SES
gneusement aux pieds tout ce qui est périssable pour courir à l'acquisition d'un bien immortel.
0 ignota ricchezza, o ben ver ace (1) !
Ce noble dédain, cet élan de l'âme éprise de Dieu est trèspuissant dans les âmes; et c'est pourquoi il ne craint aucune opposition, il triomphe de tout obstacle.
La loi fera ses preuves. Mais l'auteur lui-même reconnaît que les religieux ont droit de ne pas s'en occuper. « On ne doit pas, dit-il, on ne peut pas nier qu'un sentiment de droit ne régisse les communautés religieuses dans leurs vies si éprouvées, de sorte que la loi civile qui cherche à leur faire obstacle, apparaît à leur conscience comme une tyrannie, et de nulle sanction morale, d'où vient qu'elles la violent et la fraudent sans scrupule; d'autre part l'esprit de liberté qui les renouvelle est indomptable et profond, parce qu'il jaillit de l'endroit le plus secret de la nature humaine qui est celui où se mûrit la pensée de Dieu et des rapports de la conscience avec lui (2). »
Du reste la loi elle-même devra se trouver dans un grave embarras quand il s'agira de restreindre à ce point de vue la liberté d'association. Il devient chaque jour trop évident que tout ce qui est permis au citoyen comme individu, doit lui être permis comme membre de la société. C'est une suite nécessaire du principe de sociabilité qui est inséparable de l'homme. Donc ou une loi portera qu'il n'est pas permis au citoyen de prier, de garder la chasteté, de vivre de peu, de secourir l'indigence aux formes multiples, de remettre sa conduite à la direction d'un père spirituel expérimenté, ou bien, si elle lui laisse toute liberté en cette matière, elle ne pourra pas lui interdire de
(!) Paradiso c. xi.
(2) Ibid. p. 83.
s'y exercer en communauté. Une défense de ce genre serait nécessairement flétrie et regardée comme une inique violation de. l'un des droits les plus sacrés de * l'homme, ce qui, exécrable en tout temps, l'est surtout dans le nôtre où l'on se vante tant d'avoir enfin fait succéder la raison au caprice et la liberté au despotisme.
Cette considération n'a pas échappé non plus à Bcnghi, lequel en finissant la formule ainsi: « Dans la guerre qui en résulte, VEtat est faible, parce qu'il est lui-même incapable d'organiser en son sein la liberté politique et sociale, sans fournir aux individus le moyen direct ou indirect d'anéantir une partie considérable de sa législation même. Et celle-ci, telle qu'elle est formulée relativement à quelques points dont nous avons parlé plus haut, tue la liberté, ou la liberté la tue (1). »
Cet aveu vaut son pesant d'or. Si la loi s'obstine à contrarier les associations religieuses, dé deux choses l'une: ou, pour arriver à son but, elle devient vexatoire, gênante, et alors elle tue la liberté, ou elle s'abstient, et alors la liberté la tue, en rendant vains ses efforts.
Le vrai moyen d'écarter tout conflit en cette matière serait, non pas d'attribuer par un hypocrite compromis aux communautés religieuses la personnalité juridique, sous la défense de pouvoir se constituer autrement, mais bien de déposer toute haine vis-à-vis du cloître, en laissant aux catholiques la pleine liberté de se former en association religieuse quelconque et en reconnaissant à celle-ci les droits qui découlent naturellement de la personnalité collective et qui sont ceux que l'on reconnaît à l'individu. Telle est au fond la pratique des Etats-Unis, le pays le plus libéral du monde. Mais pour faire cela le libéralisme, italien devraitse dépouiller de son hypocrisie et de sa perfidie, dépouillement, présentement au moins, impossible.
(l)'Ibid. p. 84.