‹ L'église et l'état dans leurs rapports mutuelsChapitre 44 sur 78 · LE VRAI FONDEMENT DE L'ERKEUR DES HOMMES D'ÉTAT · texte numérisé non relu

LE VRAI FONDEMENT DE L'ERKEUR DES HOMMES D'ÉTAT

Si l'on cherche la véritable cause de cette usurpation comme de toutes celles que commet l'Etat au préjudice de l'Eglise, on la trouvera dans la persuasion où l'on est que Tunique pouvoir social dont relève la société humaine, c'est l'Etat. Erreur complète. La société humaine de droit divin est soumise à l'autorité de l'Eglise plus encore qu'à l'autorité de l'Etat. Car, absolument parlant, ni l'individu ni la famille ne sont tenus d'entrer et de demeurer dans la société civile, tandis que tout individu, toute famille, tout peuple est obligé très-rigoureusement d'entrer et de demeurer dans l'Eglise, et de rester soumis à l'autorité de son chef suprême sous peine de damnation éternelle. « Nous déclarons, nous prononçons, yxous définissons qu'il est absolument nécessaire, de nécessité de salut, que toute créature humaine soit soumise au Pontife romain (2). » Les politiques ne veulent pas entendre cette vérité. Ils préféreraient borner toute l'action de l'Eglise au for invisible de la conscience, ou, s'ils lui accordent quelque action extérieure, ils la voudraient dépendante

(1) Encyclopédie du dix-neuvième siècle. V° Concordat.

(2) Subesse Romano Pontiflci omni hurranœ creaturœ declaramus, Aicimus et defînimus omnino esse de necessitate salutis. Unam Sanctam.

de la loi suprême de l'Etat comme il en est de toute autre association civile. Leur erreur est donc fondée sur la négation implicite de plusieurs dogmes, tels que ceux de la visibilité de l'Eglise comme société, de sa distinction et de son indépendance vis-à-vis de l'Etat, de la divinité de son pouvoir administratif pour la sanctification des fidèles.

Appliqués à la terre et ne voyant que la grandeur de l'Etat, ils n'entendent rien à la nature de l'Eglise, à son élévation dans le monde, à la mission qu'elle est appelée à exercer parmi les peuples. Pour connaître cela il leur faudrait s'efforcer de pénétrer le plan de Dieu tracé dans les divines Ecritures et afiîrmé par l'Eglise elle-même qui a conscience de sa nature et de sa mission. Ils comprendraient alors que l'Eglise est un véritable empire ici-bas, l'empire de l'esprit qui remplace les empires de la force, pour faire l'éducation du genre humain et le conduire au salut. Qu'on se rappelle ce que nous avons dit de la succession des empires qui durent, d'après la prédiction de Daniel, dominer sur la terre. Il y eut d'abord l'empire des Assyriens, puis des Perses, ensuite des Grecs, enfin des Romains qui réussirent à abattre et à s'asservir toute chose sous leur sceptre de fer. Mais tous ces empires matériels devaient tomber l'un après l'autre, et un royaume d'origine divine et non humaine devait surgir enfin pour durer éternellement : « Or dans les jours de ces empires, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit... Mais il brisera et consumera tous ces royaumes et subsistera, lui, éternellement (1). » La réorganisation de l'humanité par le Christ étant résolue dans les conseils divins, Dieu, pour disposer cette humanité et l'habituer aux lois de l'ordre et aux liens de la

(!) Dan. ii, 44.

société religieuse universelle, la remit, comme une cavale est remise à son dompteur, au gouvernement de la force matérielle, pour que, dressée et devenue traitable, elle puisse ensuite facilement se plier au joug de la force morale et à l'empire de la vérité et de la justice. Cet empire, c'est l'Eglise, prédite sous forme de royaume : Evangelium regni. Dans le plan divin, c'est elle qui a succédé aux anciens empires universels et surtout a l'empire romain qui de tous fut le plus étendu et le plus puissant. On peut même dire qu'en elle l'empire romain s'est transformé de matériel en spirituel. Par les armes de ses empereurs, Rome dominait l'univers, maintenant elle le domine par la religion de ses pontifes. Peuples et nations relèvent de cet empire et c'est par la croix, non par le glaive, qu'il se les est assujettis. Et cet assujettissement n'a ni détruit ni affaibli ce qui appartient à l'ordre naturel et à la civilisation de ces peuples et de ces nations, au contraire, tout est ennobli par là, à cause des relations contractées avec l'ordre de grâce et la fin surnaturelle de l'homme. Les pouvoirs politiques aussi demeurent, parce qu'ils sont nécessaires au bien-être temporel de la société, afin de protéger les bons et de punir les méchants. Mais ils restent subordonnés par nature à l'empire qui est véritablement universel, comme les anciens royaumes subjugués par Rome demeuraient sous le joug de Rome et tributaires de Rome. La seule différence est que cet antique asservissement était forcé, obtenu violemment par des victoires matérielles, et la fin qu'on se proposait était toute terrestre : c'était principalement la domination ; tandis que la sujétion à l'Eglise est spontanée, obtenue par des victoires morales, et la fin qu'on se propose est le bien spirituel et éternel des sujets eux-mêmes. Telle est l'idée de l'Eglise, ainsi qu'on la tire des divines Ecritures, des traditions ecclésiastiques, des enseignements des souverains pontifes. Les hommes

d'Etat ne comprennent rien à tout cela ; ils ne savent apprécier que les bayonnettes, les canons, les gendarmes, les commissaires de police et le reste. La force morale du nouvel empire, suscité de Dieu pour régir et gouverner, au nom de Dieu même, et peuples et rois, est au-dessus de leur intelligence. Ils nient à l'Eglise ces prérogatives. À. leur aise. Mais qu'ils n'espèrent jamais détruire, dans l'esprit 'les catholiques sincères, la véritable notion de cette Eglise et de ses rapports avec l'Etat; cette notion, on ne la tirera jamais que du plan de Dieu dont toute créature dépend ainsi que tout ce qui tient à l'homme considéré seul ou en société.

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