os soient maudits, que de la plante des pieds à la tête, il n'ait rien de sain. Que vienne sur lui la malédiction de l'homme dont le Seigneur, dans la Loi, a menacé par Moïse les fils d'iniquité. Que son nom soit effacé du livre de vie, et qu'il ne soit pas inscrit parmi les justes; qu'il ait pour part et pour héritage d'être avec Caïn le fratricide, avec Dathan et Abiron, avec Ananie et Saphire, avec Simon le mage et Judas le traître/et avec ceux qui ont dit à Dieu : Retire-toi de nous, nous ne voulons point du sentier de tes voies. Qu'il périsse au jour du jugement, qu'il

soit dévoré par le feu éternel avec le diable et ses anges, à moins qu'il ne restitue et ne s'amende (1). »

A coup sur il n'est personne au monde, pour peu qu'il ait la foi, qui ne redoute ces imprécations qui tombent sur tous ceux qui, de quelque manière et sous quelque prétexte que ce soit, deviennent acquéreurs de biens d'Eglise.

Et qu'on ne pense pas que les maux dont sont menacés les ravisseurs ou détenteurs quelconques de ces biens soient purement spirituels ; Dieu se venge aussi par des maux temporels., et sa vengeance est particulièrement sévère vis-àvis des royaumes et des princes. Reproduisons ici une fois encore les paroles de Charlemagne : « Nous savons, dit-il dans ses Capitulaires (2), que bien des royaumes et leurs rois sont tombés pour avoir dépouillé les églises, pillé, ravi, aliéné les choses saintes, pour les avoir enlevées aux Evoques et aux prêtres, et ce qui est. pis, à leurs églises, et les avoir distribuées aux soldats. Aussi ne furent-ils ni vaillants à la guerre, ni heureux, ni vainqueurs ; et ils perdirent leurs royaumes et leurs provinces et, qui plus

(1) Auctoritate Omnipotentis Dei et Beatorum Pétri et Pauli Apostolorum ejus, firmiter et sub interminatione anathematis inhibemus, ne t quis pressentes Virgines, seu Sanctimoniales, a divino servitio cui sub J vexillo castitatis subjectœ sunt, abducat ; nullus earum bona surripiat, ' sed ea cum quiète possideant. Si quis autem hoc attentare prœsumpserit maledictus sit in domo et extra domum, maledictus in civitate et in agro, maledictus vigilando et dormiendo, maledictus manducando et bibendo, maledictus ambulando et sedendo, maledicta sint caro ejus et ossa, a ! planta pedis usque ad verticem non habeat sanitatem. Veniat super i illum maledictio hominis, quam per Moysen in lege filiis iniquita- * tis Dominus permisit. Deleatur nomen ejus de libro viventium et cum justis non scribatur ; fiât pars et hoereditas ejus cum Cain fratricida, cum Dathan et Abiron, cum Anania et Saphir a, cum Simone Mago et Juda proditore, et cum ils qui dixerunt Deo : Recède a nobis, semitam viarum tuorum nolumus. Pereat in die judicii, devoret eum ignis perpetuus cum diabolo et angelis ejus, nisi restituerit et ad emendationem venerit.

(2) Capit. Reg. Franc, t. 2, col. 190.

est, le royaume des cieux. Résolus à éviter toutes ces choses, nous ne voulons ni commettre de pareils attentats ni y consentir, ni les conseiller par notre exemple à nos fils et successeurs; mais dans toute l'étendue de notre science et de notre pouvoir, nous entendons les prohiber, et nous exhortons à ne les pas commettre ni à prêter consentement à ceux qui voudraient s'en rendre coupables. »

Mais ce roi était un barbare : nos gouvernants sont civilisés, et ils se promettent bien au contraire toute sorte de prospérité de leur vol sacrilège. Toutefois ils devraient pourtant bien comprendre le triste effet que produit leur exemple pour le malheur de la société. On dit communément que :

Régis ad exemplum totus componitur orbis.

Les gouvernants par leur exemple ont une puissante influence sur les mœurs des peuples. Un gouvernement qui vole l'Eglise rend ses sujets voleurs du trésor public. Nous n'entendons que lamentations sur l'accroissement quotidien des vols faits à l'Etat. Quasi tous les jours les feuilles publiques en enregistrent de nouveaux, et dans toutes les classes : caissiers, percepteurs, architectes, employés civils, employés militaires, douaniers ; pour ne rien dire de la contrebande qui se fait sur une épouvantable échelle, et de la falsification des valeurs publiques. C'est vraiment un scandale, une chose qui soulève le dégoût ! Qu'est-ce à dire ? Triste conséquence d'un gouvernement eœemplo trahentis pemiciem. Le gouvernement vole l'Eglise, les individus volent le gouvernement. Ils s'appliquent aisément le même principe. Les biens de l'Eglise, dit le gouvernement, sont de l'Etat; les biens de l'Etat, disent les individus, sont du peuple, et le peuple, j'en suis une partie. L'Etat s'approprie les deniers de l'Eglise pour subvenir à ses besoins; et pourquoi ne pour-

rais-je pas subvenir aux miens avec les deniers de l'Etat ? Ne suis-je pas plus pauvre ? et ma bourse n'est-elle pas en rapport plus étroit avec le fisc que ne l'est le trésor du temple avec le trésor public ? Ainsi le vol est puni par le vol. Juste accomplissement de cette divine menace : « Malheur à toi qui dépouilles ! ne seras-tu pas dépouillé à ton tourt (1) »

Il est un autre dommage très-grave que se fait l'Etat par l'iniquité de sa conduite; c'est le mépris qu'il attire sur sa propre autorité. « Ne vous faites pas illusion, ô empereur, écrivait saint Ambroise à Yalentinien II, voulez-vous être obéi de vos sujets ? montrez -vous obéissant à Dieu. » Et en vérité, comment un gouvernement peut-il, au nom de Dieu, exiger le respect et l'obéissance des peuples quand lui-même méprise la loi de Dieu et foule aux pieds ses commandements ? Si vous ne rendez pas à Dieu ce qui est à Dieu, comment prétendez-vous que nous rendions à César ce qui est à César ? Vous vous permettez de mépriser l'autorité de l'Eglise, royaume de Dieu; il nous sera défendu de mépriser votre autorité ! Une puissance qui s'insurge contre Dieu, se constitue en révolte ouverte contre son Maître suprême et se sépare du principe même dont elle descend. Alors quelle valeur peut-elle avoir ? C'est à peu près de la sorte que le peuple raisonne.

Soyons-en convaincus : la félonie engendre la félonie; et un gouvernement rebelle à l'Eglise verra ses sujets révoltés contre lui. Il ne pourra plus s'appuyer sur la conscience des citoyens : il s'appuiera sur l'épée. Mais l'épée on ne peut pas toujours la tenir hors du fourreau, et après tout elle est susceptible d'être brisée.

Si au moins on retirait de ce vol sacrilège l'avantage que le gouvernement s'en promet à coup sûr, c'est-à-dire combler le vide du trésor et échapper à la banqueroute

(1) Isa. xxxm, 1.

vers laquelle il court. Mais vain espoir I on l'a déjà démontré par des chiffres et des calculs : le poids dont se chargent les finances italiennes par cette loi est beaucoup plus lourd que considérable est le soulagement momentané qu'elles en reçoivent. Les titres que le gouvernement émettra pour se faire aussitôt de la monnaie descendront très-bas, c'est impossible autrement, à cause de l'état déplorable où se trouve la rente italienne. Ils seront donc une charge très-lourde que supportera longtemps le trésor public, et voilà le point certain. Quant à la vente des biens ecclésiastiques qui devrait la faire disparaître, le résultat en est extrêmement douteux tant à cause de l'horreur des honnêtes gens à se souiller d'un péché si grave, sous les terribles censures de 1 Eglise, qu'en raison du discrédit qui frappe maintenant même aux yeux des mauvais la propriété foncière, les taxes augmentant toujours, et les charges étant énormes. Pendant ce temps-là les commissions qui administreront ces biens pour le compte de l'Etat en dissiperont une partie ; l'entretien des employés en absorbera une autre, et la valeur de ce qui restera ira diminuant progressivement à cause du peu de soin que mettent les intendants à s'occuper d'affaires qui ne sont pas les leurs. Les vendre en bloc à quelque société de spéculateurs, ce serait un vrai gaspillage et une dissipation ruineuse.

Nous pourrions insister; mais nous ne voulons pas nous engager plus outre et ennuyer nos lecteurs. Mieux que des calculs d'économie, la parole de Dieu servira à les convaincre : elle compare ceux qui combattent contre la montagne de Sion à un affamé qui mange en songe ; « Comme un affamé qui mange en rêve... ainsi sera la multitude des nations qui combattent contre la montagne de Sion (1). »

(1) Isa. xxix, 8.

La montagne de Sion qui portait l'ancien temple était la figure de l'Eglise de Jésus-Christ; et les ennemis de celle-ci furent représentés par les ennemis de celle-là. Il est donc dit que ces derniers mangeront en rêve ; et quand ils seront éveillés, ils se trouveront avec une faim plus dévorante parce que le festin qu'ils auront rêvé n'aura fait que la stimuler davantage. Ainsi en arriverat-il aux maîtres actuels de l'Italie. Ennemis acharnés de l'Eglise, ils courent à un banquet qui doit être servi avec les dépouilles des biens sacrés. Mais ils n'en goûteront pas, qu'en songe. La réalité les trouvera avec la même faim, et de plus avec un appétit surexcité par l'image trompeuse des viandes qu'ils ont rêvées. C'est ce que l'expérience confirme. Aucun Etat n'est devenu florissant, riche, puissant, pour avoir usurpé les biens de l'Eglise. Et puisque tous plus ou moins, celui-ci avant, celui-là après, ont commis cette faute, qui sait si ce n'est pas la raison pour laquelle ils sont tous aujourd'hui criblés de dettes, infectés plus ou moins de paupérisme, et près de faire une banqueroute d'ailleurs inévitable ?

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